Chacun sa chimère (PV Vivienne)



 



Chacun sa chimère (PV Vivienne)
PORTOLOIN Filet du Diable : Il vous tend un piège :: Pré-au-Lard :: Ailleurs :: Habitations
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Ce message a été posté Jeu 19 Juin 2014 - 16:32

Un visage, un corps, une démarche. Ce sont toujours les mêmes critères, cette liste mentale qu’il a établie depuis des années à présent. Repérer celles qui feront la différence, celles qui lui inspireront les plus grandes créations. Elles n’ont pas été nombreuses, six tout au plus, à commencer par Abigail, mais cette histoire n’a plus lieue d’être et ensuite, sa défunte épouse pendant un temps, et d’autres ont suivi. Amleth ne peut pas s’empêcher de scruter chaque visage qu’il rencontre. Les yeux sont sa faiblesse, un regard lui permet de voir la différence. Le vide ne l’intéresse pas, c’est de l’expression qu’il demande, et un caractère. On ne compose pas une collection pour des cintres. Mais la vie qu’il a connue autrefois a disparu - plus de grands défilés, plus de collections lumineuses. Les pièces qui sont crées ne le sont plus que pour sa famille et quelques rares connaissances. Reprendre son titre est son but premier aujourd’hui mais ce n’est pas dans cette prison qu’on nomme Pré-au-Lard qu’il pourra changer les choses. Capituler ? Ce n’est pas pour lui. Le nom a repris de sa gloire depuis quelques temps mais c’est insuffisant, insultant !

L’éclat se présente à lui. Amleth se surprend à s’arrêter au milieu de la rue pour observer l’impossible. Cette émotion, il ne l’a pas connu depuis des années - une certitude qu’il a retrouvé ce qu’il avait perdu. Une différence. Plusieurs jours s’écoulent durant lesquels il s’amuse à la croiser ‘’par hasard’’ mais jamais il ne lui adresse la parole. Il ne se lance pas à la rencontre d’inconnus sur un coup de tête, il réfléchit toujours mais ce petit jeu devient lassant et il finit par l’aborder. Ce n’est qu’un bref échange de paroles. Suffisamment pour voir si elle n’est pas sotte. Combien de potentiels a t-il approché pour se retrouver devant un vide cérébral ? De trop. Il pourrait se contenter de leur beauté, ne pas leur demander d’être agréable mais ce n’est pas son but.

« Pour qui est-elle ? »
« Une connaissance… »
« Tu as trouvé quelqu’un d’autre que moi ? »
« Echo… ça n’a rien à voir avec toi. Prend le carnet, page 72, celle-ci sera pour toi mais pour le moment je dois terminer ce travail »

Il sent la jalousie, des caprices qui ne cessent pas. Elle est sa fille, il l’aime, tout autant qu’il aime Xénia, la petite dernière qui se montre plus réticente. Amleth lui explique calmement qu’il ne cherche pas à la remplacer, que son aide lui est précieuse et que jamais il ne se séparera d’elle. Echo est une aide inattendue. Elle aurait pu choisir une autre voie mais elle est toujours à ses côtés et pour cela il l’en remercie.

La création qui occupe ses journées est pour cette inconnue. Les croquis sont nombreux, les mensurations ont été prises mentalement. Il a un don pour cela. Calculer rapidement. Une capacité que tout créateur acquiert après des années de travail. Peu de différences entre chaque corps, c’est toujours le même physique. Des proportions similaires. Les esquisses virevoltent sur les parchemins. Il donne vie au dessin, emploie la magie pour voir ces petites danseuses qui chavirent d’une feuille à l’autre. Les robes restent ses plus belles créations, elles permettent de nombreuses fantaisies, des jeux de volumes, de courbes. Les pièces masculines sont rares, il ne confectionne quasiment que pour lui, égoïsme du génie. L’atelier est au dernier étage de leur maison, modeste tas de briques qu’on leur a attribué et dont il ne parvient toujours pas à accepter les dimensions ridicules. Plusieurs lucarnes ont été percées pour pouvoir profiter de la lumière naturelle. L’ordre qui règne dans le reste de l’habitation ne semble pas avoir d’emprise ici. Les croquis sont négligemment épinglés au mur, recouvrant toute la surface. Plusieurs mannequins de bois habitent la pièce, la plupart à moitié vêtus, quelques pièces de tissu, des oeuvres non achevée.

C’est une folie, autant le geste qu’il s’apprête à faire que ce qu’il a réalisé. Création des grands jours, emploie des tissus les plus prestigieux, notamment ces plumes d’abraxans qui forment les épaules. Robe aux couleurs estivales. Vivienne Lestrange est le nom à l’origine de tout cela. Le paquet est porté au domicile de la jeune femme, accompagné d’un mot, écriture curviligne : Je me suis permis de la nommer d’après votre prénom. Si vous avez du temps à me consacrer, pourriez-vous venir à cette adresse, qu’importe le jour ou l’heure, cela n’a pas d’importance.  A. Zabini. Donner un jour serait un ordre, il ne veut pas l’obliger à quoique ce soit. Quatre jours passent avant qu’il ne revoit le visage. La porte s’ouvre, dévoilant celle dont il n’attendait plus de réponse. « Mademoiselle Lestrange » C’est incroyablement courtois ce ton qu’il utilise, pourtant, on sent une once de joie, cette satisfaction qu'elle soit venue. Quelque chose dans les yeux, un éclat de malice. « Suivez-moi » C’est une déraison de la faire venir ici. Sa maison, son lieu de création. Mais sans cette folie qui le caractérise, il n’en serait pas là aujourd’hui. Un étage, puis d’autres escaliers et enfin ils arrivent dans la pièce bercée de lumière. « Je m’excuse, je ne travaille pas correctement si tout est ordonné… » Il prétend réarranger le chaos. « La robe vous convient-elle ? Je reconnais son côté extravagant, je ne saurais me passer d’une touche de folie » Sourire qu’il lui adresse. Zabini est un homme glacial en apparence, mais il sait se montrer agréable avec les personnes qu’il juge digne d’intérêt.
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Vivienne Lestrange
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Ce message a été posté Ven 20 Juin 2014 - 15:06

Son cœur avait tout bonnement cessé de battre. Sa bouche était devenue sèche et son corsage bien trop serré autour de sa poitrine. La température ambiante, quant à elle, semblait être grimpée de plusieurs degrés. Vivienne se serait presque sentie au bord de défaillir si elle n’avait été aussi pétrifiée par le morceau de parchemin tremblant entre ses doigts. Elle n’osait en détacher les yeux, de peur qu’il se volatilise et qu’elle ne doive mettre sur le compte d’une imagination trop fertile ce qui était en train de lui arriver. Amleth Zabini lui avait fait une robe. Amleth Zabini l’invitait à se rendre à son domicile. Amleth Zabini ! Un mélange de panique et d’exaltation fiévreuse s’empara de la jeune femme en réalisant la portée d’une telle information. Elle dut même se résoudre à reposer le message sur lequel s’étalait l’élégante écriture du créateur pour expirer toute sa nervosité dans un soupire brutal. C’est seulement après cela qu’elle parvint à sortir la robe du paquet qu’elle avait d’abord nonchalamment posé sur le lit de sa chambre. L’étoffe était d’une douceur incomparable entre ses doigts et elle la déplia avec maintes précautions pour en contempler toutes les teintes. L’ouvrage était sublime. Vivienne avait déjà dans sa garde-robe quelques habits signées par le créateur, mais il s’agissait de pièces achetées en magasin, qui n’avaient strictement rien à voir avec la magnificence de celle qu’elle admirait en cet instant.

Elle ne pouvait pas croire que cela lui arrivait, à elle. Lorsqu’elle habitait encore à Londres, avant l’invasion scandaleuse des américains, Vivienne s’était intéressée de près à la mode sorcière. Il était rare qu’elle manque un défilé et le génie d’Amleth Zabini surpassait déjà de loin celui de ses rares concurrents dans son esprit, mais elle n’avait jamais osé aborder l’homme. Ensuite, à Pré-au-Lard, les choses avaient changées. La mode n’était plus une priorité, et quoi qu’elle ait gardé un grand respect pour le créateur, son intérêt était parti ailleurs. Sa surprise avait donc été de taille quand il l’avait abordé quelques semaines auparavant. Ils n’avaient échangé que quelques paroles anodines et Vivienne n’aurait jamais pensé que cela puisse aller plus loin. Aujourd’hui elle réalisait son erreur. Elle avait revêtu la robe et se tenait maintenant devant le miroir de son armoire, fascinée par la précision avec laquelle le tissu épousait les courbes de son corps et le mettait en valeur. Elle rougit, même, de cette promiscuité dérangeante, en comprenant que le styliste n’avait eu besoin que d’un regard pour prendre la mesure de ses hanches, sa taille, ses seins. Un sentiment qu’elle oublia pourtant bien vite en se perdant dans la contemplation de son reflet.

Les jours qui suivirent, Vivienne passa des heures devant son miroir. Elle ne pouvait s’empêcher de repasser la robe plusieurs fois dans la journée et d’en examiner les moindres détails. Le premier jour, elle était tellement excitée qu’elle n’avait pas voulu se précipiter chez son bienfaiteur. De quoi aurait-elle eu l’air ? Le deuxième jour, le doute commença doucement à s’immiscer en elle. Et s’il s’était trompé ? Et si le colis lui était parvenu par erreur mais qu’il était en vérité destiné à une autre ? Et si Zabini la trouvait finalement ridicule en la voyant dans sa création ? Elle se tortura l’esprit quatre jours durant avec ces conjectures avant de se décider à faire le grand saut, et c’est la peur au ventre qu’elle finit par se rendre à l’adresse du styliste, sa robe soigneusement pliée dans son paquet d’origine. Elle avait les mains moites en sonnant à la porte mais elle ne se démonta pas quand celle-ci s’ouvrit sur la silhouette à la fois longiligne et puissante du propriétaire des lieux.

« Monsieur Zabini ! J’espère que je ne vous dérange pas, je suis venue pour… »

Elle ne termina pas sa phrase, son interlocuteur l’invitant d’un sourire à pénétrer dans les lieux et à le suivre. Cet accueil la réconforta quelque peu. Au moins semblait-il attendre sa visite et non s’en offusquer, ce qui aurait validé la thèse du colis égaré. Il restait encore la possibilité qu’elle le déçoive, mais elle décida de ne pas s’en inquiéter pour le moment. Elle se laissa alors guider, essayant de ne pas jeter trop de regards curieux autour d’elle tandis qu’ils grimpaient les escaliers de la bâtisse. Il les conduisit ainsi jusqu’à une mansarde sous les toits et Vivienne ne put s’empêcher d’échapper un « Oooh » ébahi en pénétrant dans le charivari d’étoffes et de couleurs qui composait l’atelier du sorcier. C’était un peu comme mettre les pieds dans une caverne d’Ali Baba dédiée à la beauté du textile. Le moindre bout de mur était recouvert de croquis à ne plus savoir où poser les yeux. Ceux de Vivienne brillaient d’ailleurs d’une lueur enfantine émerveillée et elle sursauta presque quand Amleth s’adressa à nouveau à elle.

« Ne vous excusez pas ! C’est… magnifique. La robe, aussi, elle est vraiment sublime. Elle est parfaite. Comment avez-vous fait pour que les mesures soient si précises ? J’ai été surprise, je dois avouer, de recevoir un tel cadeau de votre part. On ne se connait pas et vous êtes si, enfin, vous êtes si reconnu dans votre domaine. Et on a à peine discuté, une fois. Pourquoi avoir fait ça pour moi ? » Vivienne se mordit la lèvre. Elle parlait trop, elle ne laissait même pas le temps à son interlocuteur d’en placer une et ses paroles maladroites semblaient l’accuser de quelque-chose dont il n’était absolument pas coupable. Ses grands yeux noirs tombèrent alors vers le sol et elle reprit d’une petite voix. « Je suis désolée, je vous assaille de questions. Je parle trop quand je suis stressée… »


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Dernière édition par Vivienne Lestrange le Sam 21 Juin 2014 - 18:48, édité 2 fois
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Ce message a été posté Ven 20 Juin 2014 - 16:58

Il ne peut que sourire en entendant l’exclamation de la plus jeune. La pièce n’avait rien de la grandeur d’autrefois, de ce large atelier qu’il possédait dans l’ancienne maison mais celui-ci était suffisant. Une petite pièce (quoique immense en réalité mais le sens des proportions diffère facilement quand on est habitué à avoir un manoir), superbement éclairée par les percées. Il était satisfait de cela, de cette lumière du jour indispensable à son travail. On lui avait suggéré la magie, création de fenêtres artificielles mais il avait refusé, renvoyant les piètres architectes. Et à présent que le ravissement avait lieu, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il avait fait le bon choix. Une personne qui se serait montrée fade, incapable d’exprimer une émotion l’aurait déçu. Une fois encore, ce n’était pas seulement une silhouette dont il avait besoin, c’était tout un caractère et il lui semblait que la création qui lui avait offerte reflétait une partie de ce qu’il avait décelé chez elle. Zabini aurait aimé pouvoir capturer cette lueur dans ces yeux, danseuses dans le regard. L’émerveillement était devenu un fait rare. Bien entendu, il y avait toujours ces grandes exclamations sur son travail et il en était ravi - mais la surenchère était fréquente dans le milieu de la mode, si bien qu’un peu de franchise lui était agréable. Et ce comportement l’obligeait à y répondre de la même façon. Amleth était bien loin de son allure austère des défilés - homme inaccessible.

Le nombre de questions et la curiosité auraient du l’exaspérer, c’était toujours le cas. Notamment cette interrogation des mesures qu’on lui avait plusieurs fois posée mais ce n’est pas de l’agacement qui le gagna. Au contraire. Il ne s’agissait pas là de questions idiotes pour quelques journaux, c’était une demande intéressante à laquelle il prit le temps de répondre. « Ah, la question des mesures… » Un sourire fendit ses lèvres, de celui qui connait la réponse à une énigme. Il s’avança vers elle, toujours avec lenteur, comme si il craignait de pouvoir l’effrayer. « Un oeil attentif premièrement, et ensuite, les mesures changent de quelques millimètres pour chaque mannequin. » Toujours ce regard vers les mêmes silhouettes élancées. L’ajustement se faisait bien souvent au niveau de la poitrine uniquement. Adjectif du mannequin. Il lui attribuait cette étiquette. « Je peux vous montrer quelque chose ? » Le fond de la pièce était tapissé de miroirs vers lesquels il entraina la jeune Lestrange. « Tenez-vous droite, ne soyez pas effrayée » Dans son dos. Les mains du créateur se posèrent sur les épaules fines, et descendirent sur les hanches. Trop habitué à les voir défiler, il en oubliait que son comportement pouvait être gênant. « Certains ont besoin d’accessoires pour mesurer, je me contente du visuel et à présent, je peux être certain que mes mesures étaient exactes » Il fit un pas de côté, redonnant alors une distance raisonnable, de celle d’une étiquette si chère aux sangs pur.
Il n’omet pas les règles de bienséance, il les dissout pour les réarranger.

Amleth n’avait pas répondu à toutes les questions, notamment à la plus importante. Pourquoi elle ? Qu’elle était sa différence ? « Pourquoi vous… et pas une autre personne. Vous êtes nombreuses à attirer mon attention… et un simple détail peu m’inspirer » A présent, il faisait le tour de la pièce, semblant observer les différents croquis alors qu’il les connaissait par coeur. « Mais je vous trouve différente… C’est pour cela que je vous ai abordé. » Il arracha quelques dessins et les présenta sur la large table qui trônait au centre de la pièce, sur ce plan de travail lui aussi rempli de diverses créations papiers. Les parchemins furent étalés. Contrairement aux autres croquis où la silhouette était toujours la même et le visage vide, ceux-ci présentaient les caractéristiques de Vivienne. « Je ne dessine jamais de visage, juste un ovale pour donner une forme humaine, mais voyez, chaque croquis correspondant à votre robe est associé à votre visage » Remarque qu’il s’était faite quelques jours plus tôt. Ainsi il avait réellement associé la création à un nom, une personne. Des années qu’il n’avait plus fait ces portraits rapides. « Je ne pouvais l’offrir à quelqu’un d’autre que vous. »

Son regard s’attarda sur le paquet qu’elle tenait encore entre ses mains. « Je vois que vous avez apporté la robe, j’espère que ce n’est pas pour me la rendre » Rictus qui lui donna une allure inquiétante. « Vous voudriez la porter, s'il vous plait ? » Créer était fantastique, mais voir le résultat sur la personne qui lui avait inspiré l’idée était une émotion plus agréable encore. Satisfaction. Hésitation chez la plus jeune, il pouvait sentir cela sans comprendre pourquoi. Ah, bien évidemment ! Mains dans les poches (allure nonchalante qu’il prenait en présence de ses filles uniquement), Amleth se dirigea vers la porte, prenant alors conscience qu’elle n’était pas mannequin et donc non habituée aux essayages rapides – surtout devant son regard. « Je peux sortir de la pièce si vous préférez » Il aurait pu sortir directement, ne pas lui lancer cette phrase qui sous-entendait le contraire de ce qu’il venait de proposer. Intention de la voir revêtir la création, comme une seconde peau.



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Vivienne Lestrange
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Ce message a été posté Sam 21 Juin 2014 - 22:27

Vivienne avait l’impression d’être une idiote. Les yeux toujours rivés sur le parquet, ses doigts pianotaient nerveusement sur le paquet qu’elle tenait entre ses mains. En tentant de dissimuler sa nervosité sous un flot de paroles elle ne faisait que pointer du doigt l’évidence et assommait sûrement son hôte avec ses enfantillages. Elle savait pourtant d’où venait le don d’Amleth Zabini pour cerner les secrets d’une silhouette d’un simple regard. Les journalistes qui l’interviewaient par le passé lui posaient toujours les mêmes questions, encore et encore, et elle se désolait d’être en train de reproduire un schéma similaire. Elle aurait voulu être unique, drôle, profondément femme, presque un brin impertinente face à lui. Quelque-chose qui justifiât l’intérêt qu’il lui faisait l’honneur de lui accorder. Au lieu de ça, elle avait le sentiment de faire bien piètre impression. Curieuse malgré tout, elle releva le menton et répondit par un hochement de tête quand son aîné l’invita à se diriger vers le fond de la pièce. Elle le suivit jusqu’au-devant des miroirs face auxquels il la positionna. Sa voix était douce et elle sentit ses épaules se détendre. La situation prit pourtant une toute autre tournure lorsque ses grandes mains se posèrent sur elle.

Son corps tout entier se raidit à ce contact. Elle prit une grande inspiration et fut incapable d’en vider ses poumons, ce trop-plein d’air soudain entraînant un léger vertige qui la força à fermer les yeux quelques secondes. Vivienne n’était pas habituée à cela. Elle avait été élevée dans la stricte tradition sang-pur et les seuls rares contacts qu’elle avait eus avec un homme se limitaient pour beaucoup aux batailles de polochons qu’elle et Maddox avaient partagés innocemment. Elle avait beau se raisonner en se disant que cela ne signifiait rien, qu’Amleth était un artiste, que ces gestes étaient tout à fait normaux et anodins pour lui, elle ne pouvait empêcher son corps de réagir en frémissements. Son toucher était comme une brûlure caressant sa peau à travers le tissu de ses vêtements. C’était une sensation à la fois embarrassante et grisante, avec un absurde goût d’interdit qui lui fit monter le rouge aux joues. Pour contrer les emballements de son cœur, elle se focalisait alors sur ses paroles et hochait consciencieusement la tête à chaque information qu’il lui donnait, comme une élève attentive aux dires de son maître. Ce fut un soulagement quand le sorcier retira finalement les mains de ses hanches. Vivienne se sentit respirer à nouveau et elle ne fut pas mécontente de s’en retourner à un sujet qu’elle jugeait plus prudent, à savoir celui des croquis du créateur.

« Alors ce sont… mes yeux qui vous ont attirés ? Pourtant je ne suis pas mannequin. Je veux dire, vous devez avoir tellement de femmes magnifiques qui travaillent pour vous. Des femmes beaucoup plus atypiques et expérimentées que moi. »

Penchée au-dessus de la table, en face de son hôte, Vivienne tenait à la main l’un de ses dessins. Elle avait été surprise de voir chez chacun d’entre eux avec quelle précision leur créateur avait pris soin de retranscrire son regard. Elle lui découvrait quelque-chose qu’elle-même n’avait jamais remarqué en regardant son reflet dans une glace. Quelque-chose qu’elle ne comprenait pas bien malgré les explications d’Amleth. Cela lui semblait tellement étrange qu’il puisse trouver chez elle un sentiment, une inspiration qu’il ne pouvait trouver ailleurs. D’habitude c’était sa sœur Kira ou sa cousine Isis que les gens remarquaient. Elles étaient belles, intelligentes, cultivées, c’étaient des femmes fortes dont le caractère séduisait. Elle, elle était la petite dernière, le petit diable farceur qui ne tenait pas en place, l’enfant qui ne voulait décidemment pas grandir. Vivienne avait toujours vécu dans leurs ombres et celle de son illustre famille. Héritage qu’elle portait parfois comme un fardeau.

« Non, je ne venais pas vous la rendre ! Sauf si vous décidez de changer d’avis en me voyant la porter, » lança-t-elle avec un petit rire qui trahissait son manque de confiance. Mais Amleth ne fit pas cas de cela et lui demanda effectivement de la revêtir. Une requête qui fit aussitôt rougir la jeune sorcière à nouveau, qui s’entendit murmurer un piteux « S’il vous plaît… » quand il lui demanda si elle préférait qu’il sorte le temps qu’elle se change.

Elle attendit d’entendre le claquement du loquet de la porte avant de se tourner vers le paquet posé sur la table. Grâce à l’entraînement de ces derniers jours, Vivienne passa rapidement la somptueuse robe du créateur mais elle prit cinq minutes supplémentaires pour mettre de l’ordre dans sa coiffure et arranger quelques derniers détails avant de le rappeler à l’intérieur. Elle se sentait un peu godiche sous son regard, ainsi vêtue. Elle se doutait qu’elle aurait dû prendre la pose, ou quelque-chose de ce genre-là, au lieu de rester là les bras ballants, à danser d’un pied sur l’autre, mais comme elle le lui avait dit, elle n’avait rien d’un mannequin. Elle fit tout de même une tentative et tourna sur elle-même, les volants de la robe s’élevant alors dans les airs avant de retomber doucement en s’enroulant autour de ses jambes.

« Regardez, j’ai l’impression que je pourrais voler ! »

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Ce message a été posté Dim 22 Juin 2014 - 10:12

Les règles de sang pur qu’on lui avaient inculqué étaient toujours présentes dans son esprit, il les connaissait par coeur, pouvait les énoncer mais il y a bien longtemps qu’il avait abandonné l’usage de certaines lois, comme cette distance avec autrui, notamment avec les femmes. Combien de fois son père l’avait-il repris. Non Amleth, recule, deux pas de distance et ne lui effleure pas le bras. Avec Henry, ça avait été leur jeu favori, détruire chacune des règles devant les yeux de leur parents. Aujourd’hui, ce n’était plus par gout du défi, c’était une habitude que de toucher les femmes gravitant autour de lui. Zabini avait oublié que toute personne ressentirait de la gène et lorsqu’il comprit, il aurait du s’écarter vivement, s’excuser, mais non, c’est son côté joueur qui avait pris le dessus.

Repartir sur un sujet plus sérieux. Ces croquis qui portaient la marque de Vivienne Lestrange, ces dessins qui la représentaient, elle et pas une autre. C’était une curiosité pour le créateur. Lui qui n’avait pas retrouvé de visage depuis des années. Bien entendu, des beautés avaient défilées. Il se retournait toujours sur les Fascinations comme il pouvait les appeler ; ces femmes et ces hommes qu’ils jugeaient digne de pouvoir porter ses créations. Mais la beauté uniquement n’avait jamais créé de grand mannequin. Autre chose était nécessaire ; la singularité. « Comment vous expliquer cela simplement… » Il n’insinuait pas qu’elle était idiote, c’est simplement qu’il ne savait expliquer clairement pourquoi telle personne pouvait retenir son attention et pas une autre. « Les mannequins ont toujours le même physique, c’est plus simple car je n’ai pas besoin d’ajuster les vêtements. » Question pratique. Et si l’une des filles avait le malheur de prendre un gramme, elle disparaissait. Car il refusait de réajuster les vêtements à l’aide de la magie - les sorts ne durent qu’un temps et quelle catastrophe ceci donnerait lors d’un défilé - craquement des coutures. Reprendre à la main était toujours possible mais si ennuyeux. Des proportions égales pour toutes. « Mais je ne peux pas me contenter de corps uniformes… je créer pour un regard, parfois un rire. Nombre de détails sont inspirants » Un claquement de doigt et les dessins volèrent à travers la pièce, reprenant leur place initiale sur le mur.

Il balaya les questions d’un geste de la main, comme si il cherchait à en démontrer le ridicule. « Comment vous voyez-vous ? Une personne banale ? Sans aucun intérêt ? » Il était à nouveau trop proche d’elle. Il pouvait deviner la gène, la curiosité dans chaque mouvement de la plus jeune. « Lorsque je vous ai vu pour la première fois, je me suis demandé quel âge vous aviez. Dix sept, ou alors vingt ? J’ai été incapable de deviner. Vous avez une allure double : enfantine par instant, et femme à d’autres. » Ce ne sont pas des balivernes de créateur, des paroles jetées au vent. Amleth énonce des vérités. Le pourquoi il l’a remarqué elle. Ce physique singulier. Elle. L’enfant qui devient une femme et inversement. Et aujourd’hui encore, il se demande quel est son âge. Sa main glisse sous le menton de Lestrange, l’obligeant à relever les yeux, à affronter le regard de l’homme. « Vous avez conscience que le noir est extrêmement rare ? Du bleu, du vert, c’est somptueux mais du noir, on ne saurait dire ce que vous pensez et ça, c’est intriguant » Un regard le séduit, le bouleverse. Amleth ne s’arrête pas uniquement sur un physique dans sa globalité, il a besoin de détails et ces yeux! Il aurait aimé pouvoir en capturer la couleur, un noir qu’on ne pouvait retrouver nul part ailleurs. Pureté. La main s’abaissa. Et le jeu des distances reprit, comme une valse silencieuse.

Un sourire franc illumina le visage de l’homme en entendant qu’elle n’était pas venue pour lui rendre la robe. C’était un soulagement. Il n’aurait pas supporté cela, qu’on lui rende l’une de ses créations, qu’on rejette un cadeau. Amleth sortit à la demande de Lestrange, fermant la porte derrière lui. Voir l’une de ses créations portée par l’Inspiration était toujours un moment surprenant. Et lorsqu’il ouvrit la porte c’est une satisfaction qui dansa dans ses yeux. Une fierté aussi. Et surtout, un émerveillement. La voir ainsi intimidée par le vêtement était un amusement. Lui qui avait l’habitude qu’on pose pour lui, voila qu’il se retrouvait devant quelqu’un qui ne savait que faire de son corps. L’homme au costume impeccable s’avança, observant la plus jeune tournoyer dans la robe qu’il avait confectionné. Ce geste lui rappelait Echo lorsqu’elle était encore enfant, sa princesse.

C’est tout ce qu’il avait attendu de Vivienne - une fantaisie. Une différence. « Magnifique » Un murmure, à peine audible. « L’impression de vol est du à la provenance des plumes. Les abraxans, en avez-vous déjà vu ? Ce sont des cheveux ailés, des bêtes magnifiques » Amleth avait eu l’occasion d’en voir à deux reprises et ces souvenirs étaient toujours aussi agréables. « C’est pour cela que les plumes s’agitent d’elles-mêmes. » Il lissa les plumes pour les calmer. « Quant au tissu, malheureusement, il n’est pas aussi riche que je l’aurais souhaité. Avec notre… situation… » Cette prison se retint-il de préciser. « … je n’ai plus accès à ce que je souhaite. Je m’excuse de ne pas être en mesure de vous offrir la plus belle qualité » Les excuses sont sincères. Travailler avec du tissu aussi pauvre le désole. Lui qui est habitué à ces raretés se retrouve avec de la qualité médiocre, aussi dégradante que ce que les moldus peuvent produire.

« Vous avez encore du temps à m’accorder ? » Il ne veut pas se montrer impoli et lui voler une demi-journée. « Venez » Sa main est tendue en direction de la plus jeune. L’invitant à le suivre en dehors de l’atelier afin de rejoindre le salon principal, cette pièce qu’il affectionne particulièrement pour la luminosité due aux grandes baies. Une pièce digne d’un catalogue, signe qu’il n’y vit quasiment pas. Il s’assoit dans le fauteuil et invite Lestrange à faire de même, en face de lui. « Je ne peux pas vous offrir une place de mannequin… » Les mots sonnent comme une sentence. La voix est basse. « Je serais jaloux de vous propulser devant leurs regards. Ce que je peux vous offrir est plus… singulier. » C’est encore l’un de ses jeux, attiser la curiosité de son interlocuteur. « Ma prochaine collection, en votre nom. J’ai besoin de vous pour créer. »
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Vivienne Lestrange
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Ce message a été posté Mer 25 Juin 2014 - 0:08

Magnifique. Ce mot dans sa bouche revêtait une signification nouvelle qui semblait l’irradier de lumière. Il ne disait pas cela pour lui faire plaisir ou la mettre à l’aise, il le pensait vraiment. Vivienne pouvait l’entende au son de sa voix et, là, face à lui, elle se sentait soudain plus femme qu’elle ne l’avait jamais été. Quand il lui avait demandé comment elle se voyait quelques instants plus tôt, elle avait pudiquement détourné le regard et laissé la question en suspens. Jamais elle ne s’était considérée comme quelqu’un de banal puisque la nature même de son sang ainsi que le nom qu’elle portait faisaient d’elle un être exceptionnel par définition. Parmi les gens de sa caste, pourtant, elle ne se trouvait rien de particulier. Elle n’avait ni don ni talent – si ce n’est celui de provoquer des catastrophes – qui la fasse sortir du lot. Du moins jusqu’à ce jour. Un regard d’Amleth, une lueur de reconnaissance dans ses yeux, avait suffi à balayer ses craintes et un sourire merveille illumina alors le visage de la cadette, qui en oublia d’éprouver de la gêne à l’approche de son miraculeux bienfaiteur. « Je n’en ai jamais vu mais il paraît que ce sont des créatures merveilleuses. J’espère un jour avoir la même chance que vous ! » s’extasia-t-elle en faisant elle aussi glisser entre ses doigts le plumage soyeux de ces grands chevaux ailés.

La seconde d’après, Vivienne se récriait contre les paroles insensées d’Amleth, arguant qu’il n’avait rien à se reprocher quand l’on en venait au sujet de ces stupides américains et de ces stupides Phénix qui condamnaient à la réclusion les seuls vrais patriotes de ce pays. « Si notre bien-aimé Lord avait vu ça ! » s’indigna-t-elle avec panache, laissant apparaître pour la première fois de cette entrevue la lueur farouche et flamboyante de ses grands yeux noirs. On pouvait reprocher bien des choses à Vivienne, son immaturité, son inconstance, mais s’il y avait une chose qu’on ne pouvait pas lui enlever c’était la passion avec laquelle elle défendait ses idéaux. Son âme militante s’apaisa d’elle-même cependant lorsque son hôte suscita à nouveau sa curiosité et l’invita à continuer la discussion au salon. Elle lui emboîta le pas sans émettre la moindre réserve et eut bien du mal à rester sagement assise dans son fauteuil en attendant qu’il lui expose ce qu’il avait en tête. Ce qui suivit la laissa sans voix. Tout son sang lui donnait l’impression de s’être retiré de son corps et son visage resta pétrifié de longues secondes dans une expression de stupéfaction idiote. Elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle avait entendu. C’était tellement soudain. Tellement inattendu. Elle aurait voulu pouvoir se pincer violement le bras pour se persuader que tout ce qui lui était arrivé cette dernière demi-heure n’était pas que le fruit d’un rêve. Autant de bonheur en une journée était-il seulement possible ?

Vivienne ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises. Elle ne savait pas quoi dire. Elle craignait de se mettre à balbutier de reconnaissance si elle se risquait à prononcer un seul mot. Sa réponse arriva alors par la plus incongrue des manières. « Vingt-trois ans, » lâcha-t-elle brusquement. « Tout à l’heure, vous vous demandiez quel âge je pouvais avoir. J’ai vingt-trois ans. Je sais que je fais plus jeune. La dernière fois, au Magyar d’Argent, le serveur m’a même demandé si j’avais la permission d’être hors de Poudlard… » Une moue boudeuse tordit le coin de sa bouche à cet aveu. « Vous me faites un immense honneur en me proposant de poser pour vous. Je ne crois pas que j’avais même jamais imaginé que cela puisse se produire un jour. C’est si… si… Mais est-ce que vous êtes vraiment sûr ? Je n’ai jamais travaillé ou même fait quoi que ce soit de particulier de ma vie je crois. Je voudrais tellement être digne de ce que vous me proposez mais… j’ai peur de vous décevoir. Je ne le supporterai pas. »

La sincérité à l’état pur. Vivienne se livrait à Amleth sans malice et sans artifice, ses grands yeux baignés de larmes prêtes à éclore se détournant des siens pour mieux se reprendre. Elle avait entendu tout ce qu’il lui avait raconté sur son regard, sa silhouette, son visage qui lui avait de nouveau inspiré l’envie de dessiner une âme à ses créatures de papier. Elle ne lui disait pas tout cela pour qu’il lui répète ce qu’elle savait déjà ou qu’il l’encense d’éloges. Elle le lui disait car elle n’était pas sûre de survivre à la honte qui serait la sienne si l’artiste devait un jour se rendre compte qu’elle n’était pas digne de son génie. La jeune femme parvint pourtant à rassembler ses émotions et sa voix ne tremblait pas lorsqu’elle reprit la parole. « Si vous me promettez que c’est ce que vous voulez vraiment, je ferais tout ce que vous désirez. »

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Ce message a été posté Ven 27 Juin 2014 - 22:09

« Si notre bien-aimé Lord avait vu ça ! » Ce ne sont pas les paroles qu’il admire, c’est tout le caractère fougueux qu’elle exprime, cette colère, hargne, volonté tenace de combattre l’étau qui les enserrent depuis la prise de pouvoir des Phénix. Ce n’est pas l’opinion politique qui le touche, c’est cette force de caractère qu’elle démontre, cette tempête et douce furie dans les yeux noirs. Il ne lui manquait que cela pour être certain de son choix. Elle, la poupée de cire semble être capable des pires horreurs sous l’égide de ses idées. Amleth sait ce qui orne son bras, connaît – partenaires de crimes mais il est toujours ébloui par cette volonté tenace des plus jeunes. Il discerne tout à présent, voit les nuances de sa personnalité comme il parvient à visualiser une palette de couleurs. Et Vivienne possède de nombreuses notes qu’il n’attend que de pouvoir capturer afin de retranscrire tout cela dans son art, ses créations qui porteront son nom.

De l’amusement danse dans les yeux du créateur, de ces lueurs qu’on voit à de rares occasions. Le comportement de Vivienne suite à son annonce ne l’étonne pas. Il n’y a rien d’anormal d’y voir la surprise, la stupeur et d’autres émotions chez une jeune personne à qui il vient d’octroyer le premier rôle mais aussi le plus dangereux à ses côtés. Amleth a parfaitement conscience de sa renommée, de l’impact de ses mots et surtout de l’admiration qu’on peut lui porter. Et si certains jours il se plait de cela, jouer avec les gamines en leur octroyant un semblant de regard, il n’était pas question de ce schéma ici. Zabini n’offrait pas une ébauche d’attention - il offrait un morceau de la beauté qu’il perçoit.

Pourtant, malgré son apparente confiance, un refus était toujours possible. Il en avait essuyé un quelques années plus tôt, douze exactement. Cette fois-ci, c’était un homme qu’il avait abordé, de cette beauté si singulière qu’il appréciait, scalpes de la vie, écorchures visibles qui l’avaient charmé. Herman, il se souvenait encore du prénom qu’il avait chuchoté, lui, l’Enfant Terrible qu’Amleth avait tenté d’approcher sans succès. Toujours il avait refusé sans évoquer de raisons, alors Zabini avait capitulé, le laissant s’échapper. Aujourd’hui, il y voit l’une des raisons pour lesquelles il refuse toujours de créer pour les hommes, leur octroyant une collection moins singulière et gardant jalousement ses plus belles créations pour lui. Une question d’orgueil qui est toujours vive. Mais il n’aurait pas pu l’obliger, sinon, qu’aurait-il capturé de lui sous la contrainte ? C’est une liberté dont il avait besoin.

Surprise dans les yeux, sur le visage en entendant l’âge de son invité. « Vingt-trois ans » Il ne lui en donnait pas plus de vingt, alors c’était encore plus intéressant, il pourrait jouer sur cette ambivalence, créer deux dimensions parallèles, deux caractères. Montrer l’apparente innocence de l’enfant et la fatalité de la femme. L’anecdote qu’elle lui conta arracha un véritable sourire à Amleth, de ceux qui précédent un rire mais il n’y eut pas d’écho dans la pièce, juste une expression qui ne disparaissait pas. Lui le marbre, l’implacable se montrait agréable. « Soyez fière de cette ambivalence. Et dans quelques années, vous serez heureuse si on vous donne moins que votre âge réel » La question de l’âge ne l’effleure jamais. Lui oublie souvent le sien. Ou plutôt qu’il préfère éradiquer cette idée.

La conversation reprend, sur un ton plus grave. « Vous aurez à respecter trois règles : La première est de ne jamais jouer de personnage pour chercher à me plaire. Il est tentant de rentrer dans le rôle que j’attends mais gardez votre personnalité, je veux capturer votre essence et non un pantin de mon esprit. » La perfection qui existe pour lui ne doit absolument pas devenir celle de Vivienne. Mais cette idée est complexe et il sait que son influence est grande, qu’il peut changer les esprits. C’est un challenge qu’il attend, un affrontement. « Vous allez assister à la confection d’une collection, je vous demanderai de ne rien révéler, de garder le secret sur les pièces mais aussi sur les sorts que j’emploie » Il pourrait user d’un serment inviolable, lui faire signer un contrat ou tout autre genre d’inepties mais l’homme veut croire qu’elle ne le trahira pas, et si elle se montre trop bavarde, il saura aisément régler la question. « Et dernièrement, utilisez mon prénom »

L’homme se lève sans préambule, il aurait pu utiliser la magie pour aller chercher ce carnet qui se trouve sur un meuble dans l’angle gauche mais il ne souhaite pas être dépendant de sa baguette. La magie fait partie de sa vie, elle est même essentielle mais il n’est pas de ses sorciers incapable de faire le moindre mouvement sans utilisation d’un sortilège. C’est un carnet à la couverture bleue dont la moitié des pages est déjà noircie d’esquisses ainsi qu’une plume qu’il tient dans sa main droite. « Ne bougez pas » Il est en face d’elle, debout, la plume écorche le papier, les gestes sont vifs, précipités. Il dessine toujours avec force, menaçant à tout moment de déchirer la page. La main se bloque par intermittences, il doit stopper le portrait, lever la plume, fermer le poing. Amleth ne lève pas les yeux, ne veut pas rencontrer le regard où il pourrait y lire de la curiosité, ou autre. Son outil premier de travail se détériore lentement depuis ce sortilège reçu. Cacher la faille, l’évidence qui se masque sous les manches. Il reprend le travail, termine, et présente le carnet à Lestrange, la main tremblant légèrement. Esquisses prises sur le vif, ce sont les passantes éphémères, de celles qui croisent son regard et disparaissent. Beautés fugaces.

« Je vous octroie un rôle exigeant à mes côtés et j’en ai conscience. Mais n’ayez pas peur de vous exprimer, de contredire mes idées. Osez me défier » Le silence est intolérable pour le rôle qu’elle va revêtir. Il doit entendre ses exclamations, que ce soit de la joie, ou son exact opposé. « Je me permets d’exiger un diner afin d’établir… ce contrat, si vous êtes toujours d’accord pour me suivre » Demande si improbable. Pas pour lui. Amleth n’est pas de ce monde où les relations sont scabreuses. Le cliché n’est pas pour lui. « La collection portera votre prénom, alors ne pensez pas que vous serez réduite au rang d’inspiration. Permettez-moi de voler, capturer et disséquer votre beauté pour la retranscrire dans mes créations »
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