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Eireann Callaghan
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Ce message a été posté Mar 10 Déc 2013 - 1:37

Octobre 2021

Eireann laissa filer son dernier élève avant de commencer à rassembler les parchemins qu'elle avait ramassés pour les ranger dans son sac. Il ne lui restait plus qu'à ranger toute la salle, à ramener les billywigs dans l'animalerie de l'école, nourrir les petites bêtes qu'il fallait nourrir et s'assurer que les petites créatures nées le mois précédents étaient en bonnes santé. Depuis deux semaines, elle n'avait pas eu besoin d'aménager de couveuse chez elle alors qu'elle avait passé l'été et le mois de septembre à garder un oeil sur toutes les nouvelles naissances. C'était Jane et Scarlett qui étaient heureuses de voir moins de bestioles à la maison. Et Ciaran qui devait redoubler d'inventivité maintenant qu'il n'avait plus ces ressources là pour rendre la vie impossible à Jane et Siobhan. Oui, la vie à la maison Callaghan était un véritable bordel, un bordel qui permettait à Eireann de s'occuper l'esprit constamment. Parce qu'elle ne voulait pas avoir à penser. Elle refuser de laisser ses idées noires envahir son esprit et le pourrir comme des bandimons pouvaient ravager un foyer. C'était trop dur. Elle faisait tout pour ne pas être seule avec elle-même trop longtemps depuis sa mort. Et quand elle se retrouvait abandonnée dans la grande maison de Jane, elle sortait une bouteille, s'installait sur le sofa avec Croupy et laissait l'alcool la distraire en même temps que les programmes abrutissants de la TVM. Heureusement, la maison était rarement vide. Si Jane travaillait encore beaucoup, si Ciaran passait du temps à Sainte-Mangouste, si Siobhan n'était pas là les weekends et si Scarlett occupait son temps libre de choses diverses et variées, les emplois du temps se croisaient toujours.

C'était toute épuisée et les yeux dans le vide qu'elle déambulait sur le Chemin de Traverse. Elle n'avait pas eu envie de transplaner, elle avait eu envie de prendre le Magicobus, de retarder son arrivée à la maison ce soir. Elle se sentait prête à broyer du noir pendant des heures et elle n'avait aucune envie d'infliger ça au reste de la maison. Eireann ne voulait pas qu'on la voit dans cet état surtout. Egale à elle-même cette cruche, douée pour faire croire que tout allait bien, pour tout garder bien enfoui en elle et s'assurer d'attendre le moment où la coupe serait pleine pour exploser en mille morceaux et devoir se reconstruire étape à par étape à nouveau. Cette fois, elle ne se sentait pas la force de tout reprendre à zéro, de poser des tas de briques pour des fondations qui seraient ébranlées à la prochaine secousse dans sa vie. Parce qu'il y en aurait d'autres des séismes ravageurs dans son existence, il y en avait toujours, arrivant le plus souvent quand elle avait l'impression d'atteindre enfin le bout du tunnel.

Une silhouette imposante passa devant elle. Eireann reconnut Bruce. Son coeur se serra.
Elle hésita de longues secondes. Est-ce qu'aller le voir était une bonne idée ? Bruce, Papa Ours, le grand bonhomme taillé comme un monstre au coeur si tendre qu'on pourrait y trouver une place confortable. Bruce qui, comme elle, avait tout perdu. Eireann se souvenait un peu trop parfaitement de l'enterrement d'Elisabeth Macnair. Elle ne l'avait que peu connue mais tout aurait pu les lier : la cousine de Thomas, la mère de Colin, fils de Julian, la femme qui partageait la vie de Bruce... L'irlandaise détestait ce qu'elle ressentait vis à vis de cette femme : le soulagement de ne pas avoir été proche d'elle et de ne pas avoir à souffrir de sa mort autrement que par l'absence de Colin et le souvenir de la mort de Julian. C'était égoïste, c'était horrible mais Eireann savait que ça lui avait permis d'être un peu préservée. Depuis l'enterrement, elle n'avait pas revu Tom, Nora, Colin et son filleul. Ils étaient partis, loin, pour toujours. Elle aurait tout donné pour pouvoir faire pareil, pour quitter les Phénix, pour partir faire sa vie ailleurs, loin de cette guerre. Mais avec qui maintenant que Julian était mort ? Pourquoi partir alors que la seule chose qui la faisait se lever tous les matins était de se dire que sa faction avait encore besoin de gens pour continuer à avancer ? Eireann n'avait aucune raison de partir pour vivre sa vie ailleurs : sa vie n'avait plus que très peu de sens aujourd'hui.

Elle serra les poings, enfonçant franchement ses ongles dans sa chair. Il fallait qu'elle arrête de s'apitoyer sur son sort. Il fallait qu'elle aille voir Bruce, qu'elle prenne de ses nouvelles, qu'elle soit là pour lui comme il avait été là pour elle à sa libération, lorsqu'elle avait vécu des moments durs, lorsque Julian était mort. Eireann accéléra le pas avant de courir franchement - un géant qui fait un pas vous force à en faire trois pour le rattraper - « Bruce ! Hey Blackburn ! » Il finit par l'entendre et se retourner. Elle s'arrêta à sa hauteur et reprit son souffle. « Tu n'as jamais songé à piétiner un peu au lieu de faire des bonds en marchant ? Parce que ça faciliterait grandement la vie des gens de taille normale qui essaient de te suivre. » Ce qu'elle vit dans les yeux de Bruce la submergea complètement. Il avait mal et ça lui faisait mal à elle aussi. Elle ne l'avait pas vraiment connu comme ça encore et sa tête de chien battu lui rappelait le choc qu'elle avait reçu en le voyant aux funérailles. Sans même chercher à savoir s'il avait envie qu'elle empiète un peu sa solitude, Eireann se jeta sur lui et le serra contre elle. Elle lutta pour ne pas pleurer parce que tout ce qu'elle s'évertuait à refouler depuis des mois, coûte que coûte, était en train d'affluer en elle. Le débit était si fort qu'il risquait de faire exploser la pauvre petite sorcière. « J'ai soif. » dit-elle simplement sans relâcher sa prise.

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Ce message a été posté Ven 13 Déc 2013 - 14:52

Ses épaules étaient voûtées et ses pas lourds. Il avait eu besoin de prendre l’air, marcher un peu avant de rentrer chez Loïs. Il devrait se trouver un nouveau logement, vendre l’appartement, récupérer une poignée de gallions et en faire le problème de quelqu’un d’autre. Mais il n’était pas encore résolu à vivre trop loin de sa nièce et de sa famille tout de suite. D’abord parce qu’il avait besoin de présence dans sa vie, que la solitude le pesait atrocement depuis la perte de son frère puis de Lisa, entre autres, ensuite parce qu’il mourrait de peur de se savoir loin d’eux.

Il n’avait quitté Lisa qu’une demi-journée après tout, pas plus de quelques heures où il n’était même pas si loin. Mais ça avait suffit à cette enflure, ce fils de chacal de faire son carnage. Alors qu'elle était chez lui, avec Ace, en sécurité. C’était ce qu’il croyait. Au moins Colin avait échappé à la vision d’horreur, sagement caché dans le placard du couloir, comme Bruce lui avait dit quand il avait vu la porte scellée par un sort. Ce qu’il avait vu dans leur chambre était gravé dans sa mémoire, et réapparaissait chaque fois qu’il fermait les yeux. Il n’avait rien pu faire que tituber hors de la chambre, appeler François, parce qu’il ne pouvait pas appeler Clark.

La blessure dans le bas de son dos se réveilla une nouvelle fois et il manqua un pas en fermant les yeux sur une larme de douleur, de rage, de peine. Il ne se rappelait même plus de l’enterrement, ou à peine, il se mélangeait avec celui de Clark, celui de Clint, tous ceux auxquels il avait assisté, et ceux qu’il n’avait pas pu faire, les morts qu’ils n’avaient pas pu honorer. Tout ce qu’il se rappelait, c’était Thomas. Thomas qui lui prenait Colin des bras et l’emmenait sans pouvoir le regarder dans les yeux. Parce que c’était plus sûr, parce qu’ils étaient en guerre, parce qu’il ne méritait pas de subir tout ça, petit orphelin. Bien sûr qu’il comprenait, Colin serait en sécurité loin de tout, dans une vraie famille, mais il ne pouvait s’empêcher de leur en vouloir. De s’enfuir, de lui prendre tout ce qui lui restait de Lisa, de tourner le dos à leurs amis, à leur combat.

Ses pas se remirent à accélerer, et sa tête s’enfonca un peu plus dans ses épaules, dans le col de fourrure de sa cape. Les gens s’écartaient devant lui, les mères rapprochaient leurs progéniture. Perdu le sourire rayon de soleil, les câlins de gros nounours, aujourd’hui il avait juste mal, et il voulait juste que ça s’arrête. S’il n’était pas encore à Pré-au-Lard en train d’arracher la tête de Waltz, c’était pour Clara, pour ce qui restait des mousquetaires, le petit brin de lucidité dans sa vie qui virait à la folie.

Une petite voix qui criait son nom le sortit de ses idées noires. Une vague irrationnelle de peur l’envahit alors qu’elle portait la main à son épaule, qu’allait on encore lui apprendre ? Mais pas de très sérieux membre du ministère en face de lui, juste une des raisons pour lesquelles il devait se battre, encore et toujours. Une petite ourse adoptée, une qui avait pris des coups, comme eux tous, mais qui était toujours là. Un faible sourire remonta à ses lèvres alors qu’il refermait ses larges bras sur les épaules de la jeune femme qui venait de littéralement lui sauter au cou. Il s’empécha de la serrer à lui briser les os, juste pour être sûr qu’elle était vraiment là, bien vivante, avec lui.

« T’as raison ma belle, on va boire un coup. »

Peut-être que ça lui changerait les idées, et l’empêcherait sans doute de ruminer seul dans le grand hangar vide en attendant le retour de l’un ou de l’autre. Seul avec son chien. Non, boire un coup était une bonne idée, il pourrait quelques instants se sortir tout ça de la tête, prendre des nouvelles, s’inquiéter des autres, un peu.
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Eireann Callaghan
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Ce message a été posté Dim 22 Déc 2013 - 22:54

Même son étreinte avait changé. Eireann pouvait le sentir. C’était moche ce que la vie avait pu faire à une personne comme Bruce. A quelqu’un de si généreux, de si enjoué d’ordinaire. La petite irlandaise pouvait sentir toute sa peine, elle vivait la même chose. Mais c’était moins récent pour elle. Non, ça ne changeait rien. Elle avait toujours aussi mal, elle se sentait toujours aussi démunie. Un sentiment d’injustice constant l’habitait depuis la mort de Julian, un sentiment qui s’était amplifiée avec la mort de Lisa et le départ de ses amis, emportant avec eux Colin et son filleul. Eireann glissa doucement sa main dans la grande paluche de nounours de Bruce et le tira à sa suite, sans réussir à mettre de l’entrain dans leur cheminement. Ils n’étaient plus que deux âmes errantes dans ce monde qui n’était finalement pas aussi beau que ce qu’on leur avait promis. Eireann avait été bête de croire que leur victoire allait leur permettre de sortir la tête de l’eau pour de bon et de goûter à ce bonheur dont ils avaient tant rêvé… La vie était venue frapper violemment à sa porte pour lui reprendre le peu qu’elle lui avait donné, lui rappelant que sa vie ne pouvait être qu’embuche et misère. Affectives surtout. Après tout, quoi de mieux qu’une vie affective chaotique pour faire perdre foi aux gens ?

Sa foi, elle finirait par la retrouver. Après moult galères, elle se relevait toujours. Pour mieux retomber ensuite. Eireann était passée maître en la matière. Et aujourd’hui que Bruce venait de chuter, elle allait lui montrer comment faire pour se relever. Avec patience, en retrouvant peu à peu goût à la vie, en se raccrochant à de petits détails du quotidien. Petits détails qu’Eireann retrouvait actuellement avec énormément de difficultés.

Aucun des deux ne décrocha le moindre mot durant le trajet. Seuls leurs pas résonnaient contre les dalles froides qui recouvraient le Chemin de Traverse, parfois rejoints par d’autres pas, quelques discussions de sorciers sans visage, sans nom. De rares rires aussi, qui n’étaient pas communicatifs pour eux. Ils étaient tristes à voir mais au moins, ils étaient deux. Ils vivraient cette épreuve à deux. Eireann ne laisserait pas Bruce seul, lui qui avait été là pour elle alors qu’ils ne se connaissaient pas encore.

Sa main toujours enfouie dans la sienne, Eireann entraina Bruce dans le premier bar qu’ils croisèrent. Elle poussa la porte avec un pincement au cœur : c’était le bar où elle avait rejoint ses collègues du Ministère à de multiples reprises, après le travail. A l’époque où tout allait mieux ou presque dans sa vie. Dans une autre vie en fin de compte. Faire marche arrière était impossible. A quoi bon de toute façon ? Qu’est-ce qu’un retour en arrière pourrait leur apporter ? Effacer quelques erreurs peut-être, mais la finalité resterait la même : des déchirements, de la douleur, de l’abattement… Non, le passé devait être laissé derrière et il fallait se donner les moyens d’avancer. Eireann laissa Bruce s’installer à une table, en retrait, et elle se dirigea vers le bar pour prendre une bouteille de bon vieux whisky. Elle vint s’installer à ses côtés, rapprochant sa chaise de la sienne après avoir déposé verres et bouteille sur la table. Elle retira le bouchon en silence et leur servit une double dose. Elle avala une longue rasade et essuya sa bouche avec la manche de sa veste. Avec toute la classe qu’on lui connaissait. Elle retira sa veste et se tourna vers Bruce, reprenant sa main dans la sienne. « J’suis là. J’serai là. Même si tu ne le veux pas. D’accord ? » Elle lui sourit tristement avant de reprendre son verre de sa main libre et d’avaler une nouvelle gorgée.

« J’me sens tellement… Egoïste. Je ne sais pas si ça te fait la même chose mais… Tom et Nora ont eu raison de partir, de dire merde à tout ça. Seulement, je me sens abandonnée. Colin et Arthus apportaient quelque chose dans ma vie qui me manque aujourd’hui et c’est dur. Est-ce que c’est moche de ressentir ça ? » Eireann n’avait jamais dit ça avant aujourd’hui. C’était juste resté coincé au fond de son crâne, au cœur de sa gorge. Bien enfoui dans son cœur meurtri aussi. Parce que Colin, c’était ce qu’il lui restait de Julian. C’était horrible de penser les choses ainsi, mais Eireann n’avait plus eu que ça pour se raccrocher au souvenir de Julian. Elle avait fini par s’attacher à ce petit bout et elle avait décidé de tout faire pour lui une fois Julian mort… Sauf qu’il n’était plus là, parce que ce pauvre petit garçon déjà bien abîmé par la vie avait perdu sa maman dans un crime atroce, révulsant. Eireann sentait monter ces larmes qu’elle ne voulait plus laisser couler. Elle essaya tant bien que mal de les ravaler pour ne pas craquer. Elle ne voulait pas flancher devant Bruce, pas au moment où elle avait décidé d’être forte pour deux.


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Bruce Blackburn
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Ce message a été posté Jeu 16 Jan 2014 - 10:00

Le sourire avait du mal à venir naturellement, mais il était sincère, sincèrement soulagé de voir n'importe lequel de ses petits protégés, sans doute aussi brisé que lui par ce qui se passait, mais vivants, bien vivants. Il referma sa grosse patte sur la petite main de son amie, la laissant le tirer à travers les foules d'inconnus pour arriver dans un bar à l'air relativement calme.

Une petite musique résonnait, pas trop fort, et couvrait les quelques conversations ici et là. Bien, l'anonymat, même maintenant qu'ils avaient soi disant gagné, c'était ce qui les sauverait. Et puis, si il appréciait une soirée au calme avec Eireann, il n'avait pas spécialement envie de discuter avec d'autres phénix qu'il n'avait croisé qu'une fois ou deux, des gens qui ne le connaissaient que de réputation, des gens pour qui il devait encore être un genre de symbole. Le symbole d'un gros nounours qui va défoncer les mangemorts à la hache et qui manie les éclairs… il n'avait pas envie d'être fort ni enthousiaste, pas maintenant.

Il entra dans le bar la tête baissée, enfoncée dans le col de sa cape, et se dirigea vers une table à l'écart alors que sa jeune amie allait leur commander de quoi passer le temps. Une bouteille de Whisky, pas son poison préféré mais au moins un qui avait la nostalgie d'un temps où il faisait semblant d'appartenir à une famille. Son verre fut rempli et il le descendit d'une traite. L'alcool était tiède, pas des plus agréables, mais il n'était pas là pour apprécier, juste chauffer agréablement sa gorge et le faire oublier quelques minutes tout ce qui n'était pas Eireann.

Oublier la mort de son frère, l'étincelle qui s'était éteinte dans les yeux de Loïs, oublier qu'il ne verrait plus le sourire d'enfant que François n'avait qu'en présence de Clark, oublier la vision d'horreur quand il avait retrouvé Lisa dans son appartement, oublier que Thomas était parti avec son petit rayon de soleil, celui qui ne serait jamais son fils mais pour qui il s'était efforcé d'être un père, ou quelque chose qui s'en approchait.

La main frêle, trop frêle, de l'irlandaise repris à nouveau la sienne, et elle lui promit d'être là. Quelque chose comme de la culpabilité éclôt quelque part en lui. Après tout, c'était lui qui était censé être là pour les autres, lui l'adulte, le grand frère, le tonton. C'était lui qui protégeait les autres… lui qui soutenait. Mais aujourd'hui il avait besoin d'aide pour avancer, il avait besoin de ses amis près de lui.

"Bien sûr que je veux, qu'est ce que tu crois… on est dans cette merde tous ensemble, et je laisserais tomber personne. Et j'veux pas… j'veux pas que tu me laisse tomber, Love."

Il ramena une mèche brune derrière son oreille, et se resservit un verre. Il ferma les yeux une seconde en l'entendant évoquer Thomas, Nora, Arthus et surtout Colin. Thomas, un de ses meilleurs amis, un des seuls encore en vie. Arthus, le symbole de ce pourquoi ils se battaient, le petit innocent qu'il voulait protéger plus que tout de la barbarie. Nora… qui arrivait tout juste à l'apprécier. Et Colin. Il secoua la tête et rouvrit les yeux, un peu plus brillants sans doute.

"T'es pas égoïste, c'est normal. Je sais pourquoi ils sont partis, ils ont eu raison en plus, les gosses étaient en danger, mais je peux pas m'en empêcher, je revois Thomas qui me prend Colin et qui se barre sans me regarder et j'ai envie de l'éclater dans un mur, j'ai envie de me battre et lui dire que je peux m'en occuper, que je vais le protéger. Ils m'ont pris Lisa et maintenant ils me prennent Colin, et j'ai envie de tout casser…"

Sa voix s'était étranglée dans sa gorge, et il avait tapé du poing sur la table, les yeux à nouveau fermé pour retenir les larmes. Il reprit une gorgée d'alcool pour se calmer, une inspiration, deux, zen.

"C'est pas moche ma belle, c'est humain, évidemment qu'on les voudrait près de nous… mais ils ont déjà assez souffert, Colin a déjà perdu ses parents, on peut pas le garder ici."

Pas avec des gens qui peuvent mourir du jour au lendemain. Evidemment il ne l'avait pas dit, il était invincible, lui. Mais il l'avait pensé très fort. S'il lui arrivait quelque chose, à Loïs, à François, qu'adviendrait-il de Clara?
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Eireann Callaghan
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Ce message a été posté Dim 26 Jan 2014 - 10:09

Ils étaient tristes à voir, les yeux brillants, les lèvres tremblantes. Quelques clients avaient tourné la tête vers eux quand Bruce avait abattu son poing sur la table mais Eireann n’en avait cure. Elle se foutait complètement des autres, de leurs regards, de leurs murmures. Tout ce qui importait, c’était Bruce et elle, et leur détresse commune. A deux, ils seraient plus forts, non ? Eire voulait s’en convaincre, elle avait besoin de croire qu’elle réussirait à surmonter cette nouvelle épreuve. Mais le problème, c’était que toute cette histoire ne faisait que la reconduire quelques mois en arrière, à la mort de Julian…

Harper lui manquait atrocement. Elle n’avait jamais mesuré l’importance de son soutien avant sa mort. Comme toujours, ça n’avait été qu’une fois seule qu’elle avait compris à quel point sa présence l’avait aidée à avancer. On ne se rendait compte de ce genre de chose que lorsqu’on nous la retirait. Julian lui avait montré comment croire à nouveau au bonheur, comment apprécier la liberté toute nouvelle qu’ils avaient acquise. Il lui avait montré que l’amour pouvait très bien être doux, imprégné du respect de l’autre, enrichissant, là où elle n’avait avant lui connu que l’amour qui faisait mal, atrocement mal. Et il était mort. Mort avant qu’elle ne se rende compte de tout ce qu’il lui avait apporté. Mort avant d’avoir pu lui rendre ne serait-ce qu’un dixième de ce qu’il lui avait offert. Ce n’était pas juste. Finalement, en ne prenant pas ses allusions au mariage au sérieux, Eireann s’était protégée. A croire qu’elle avait su que le bonheur qu’on lui avait mis sous le nez n’allait être qu’éphémère. C’était triste mais c’était ainsi : Eireann semblait avoir perdu l’habitude d’accepter la joie qu’on mettait sur sa route, sachant pertinemment que ça ne durerait jamais bien longtemps.

Et si le bonheur n’était pas pour elle, la présence de ses proches, leur détresse mêlée à la sienne, l’étaient. Et savoir que Bruce ressentait la même chose qu’elle la rassurait tout en la culpabilisant encore. Elle se sentait apaisée parce que son sentiment égoïste était une réaction normale. Après tout, elle avait le droit de ressentir ce genre de chose, le droit d’être attristée par le départ de ses amis. Être triste ne signifiait pas qu’elle avait mal agi : elle ne s’était pas mise en travers de leur route. Et si elle culpabilisait, c’était parce que, justement, elle pouvait comprendre ce que ressentait Bruce et cette douleur… Cette douleur insupportable, elle ne voulait pas qu’il la porte. Il méritait de ne pas souffrir autant. Eireann ne connaissait pas d’être aussi généreux que lui et il avait droit au bonheur, droit à voir sa peine s’alléger. Elle aurait aimé pouvoir en arracher au moins une partie pour la lui prendre et l’ajouter à son propre fardeau. Bruce avait perdu bien plus qu’elle récemment et… Non, elle ne le laisserait pas seul.

« Ils me manquent tellement… Mais il faudrait voir ça comme une force. » Elle s’étonna de ses propres paroles. « Savoir qu’ils pourraient revenir si nous pouvions instaurer une sécurité réelle dans notre monde devrait  nous pousser à nous battre encore ! A écraser ces rats une bonne fois pour toute ! » Si seulement elle avait pu croire en son beau discours. Le problème était qu’Eireann partait vaincue. Elle avait cette impression, ce sentiment ignoble enfoui tout au fond d’elle qui lui disait qu’ils ne seraient jamais en paix, qu’il y aurait toujours quelqu’un pour se mettre en travers de leur route. « On peut peut-être se convaincre qu’on y arrivera un jour. Je… je ne suis pas prête à réellement y croire tout de suite mais plus tard… peut-être… » Si seulement… « On va se faire cette promesse : on se relèvera toujours. Quoi qu’il arrive. » Et elle leva son verre, attendant que Bruce fasse tinter le sien contre lui. Eireann savait pourtant qu’elle ne devait pas faire de promesse qu’elle était incapable de tenir.

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Dernière édition par Eireann Callaghan le Lun 10 Fév 2014 - 10:00, édité 1 fois
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Ce message a été posté Sam 8 Fév 2014 - 10:17

Il savait bien que tout le monde les regarderait, le grand machin qui tapait sur les tables et la petite demoiselle qui semblait sur le point de s'effondrer. Il était loin le temps où les seuls commentaires qu'on pouvait faire sur eux alors qu'ils prenaient un verre tous les deux étaient savoir si oui ou non le vieux cochon s'envoyait la petite jeune. Ce genre de considérations passait loin au dessus de la tête des autres clients maintenant. Maintenant qu'ils tapaient sur les tables et que leurs yeux brillaient de larmes, qu'ils semblaient à la limite de s'écrouler.

Tout le monde savait, de toute façon. Tout le monde autour d'eux avait perdu un père, une mère, un frère, des amis, quelqu'un dans cette foutue guerre. Personne ne pouvait traverser cette période sans en subir les conséquences, même de loin, même sans vraiment y participer. Eux étaient peut-être juste plus en première ligne. Eux se prenaient tout en pleine face et devait encore être suffisamment debout pour protéger les autres. Eux venaient de perdre toute leur famille en un claquement de doigt, ou presque. La seule chose qui faisait encore tourner Bruce était ces gens autour de lui, cette gosse qui avait grandi trop vite et avait tout vécu, tout ce que la vie avait de plus pourri à lui jeter, et qui était encore là, prête à l'aider, à le soutenir.

Il sourit légèrement aux mots de la jeune femme. Lui même se rassurait parfois en disant qu'une fois qu'ils auraient gagné leur liberté, la vraie, pas dominée par les américains, ils pourraient retrouver Colin, et l'élever dans un monde en paix. Et parfois il se disait que pour parvenir à cette victoire, il fallait tuer ou enfermer tous les mangemorts. Tuer, de préférence. Surtout Waltz. Celui-là il se le réservait. Autant tuer ne lui procurait pas spécialement de plaisir, il savait qu'il fallait le faire, parce que c'était la guerre, c'était comme ça, mais pour lui il ferait une exception. Il prendrait son temps, et il prendrait son pied.

"Une fois qu'ils seront réduits au silence, ils reviendront. Et on pourra les voir, tant qu'on veut. Et les petits pourront grandir et décider de leur avenir, et se marier avec qui ils veulent."

Il n'y croyait sans doute pas plus que sa protégée. Mais à se répéter sans cesse un mensonge, on finit par y croire, non? Et c'était lui, avec son Phénix sur le torse, toujours aussi flamboyant. Son tatouage était pour la vie, et ses idéaux aussi. Il n'arrêterait de se battre qu'à son dernier souffle, et si possible en emportant un maximum de mangemorts avec lui. Même quand il déprimait, même quand il se disait qu'il ne pourrait pas être au plus bas. Quand on était au plus bas, on ne pouvait que remonter, après tout.

"On y arrivera un jour, Love, ils ne grandiront pas dans le même monde pourri qu'on a connu. Je m'en fout, je ne sais pas si je le verrais, et je ne sais pas ce que j'y perdrais, mais ils vont vivre dans un monde libre."

Il fit tinter son verre contre le sien. Cette promesse, il l'avait faite déjà, quand il s'était tatoué son Phénix. Ne jamais abandonner, ne jamais se rendre, ne jamais fuir.
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Ce message a été posté Lun 10 Fév 2014 - 10:25

Eireann avait hoché la tête. Oui, les petits pourraient grandir et vivre libres. Si leur utopie finissait un jour par devenir réalité… La sorcière était certaine de ne jamais connaître ce jour-là mais mieux valait se battre que subir. Pour voir les enfants des autres s’extraire de la merde qu’avaient vécue leurs parents. Parce que la frêle irlandaise n’en n’aurait pas, elle, des enfants. Elle refusait d’imposer un monde pourri qu’elle ne supportait pas à d’innocentes créatures. Et surtout, elle se sentait incapable de fonder une famille avec qui que ce soit. Julian avait déjà eu un enfant et elle s’était sentie prête à donner un amour maternel à Colin, cela lui aurait amplement suffi. Mais il était mort. Comme tant d’autres. Comme Clark, comme Lisa. Des enfants perdaient leurs parents dans cette guerre sans fin. Elle, elle avait encore les siens. Mais Jane était orpheline, à cause d’une guerre précédente qui s’était soldée par la victoire du Lord Noir. Non, elle n’aurait pas d’enfant, jamais.

La sorcière avait levé son verre. Et surtout, elle avait avalé son contenu cul sec. Elle les resservit, la main tremblante. C’était beau de dire qu’ils y arriveraient mais y croire était bien plus dur. De toute façon, Eireann était allée trop loin pour renoncer aujourd’hui. Elle s’était battue trop longtemps pour s’arrêter. A quoi bon ? Elle ne pouvait plus qu’aller au bout de ses convictions, quelles qu’en soient les conséquences. On lui avait déjà pris tellement de choses ! Il ne lui restait qu’à préserver sa famille et ses amis, boulot qui lui prendrait forcément tout son temps et son énergie. Cette cause était tout ce qu’il lui restait, c’était la dernière chose qui donnait un sens à sa vie. Si elle arrêtait, que ferait-elle ? Le job de sa vie lui avait été volé et elle ne pouvait plus retourner au Ministère car plus rien n’était pareil. Son innocence avait été piétinée, son cœur avait été déchiré autant que son âme. Il ne lui restait qu’à se battre pour les siens, dans l’espoir qu’un jour le monde dont ils rêvaient puisse exister. Douce utopie. Mais voilà, Eireann ne pouvait rien faire d’autre que de se battre. Elle ne pouvait pas abdiquer parce qu’elle avait déjà trop perdu et n’avait plus d’autre but dans la vie.

C’était moche d’en arriver là, de se dire que la vie ne se résumait désormais qu’à ce combat vain. Mais c’était ainsi. Elle n’avait que ce moteur là pour se lever chaque matin et chercher à survivre. Sans cette cause, autant crever. Bruce semblait en être au même point qu’elle. Et il avait perdu bien plus. Pas en nombre, on ne pouvait se contenter de compter les corps pour décider de qui était le plus à plaindre. Mais perdre un frère… Non. Eireann ne s’imaginait pas une vie sans Ciaran ou Jane. Plutôt sa vie que la leur.

« Et ces cours pour adultes à la baguette rouillée, ça se passe bien ? » Eireann savait écouter, elle était forte pour prête cette oreille attentive à ceux qui en avaient besoin mais pour engager une conversation sur les sujets durs ou passer à la suite… Sa maladresse n’avait d’égale que sa connerie personnelle. « J’me dis que j’aurais peut-être besoin de revoir quelques trucs voire d’apprendre de nouvelles choses. Je ne me renouvelle pas au combat. » Elle déglutit péniblement. Est-ce qu’elle venait sérieusement de parler des affrontements douloureux comme on parle du cul de la voisine ? Est-ce qu’elle en était réellement arrivée au point critique où la guerre devient une sorte de banalité ? Eireann s’était surprise elle-même, et pas en bien. Cette foutue guerre avait des effets néfastes sur sa santé mentale.

Est-ce qu’elle s’était tant battue ? Est-ce que les combats faisaient partie aujourd’hui de sa routine ? Est-ce qu’elle allait bientôt passer à l’horreur du « alors, qui est mort cette fois » ? Non, elle refusait de devenir cette personne blasée par la redondance de cette guerre. Elle se battrait contre elle-même pour cela parce qu’elle ne voulait pas finir par accepter que l’horreur soit son quotidien. Pauvre petite chose.

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Bruce Blackburn
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Ce message a été posté Lun 10 Fév 2014 - 19:54

Un mince sourire se peint sur ses traits. Rien à voir avec le rayon de soleil qu'il jetait d'habitude. Avant. Quand il avait une famille, des amis, quand il s'amusait et chassait les dragons. Mais il voulait se raccrocher à quelque chose, parce que sinon il allait sombrer, et il fallait chérir chaque petite chose comme celles-ci. Même si c'était se dire qu'ils allaient se battre jusqu'à la mort, même si c'était savoir qu'ils ne verraient sans doute pas la fin de cette guerre. Mais c'était ça, l'ordre du Phénix, lutter quand il le fallait, jusqu'à la mort, et renaître de leurs cendres quand l'espoir s'éteignait.

L'espoir, c'était tout ce qui restait après tout. L'espoir que leurs enfants puissent avoir une vraie vie, libre. Il avait cru pouvoir être un semblant de père pour Colin, tout comme Eire avait tenté d'être une mère pour lui. Mais ils n'avaient pas pu, c'était une guerre, une vraie, ce n'était pas la place d'un gamin. Et maintenant il avait perdu ses deux parents. L'image de Lisa sur le sol de sa chambre s'imposa à nouveau dans son esprit, comme gravé derrière ses paupières. Il ne pourrait jamais oublier cette vision. Et sans doute jamais remettre les pieds dans son petit appartement. Il avait pris son chien, ses chats, et était parti sans se retourner pour s'installer chez Loïs. Il avait laissé François s'occuper de récupérer ses affaires et Thomas arranger le service funéraire.

Il avait passé deux semaines à ne pas dire plus de deux mots, à casser des objets et fondre subitement en larmes. A se demander ce qu'il allait faire, s'il allait prendre sa hache et descendre sur pré-au-lard une nuit, tout seul, et ne pas revenir. Il secoua la tête et prit la main tremblante de son amie. Ce n'était pas bon de revenir à cet endroit-là. Il avait une raison de vivre, et elle ne faisait pas encore ses nuits. Et même si ce n'était pas un endroit pour élever un enfant, Clara était là, et son frère n'était plus. Elle avait besoin de sa mère, et besoin de ses oncles. Et besoin de quelqu'un pour se battre pour sa liberté. Il n'allait pas lâcher, pour elle, et pour les autres.

Une inspiration soudaine et il termina son verre cul sec, pour se remettre les idées en place. Et fut reconnaissant à Eire pour le changement de sujet. Il allait répondre, partir sur des banalités, quand les mots de la jeune femme l'arrêtèrent sur place. Depuis quand en étaient-ils arrivés là? Depuis quand cette gamine parlait de combats à mort comme si c'était tout à fait normal? Elle n'était qu'une enfant. Certes plus adultes qu'Harry Potter à l'époque de sa mort, mais une gosse quand même, pas un soldat…

Il secoua la tête et s'y reprit à deux fois pour commencer sa phrase.

"Ça va… j'ai un peu de mal à leur faire retenir deux sorts mais bon, on se débrouille, tant qu'on peut. Tu peux venir ouais, ça peut toujours servir."

Au cas où. Il tentait toujours de relativiser l'intérêt de ses cours. D'oublier que, sans lui, ils risquaient la mort à chaque coin de rue, et s'il n'était pas suffisamment bon, il aurait leur mort sur la conscience.
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Eireann Callaghan
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Ce message a été posté Lun 10 Fév 2014 - 20:22

Oui, c’était bien ça. Ils étaient devenus des êtres blasés. Blasés du combat, des affrontements, des missions, des tensions, de la mort à chaque coin de rue. Leur vie n’était plus rythmée que par l’horreur, la souffrance et les silences qui faisaient suite à la mort d’une personne proche. Eireann souffrait à chaque événement et, pourtant, elle avait l’impression de devenir pus insensible à toute cette merde chaque jour. C’était étrange comme sensation mais en y repensant, la gamine qu’elle avait été cinq ans plus tôt aurait été horrifiée si on lui avait fait la liste de ce qu’elle aurait à vivre. Aujourd’hui, Eireann y était presque habituée. Certes, ça ne rendait pas les choses plus faciles à encaisser, mais la liste des morts grossissant chaque jour n’était plus une surprise. Espérer que les générations futures n’auraient pas à vivre de telles choses était tout ce qu’il leur restait.

S’était-elle déshumanisée ? Non, elle pleurnichait toujours autant, elle avait toujours aussi mal. Mais elle s’y était habituée. Elle se prenait toujours une grande claque quand même. Eireann était fatiguée de ce monde, fatiguée de cette lassitude. Comment pouvait-on en arriver à se dire que sa propre vie se résumait à un combat perdu d’avance ? Bruce semblait lui aussi vivre la même chose. Lui qui avait été un peu la figure phare de sa libération un an et demi plus tôt revêtait aujourd’hui le même masque qu’elle. Plus sombre encore en fait, ce qui se comprenait : il avait retrouvé le corps de Lisa où, pour Julian, il n’y avait pas eu de corps du tout. Est-ce que lorsqu’on perdait son dernier espoir de bonheur on devenait ce qu’ils étaient devenus ?

« Est-ce que tu leur apprends à se défendre contre la vie, aussi ? Parce qu’on a survécu à beaucoup de dégâts physiques, à des affrontements plus violents les uns que les autres mais les séquelles de l’âme, elles… » Celles-ci restaient à jamais graver en eux. Eireann savait qu’elle ne s’en déferait jamais. Elle avait mal pour chacun des actes qu’elle avait faits, pour ce qu’on avait fait contre elle aussi. La gamine qu’elle avait tuée au Chemin de Traverse hantait encore ses cauchemars. Son enfermement chez les Ombres avait bouffé une partie de ce qu’elle était. Être confrontée à son cousin l’avait torturée. Se ramasser les sorts de Travers l’avait ébranlée. Ses missions catastrophiques avaient laissé elles aussi leur morsure. Keenan, toujours lui, avait su lui faire autant de mal physiquement que psychologiquement. La prise de pouvoir de décembre, en se battant contre Ian, avait été dure aussi. La perte de Julian à Assapor lui faisait encore trop mal. Et tous ces drames, toutes ces horreurs vécues, Eireann n’y avait pas été préparée. Savoir se battre, se défendre, ne servait à rien quand on en arrivait à l’étape de la reconstruction. Et ça, chez les Phénix, c’était une chose qu’il manquait. Bien sûr, tout le monde s’entraidait. Mais entre éclopés, comment faire pour se guérir complètement ? Non, ils avaient tous été meurtris par la vie et personne ne réussirait à se relever indemne. Beaucoup ne se relevaient d’ailleurs plus.

Eireann rêvait du jour où tout serait fini. Seulement, elle ne se voyait jamais dans ce rêve, elle voyait ses proches, des gens qu’elles ne connaissaient pas mais aux traits familiers… Mais pas elle. Etrangement, quelque chose en elle sentait qu’elle mourrait avant d’atteindre le but final de ses idéaux. Mais cela ne l’angoissait pas. Elle n’avait pas des envies suicidaires mais elle savait que la cause Phénix était sa dernière raison de vivre. Et se dire qu’une fois que tout serait terminé elle ne serait plus là, c’était une sorte de façon de s’apaiser. « On a trop souffert pour reculer, hein ? Autant tout donner pour aller jusqu’au bout et partir en paix au moment où la Grande Faucheuse voudra de nous. Et ce jour là, mon cher, je l’attendrai avec le sourire et de quoi lui payer un coup à boire. Avec une bouteille meilleure que celle-là ! D’ailleurs, si tu as de quoi me conseiller. » Elle avala une nouvelle gorgée. Boire, plus qu’avant. Mais pas seule, jamais. Eireann se l’interdisait parce qu’il n’y avait rien de pire. Evidemment, elle trouvait toujours des volontaires à la maison pour l’accompagner. Ou sur le Chemin de Traverse comme Papa Ours. « Je viendrai peut-être un de ces quatre. Je leur montrerai qu’on peut avoir vécu des choses très moches et trouver toujours pire au tournant suivant. » Ahahah. Cette fois, elle riait jaune.

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Bruce Blackburn
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Ce message a été posté Ven 14 Fév 2014 - 10:24

Se défendre contre la vie, hein? On ne l'avait appris à personne, et personne ne pourrait le savoir. A force de prendre des coups, le cuir se durcit, les os se ressoudent, et on supporte, on survit. On peut toujours s'entraîner, se faire les muscles, monter des barrières et panser ses plaies. Mais les blessures au cœur, elles, il faut les recevoir. On a beau dire, on a beau y être préparés, personne ne sait vraiment avant de prendre la première claque, le premier coup de poignard dans le dos, le premier "C'était une embuscade, ils ne sont pas revenus".

On a beau voir ce que la vie fait autour de nous, on ne peut pas y être préparé, pas vraiment. Tout ce que pouvait faire Bruce, c'était les entraîner, encore et encore, faire de ces gens qui n'avaient rien demandé des soldats. Il se le devait, parce que même Clark, son tireur d'élite de frangin, entraîné à tuer et à se défendre, même lui était tombé sous les sorts mangemorts. Alors eux, des adultes qui ne connaissaient rien à la guerre, ils n'avaient aucune chance. Il se devait d'être le meilleur, de leur faire comprendre, apprendre. Lauren quand il l'avait rencontrée ne savait pas manier une baguette, et elle était toujours là, avec lui.

"Je ne peux rien faire pour eux. Juste leur donner les outils pour qu'ils se défendent, et qu'ils survivent encore…"

Et qu'ils tuent un maximum de mangemort. Ça il ne le disait pas, parce qu'il ne voulait pas vraiment l'admettre. Le seul moyen de finir cette guerre passait par encore plus de bains de sang, et les innocents qui étaient dans son cours apprenaient à tuer, ni plus ni moins. Il prenait des vendeurs, des gratte-papier, et leur apprenait à tuer. Même s'il ne connaissait rien en magie noire, même s'il se faisait un point d'honneur à ne pas leur apprendre les sorts impardonnables, parce qu'il avait encore un peu d'honneur, et que les enseignements de Dumbledore ne tomberaient pas aux oubliettes… il apprenait à tuer, ni plus, ni moins. Et il était fier quand l'un d'entre eux réussissait ses sorts, quand ils tranchaient d'un coup de lame dissimulée un adversaire en sac de sable.

"Quand la faucheuse voudra de nous, ma belle, on prendra soin d'emmener un maximum de connards dans nos bottes, histoire de laisser la terre un peu plus propre après notre passage. Et avant que je parte, je veux être sûr que les Phénix volent toujours."

Lui ne mourrait pas pour la puissance, il ne mourrait pas pour l'amour, il accueillerait la mort comme une vieille amie, comme le troisième frère du conte. Elle avait trop marché à ses côtés pour en avoir peur maintenant, la seule chose qu'il voulait c'est être sûr que sa mort soit insignifiante. Qu'elle ne détruise pas quelque chose. Il voulait être un autre pion, sacrifié pour une plus belle victoire. Il était un symbole pour certains, un vieux de la vieille, un roc, et tant qu'il le resterait, il ne devait pas les abandonner. Il n'avait pas le droit.

"Et puis, il faut trouver quelqu'un d'assez motivé pour nous percer le cuir. Ils doivent se lasser à force…"

Un sourire un rien forcé. Et il leva à nouveau son verre, comme un défi au premier qui essayerait. Il s'y casserait quelques dents, foi de Blackburn.
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Eireann Callaghan
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Ce message a été posté Sam 19 Avr 2014 - 13:27

Eireann fit une nouvelle fois teinter son verre contre celui de Bruce. C’était bête ce qu’ils faisaient, ça ne remontait en rien le moral mais l’Irlandaise se sentait tout de même un peu mieux, parce qu’elle n’était pas seule. Ils étaient tous dans le même bateau et vivaient tous les mêmes horreurs. Bruce devait avoir raison : même ces crevards de mangemorts devaient se lasser de tout ça. Tout le monde payait cher le prix de la liberté, quel que soit le camp. Aujourd’hui, c’était eux qui étaient libres et les mangemorts qui étaient forcés de se terrer comme les rats qu’ils étaient. Mais demain, les rôles s’inverseraient peut-être à nouveau. Eireann ne voulait plus penser à demain, parce qu’elle ne voyait plus rien d’optimiste pour la suite. C’était moche mais c’était comme ça.

Voir les mangemorts comme des monstres était plus facile, ça aidait à se battre, à persévérer. Seulement, parfois, ce n’était pas de simples mangemorts qu’elle trouvait dans le camp d’en face mais des personnes, des personnes qu’elle connaissait. Ou avait connu plutôt. D’anciens camarades d’école, d’anciens collègues, d’anciens amis aussi. Et c’était cela, le plus dur, ne plus se retrouver en face d’inconnus mais en face de personnes qu’elle pouvait nommer, des personnes dont elle connaissait le passé. Combien de proches avaient-elles vu se battre contre les Phénix ? Elle ne voulait plus les compter. Elle essayait de les effacer de sa vie, de refaire l’histoire en les considérant comme morts… Mais c’était plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsque le face à face devait se solder par la mort de l’un ou de l’autre.

Oui, ils devaient être aussi las qu’eux de l’autre côté. Et c’était tellement con de se dire que chacun en avait marre et que, pourtant, tous continuaient parce qu’on est allés trop loin pour arrêter. Mais qu’est-ce que cela voulait dire exactement ? Est-ce que c’était une histoire d’orgueil, comme lors des querelles d’adolescents ? Non. Trop loin, c’était pour ceux qui menaient les troupes. Si tout devait s’arrêter demain, Eireann ne pardonnerait pas aux autres mais elle n’essaierait pas de les tuer. Les têtes de chaque camp, par contre… La sorcière savait pertinemment que si elle se retrouvait une nouvelle fois en camp ennemi, elle ne survivrait pas. On la tuerait. Sans remords. Elle avait survécu à son enfermement chez les Ombres parce qu’elle avait été utile mais aujourd’hui, plus personne ne pouvait être indispensable, encore moins elle. Si seulement elle avait pu, comme Nora et Thomas, avoir une bonne raison de partir loin et à jamais… Mais elle n’avait plus d’autre raison de vivre que de se battre pour la cause Phénix et ses proches. Elle ne pouvait pas quitter ses parents, son frère, ses cousins. Elle ne pouvait pas s’imaginer tout plaquer et aller dans un coin tranquille. Pour quoi faire ? Vivre une vie paisible ? Elle n’avait personne avec qui partager quoi que ce soit. Parce que Julian était mort. Eireann avait un jour songé à demander à sa famille de partir, d’aller se réfugier aux USA ou ailleurs pour construire une nouvelle vie. Mais ça n’aurait pas suffi, elle le savait.

« Compte sur moi pour en emporter quelques uns. Histoire que les nôtres ne soient pas morts en vain. » Mais tout le monde mourrait pour rien. Les Phénix avaient réussi à chasser les mangemorts du pouvoir et tout ça pour quoi ? Pour un Ministère qui ne leur convenait qu’à moitié. Les Américains donnaient de plus en plus l’impression de diriger le pays à leur place et la répression qui semblait nécessaire au départ commençait à peser bien trop sur les épaules des civils. Non, c’était une lutte acharnée pour rien et pourtant, elle ne pouvait prendre fin.

« Tu sais, c’était dur pour Julian de te voir élever son fils, ce fils qu’il n’avait pu connaître que trop tard. Mais il ne t’en voulait pas. Il ruminait mais tu restais son ami et… Il connaissait ta valeur. C’était plus une question d’orgueil qu’autre chose quand il s’emportait. Et Merlin sait qu’il avait un peu trop d’orgueil. » Eireann sourit tristement. Elle ne savait pas trop pourquoi elle avait eu besoin de dire ça à Bruce. Elle se souvenait des discussions qu’elle avait eu à ce sujet avec Harper. Il n’aimait pas être jaloux de Bruce et pourtant, il n’avait pu s’en empêcher. Une nouvelle envie de pleurer la saisit. Elle serra les dents pour la réprimer.

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Ce message a été posté Jeu 9 Oct 2014 - 16:22

Bruce observait son amie, en faisant tourner le liquide ambré dans son verre. Sa jeune amie qui avait raté sa jeunesse, comme tous les autres. Pour qui il se sentait responsable, comme tous les autres. Et pour qui il regrettait cette vie de guerre et de morts. Ils se réconfortaient les uns les autres, ou du moins ils essayaient, et ils buvaient pour se réchauffer un peu le cœur, mais Bruce voyait bien les yeux voilés de l'irlandaise, ses cernes, ses cicatrices et l'ombre de la mort dans son regard. Elle avait vu trop d'horreurs pour une seule vie. Elle avait subi les pires choses, et elle savait parfaitement qu'un jour elle pourrait se retrouver face à quelqu'un qui avait été à l'école avec elle, avec qui elle avait travaillé, avec qui elle avait partagé des verres, qu'elle avait appelé son ami, et devrait le tuer pour ne pas se faire tuer elle-même. Comme Bruce lui-même, Bruce et toute sa famille chez les mangemorts, excepté Clark, évidemment, mais lui était déjà tombé.

Le gallois reprit une gorgée de whisky pour ne pas penser à son frère, ou à tous les autres, ne pas encore déprimer. L'important c'était les mots presque vides qu'ils se disaient avec Eireann, c'était ceux qui étaient encore en vie et qui se battaient. Pour qui lui se battait. Il n'avait pas le droit de se dire que le jeu n'en valait pas la chandelle, pas lui. Parce que c'aurait été cracher sur ceux qui avaient perdu la bataille. Admettre que leur sacrifice avait été pour rien. Et si Bruce avait une qualité, une qu'un certain choixpeau magique avait repérée avant même qu'il soit totalement posé sur sa tête, c'était sa tête de mule. Même quand il serait seul et encerclé de mangemorts, même s'il ne restait plus que lui debout, il se battrait encore. Il pouvait vaciller, pleurer, crier, mais à la fin de la journée, il remettrait sa cape, reprendrait sa hache et sa baguette, et repartirait au combat, parce qu'il était comme ça, et qu'il n'avait pas le choix. Et parce que même maintenant que les choses étaient moins pires, il n'avait toujours pas l'impression d'avoir gagné. Les américains étaient arrivés en sauveurs et s'était installés. Moins pire, certes.

Un silence s'installa entre eux, alors que chacun ruminait sur leur situation. Au moins ils étaient là les uns pour les autres. Et puis Eire reprit la parole, lui parla de Julian et de Colin. Bruce descendit son verre d'une traite et se resservit avant de répondre.

"Je sais pas vraiment si ça change quelque chose de le dire maintenant, mais j'ai jamais essayé de prendre sa place. Je m'en occupais comme du mien et j'aurais été fier qu'il soit mon fils, mais j'ai jamais essayé de lui faire oublier qu'il avait un père, que je le connaissais, et que c'était un ami. Je savais bien que pour lui c'était pas facile de me savoir avec lui, à sa place, mais… j'ai tenté de faire de mon mieux pour le bout de chou."

Il s'arrêta un instant pour ravaler la boule qui s'était formée dans sa gorge. Colin. Sa petite tête blonde lui manquait horriblement, et il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable de son début d'existence. Elevé par une mère toute seule, balloté par les changements du gouvernement, et découvrir un père terroriste, recherché. Et puis perdre son père, sa mère, et se faire arracher à son papa de substitution. Bruce aurait voulu le garder près de lui, évidemment, s'en occuper et le protéger. Mais c'était mieux ainsi. Thomas lui avait donné le seul semblant d'avenir possible.

"… Il me manque, tu peux pas savoir."

Lui, sa mère, et tous les autres. Le gallois battit rapidement des paupières, il n'allait pas se mettre à pleurer maintenant. Une nouvelle gorgée de whisky lui brûla agréablement la gorge et chassa les sanglots qui menaçaient d'éclater.  
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