Le cirque des rêves brisés [Esmé]



 



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Ce message a été posté Mar 5 Fév 2013 - 7:06

Revoir Esmé avait ébranlé Alec plus que qu’il ne l’aurait d’abord cru. Il savait bien sûr que son ancienne condisciple ne partageait pas les mêmes opinions politiques que lui, mais jamais il ne s’était imaginé qu’elle puisse faire partie d’un groupe extrémiste comme l’Ombre de la Rose noire. Dans la nuit du 27 au 28 décembre, il avait longuement réfléchi à ce qu’il allait dire au milicien américain. À propos d’Esmé. À propos de Sorcha. Si éviter de mentionner sa sœur avait été aisé, il avait trouvé un moyen détourné de protéger l’extravagante artiste. Au nom de leur amitié passée, au nom de leurs nombreux souvenirs heureux partagés. Et parce que Alec était un humaniste qui croyait en la bonté foncière des êtres humains. Choisir la facilité dans un régime instable était monnaie courante. Alec nourrissait l’espoir que ça avait été le cas d’Esmé. Certes, c’était une déception, mais une déception beaucoup plus facile à avaler que si la jeune femme partageait réellement les valeurs de sa faction.

Le fait divers dans la Gazette du Sorcier mentionnant le sort réservé à certaines créatures du Chimeria Horror Show qu’Alec lut ce matin-là ramena à la surface le souvenir d’Esmé et pour la première fois depuis que Rain était partie, il passa plus de vingt-quatre heures sans penser à cette dernière. Le vendredi soir, quand Cecilia revint de l’école maternelle, Alec avait pris sa décision. Il choisit la représentation la moins tardive, espérant que le Horror du Chimeria Horror Show ne traumatiserait pas trop la petite. Advenant le cas où Cecilia serait prise de terreur nocturne, Alec lui administrerait un peu de potion sans rêve et le tour serait joué. Car Cecilia était un trop beau prétexte pour aller au cirque d’Esmé et Alec ne pouvait pas laisser passer cette chance.

Le jeune homme n’avait pas risqué de contacter Esmé par hibou, afin de ne pas prendre de risque et de mettre toutes les chances de son côté pour ne pas mettre la jeune femme dans l’embarras, soit avec les autorités, soit avec sa famille. Mais surtout, il voulait prendre la jeune femme par surprise, afin qu’elle ne se défile pas. Il voulait s’assurer qu’elle allait bien que sa famille n’avait pas trop souffert du changement de régime… Des futilités en somme. Des futilités qu’il allait déblatérer par maladresse. Après tout, il n’y avait pas de code de conduite préalablement défini quand on allait rendre visite à une ancienne amie aujourd’hui passée dans le camp ennemi et qui avait tenté de le torturer…

C’était peut-être un geste complètement stupide et naïf de sa part. Ce serait sans doute ce que Rain lui dirait. Mais c’était bien mal connaître toute cette histoire. Car la vérité était autrement plus complexe, plus tordue… mais surtout plus poignante.

La vérité était toujours plus poignante dans toute sa cruauté.
Ça fairait, ça l’apaiserait… Qu’importe. Il voulait la revoir. Il voulais savoir.
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Mer 6 Fév 2013 - 19:08

Lorsque Thanatos reparut en pleine nuit, dans les appartements du Directeur, le visage crispé par la souffrance et le corps de son jumeau entre ses bras puissants, le temps parut se suspendre pour leur père.

Par la suite, tous les Forains avaient été convoqués sous l’immense chapiteau, les laissant dans l’ignorance la plus totale. Jusqu’à ce que l’un d’entre eux, sorti ce soir-là, ne revienne au Cirque, en proie à une immense panique. La Tour des Médias était tombée, Londres en pleine effervescence, les prémices d’un désastre imminent. Le règne des Mangemorts, après vingt années de dictature, semblait toucher à sa fin.

Le désarroi parcourut l’assistance, où les Selwyn brillaient par leur absence. Qu’est-ce que tout cela signifiait-il exactement ? Chacun craignait pour sa vie, sa famille, son travail. La plupart était en marge de cette société qui s’effondrait, venus de pays lointains, étrangers à ces histoires de factions dont ils entendaient parfois parler au-dehors mais qui n’avait cours entre les grilles du Chimeria. Qu’allait-il advenir d’eux si leurs Patrons les laissaient à leur sort ? La colère, la frustration, la terreur s’emparaient d’eux. Beaucoup voulurent aller rassembler leurs maigres possessions et partir, fuir, le plus loin possible, à l’image des Selwyn qui, ils en étaient sûrs, l’avaient déjà faits.

Soudain, Salomon apparut, accompagné de Thanatos. Le vieil homme se tenait droit et fier tandis que son fils à ses côtés, toujours mû par la force du combat, présentait l’image d’un conquérant. Le discours du Directeur fut bref et sans appel. Même au vu des derniers événements dont ils ignoraient encore les véritables finalités, le Cirque resterait ici – pour l’instant, tout du moins, mais Salomon omit délibérément cette information. Ceux qui le désiraient pouvaient partir mais tous devraient être liés par un serment inviolable avec les Selwyn concernant tout ce qu’ils avaient pu voir ou entendre en ces lieux. La première trahison serait la dernière.

Les Saltimbanques furent également informés que leur très cher Hypnos avait trouvé la mort lors d’un entrainement en solitaire. Un de ses sortilèges de pyromancie s’était retourné contre lui et il avait succombé à d’infâmes brûlures en quelques minutes, juste avant que son Jumeau ne retrouve le cadavre.

Tout ceci annoncé avec une maîtrise effroyable. Car l’heure n’était à l’abattement, pour les Selwyn. Ils auraient tout le loisir de s’épancher dans l’intimité mais pour le moment, ils devaient agir, limiter la casse.

Un silence accablé s’était abattu sur l’assistance et cette dernière nouvelle fit naître quelques cris étouffés. Tant d’informations à assimiler en si peu de temps …


« Et … Black Swan ? Où est Swanny ? » interrogea Charmelle, la fidèle lanceuse de couteau, en proie à une terreur soudaine.


Chacun était si concerné par son propre sort qu’ils en avaient oublié l’absence de deux enfants Selwyn. Salomon venait de révéler le sort de l’un d’eux mais qu’advenait-il de l’autre ?


« Elle est partie hier soir pour l’Amérique du Sud où elle avait un nouvel artiste potentiel à ramener parmi nous. Nous ignorons quand elle rentrera et personne ne doit tenter de prendre contact avec elle. » répondit Thanatos d’un ton neutre. « En attendant, placez-vous les uns derrière les autres, les minutes sont comptées. »


Chacun s’exécuta sans broncher. Jamais ils n’avaient été liés au Chimeria de manière aussi drastique. Le prix à payer pour leur survie. Ils ignoraient la cruelle vérité sur le décès de l’un des héritiers et la raison véritable disparition de l’autre. Ils ignoraient que durant leur entretien, les Selwyn avaient convenu d’attendre le retour d’Esmé avant de prendre les mesures inédites qui s’imposaient de plus en plus à eux.

Mais personne n’avait envie de savoir. Personne ne se risqua à davantage d’interrogations.

Ce qu’ils savaient, en revanche, c’était que le pire était loin, très loin, d’être derrière eux.


-¤-


Trois semaines avaient passé.

Trois semaines où les descentes, les perquisitions et les interrogatoires de la part de la Milice du nouveau Gouvernement se succédèrent sans répit.

Le Chimeria avait toujours été en règle avec l’administration, en témoignait sa résistance malgré le nombre de dépôts de plaintes et la ferveur dont avait fait preuve ses détracteurs. Le Cirque avait une capacité d’adaptation peu commune, on ne pouvait pas lui enlever ça.

En revanche, nombre de Fauves furent saisis, de même que tous les objets ayant un lien avec la magie noire. Tolérée, voire encouragée sous les anciens gouvernements, il n’en était plus de même pour le nouveau qui se proclamait libéral et égalitaire. Les Selwyn ne bronchèrent pas, se plièrent aux exigences. Ils ne devaient rien laisser transparaître de leur dégout, oublier leur fierté et leur accablement pour rester unis dans la détresse.

Après une semaine, Esmé revint enfin parmi eux. Elle était parvenue à sortir du territoire Mangemort grâce à d’habiles artifices, pressée de retrouver ce qu’il restait de sa famille. Grâce aux informations de couloirs, elle avait pu se tenir au courant de ce qui se déroulait au-dehors et, une fois le choc des premiers jours passés, une colère sourde l’avait ranimé. On lui avait pris son frère, ses Bébés, son honneur, mais elle n’était pas considérée comme fugitive. Elle pouvait encore agir. Même si, pour cela, elle devait prendre de nombreux risques et abandonner derrière elle ses proches qui n’avaient pas eu autant de chance qu’elle. Même si elle devait être considérée comme une traître. Temporairement.

Elle accueillit la nouvelle de la mort d’Hypnos et des changements du Chimeria avec un désespoir profond. Bien qu’elle fût déjà au courant de tout ça, elle n’eut aucun besoin de simuler les trois jours qu’elle passa alitée, seulement interrompus par l’interrogatoire des autorités – qui ne donna rien, si ce n’est un alibi conséquent à vérifier. Elle était réellement dévastée. Au même titre que son père et son frère – fous de joie, comme les autres, de la retrouver saine et sauve -, elle avait adopté une attitude conséquente à leur perte, comme si elle ignorait tout de ce qui s’était déroulé au Ministère ou à Pré-au-Lard ce fameux soir de décembre. Comme si elle venait d’apprendre le chambardement qui avait secoué Londres et par conséquent, toute sa vie.

Aux yeux du Gouvernement, ils n’avaient rien à se reprocher. Tout du moins, pour l’instant.
Le Cirque ferma ses portes pendant une quinzaine de jours, le temps d’effectuer les ajustements nécessaires. Nombre de Forains avaient choisi de partir tenter leur chance ailleurs, dans leurs pays de naissance, dans des troupes moldus ou allez savoir où encore. Les Selwyn devaient faire avec le peu de membres qu’il leur restait et surtout, avec des places invendues.

Voilà pourquoi, en cette toute fin d’après-midi du mois de janvier, les tribunes étaient loin d’être remplies. Quelques irréductibles et curieux s’étaient tout de même laissés tentés par la distraction. Beaucoup de parents avec leurs enfants, informés de l’assagissement des pratiques du Chimeria grâce aux journaux, en particulier et qui pouvaient enfin apprécier ce genre de divertissement.

Le premier show à l’atmosphère burlesque des clowns macabres arracha des éclats de rire à l’assistance ravie. Le second, celui de Charmelle attachée à une roue en mouvement enflammée faisant le tour de la grande scène, tandis que son partenaire semblait lancer des couteaux à l’aveugle, créa la surprise et une inquiétude frémissante.

Enfin, le Cygne Noir entra en scène. Nombre d’entre eux attendaient la Princesse Déchue qui, mettant à profit le récent désastre, en profita pour leur offrir un numéro de funambule rempli de douceur et d’accablement. Tout dans ses acrobaties rappelait la détresse et l’incertitude. Telle une jeune femme ayant perdu tragiquement son amant, elle déambula d’un pas maîtrisé sur le fil, tout en donnant l’illusion d’être au bord d’un insondable précipice.

Jusqu’au mouvement gracile de trop. Jusqu’à sa chute vertigineuse, bras écartés, tête la première, apothéose d’un deuil au suicide inéluctable.

Fort heureusement pour le public effrayé, elle fut réceptionnée par un cercle de Saltimbanques, tout de capes noires vêtus, jusqu’ici accroupis, immobiles et invisibles. Le cercle se redressa dans un bel ensemble pour accueillir l’Artiste en son sein, comme pour la happer dans le chaos béant de la mort.

Quand enfin elle reparut, souriante et sereine, comme à son habitude, elle distribua des baisers et des révérences à la foule ravie, avant de disparaître dans les coulisses.

Ainsi le Chimeria plus-si-Horror-Show-que-ça parvint-il à captiver son maigre public pendant près d’une heure et demie.

Salomon était suffisamment aguerri pour avoir prévu le nécessaire post-spectacle destiné à plaire à tous. De ravissantes sœurs siamoises aux visages délicats et vêtues d’un tutu rose bonbon orné d’as de pique en stress vinrent accoster quelques personnes avant qu’elles ne soient rapatriées vers la sortie par les videurs en costume.

Alec et Cecilia en firent partie.


« Monsieur, Mademoiselle, accepteriez-vous de découvrir les coulisses ? » demandèrent les étranges jumelles d’une seule voix. « Un petit divertissement ouvert aux enfants vous attend, ainsi qu’une visite guidée pour leurs parents. »


Le Phénix ayant accepté l’invitation, ils furent conduits, en compagnie d’autres familles pour découvrir les dessous mystérieux du Cirque. Malgré l’absence de la plus grande partie de la troupe, l’effervescence et la jovialité de façade y régnaient toujours.

Les bambins furent pris en charge par les jumelles et emmenés sous un petit chapiteau non loin pour être distraits, comme promis. On allait leur offrir un spectacle rien que pour eux, ainsi que du jus de citrouille et tout en un tas de confiseries.

Les adultes, quant à eux, furent accueillis par Thanatos, tout de noir et de bleu vêtu, son faciès peint en blanc et les mêmes as de pique –emblème du Chimeria- dessinés autour de ses yeux verts. Tous eu l’honneur de s’entretenir avec les membres de la troupe, de découvrir les loges, d’assister à quelques démonstrations de talents et bien sûr … Les cages aux Fauves.

Il restait très peu de Bêtes et elles n’avaient rien de particulièrement effrayants pour qui avait côtoyé des créatures plus dangereuses (tels que des Dragons, par exemple). L’une d’entre elles étaient un hyppogriffe aux ailes d’imposantes envergures. Il renâclait dans sa cage, s’agitant comme s’il tentait d’échapper à quelque chose.

Son immense stature qui, jusqu’ici, dissimulait l’auteur de sa hargne, se déplaça légèrement et dévoila une silhouette très courte vêtue, une imposante coiffure d’un rouge flamboyant surmontant son visage outrageusement fardé. Mais reconnaissable pour ceux qui la connaissaient. Le petit groupe admira un moment les Créatures avant de s’éloigner pour une autre activité.

Entre-temps, le regard d’Esmé avait croisé celui d’Alec. Ou plutôt, il l’avait percuté. Le fouet qu’elle tenait à la main, prêt à frapper en cas d’écart, tomba sur le sol bétonné. Son expression douce qu’elle réservait à ses Bébés se figea, incrédule.

D’un mouvement mécanique, elle ramassa son arme et s’extirpa des grilles, refermant consciencieusement derrière elle. Sans faire un pas de plus, incapable de réagir, elle se contenta de le fixer alors que les autres s’éloignaient.

Une seule pensée traversa alors son esprit.
Que faisait-il ici ?

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Ce message a été posté Mer 13 Fév 2013 - 5:26

Le spectacle était à couper le souffle, mais surtout, diamétralement opposé à ce qu’il s’était attendu. La dernière fois qu’il était allé voir le Chimeria Horror Show, c’était en Norvège, il y avait quelques années de cela, lors d’une tournée des capitales européennes du cirque. Autant dire le jour et la nuit. Chaque artiste surpassait le précédent, comme si c’était le dernier spectacle de leur vie. Cecilia ne tenait pas en place, elle était si captivée par le numéro de la Princesse Déchue qu’elle s’était levée, ses petites menottes maintenant fermement la rambarde. Quand Esmé chuta, Cecilia poussa un petit cri et se cacha les yeux. Alec se pencha à son oreille et lui murmura d’un ton amusé :

« Arrête, tu vas rater le meilleur… »

La fillette écarta doucement ses doigts, pour finalement applaudir à tout rompre quand Esmé fut accueillie par les hommes en noir. Alec se leva également et accompagna les applaudissements nourris de la foule qui faisait tellement de bruit qu’on avait peine à croire que les tribunes étaient pratiquement vides. Alec prit alors la main de sa filleule.

« Surtout, ne me lâche pas. »

La petite acquiesça docilement et ils se dirigèrent vers la sortit, Cecilia ne cessant de babiller et de raconter encore et encore les moments forts du spectacle. Mais Alec ne l’écoutait que d’une oreille. Déjà, il échafaudait un plan pour se glisser en douce dans les coulisses, afin de voir Esmé.

Il ne mit jamais son plan à exécution.

Parfois, le sort nous était favorable. Comme ça, tout bêtement.

Alec et Cecilia furent interceptés par des sœurs siamoises qui leur proposèrent de découvrir les coulisses. Cecilia afficha un énorme sourire et se retourna vers son parrain.

« Dis oui, dis ouiiii! »

Alec ébouriffa les cheveux blonds de la gamine et répondit aux sœurs :

« Avec grand plaisir! »

Il s’avérait y avoir des divertissements spécialement destinés aux enfants et Cecilia en fut ravie. Alec laissa partir sa filleule en lui faisant promettre qu’elle serait sage.

Alec suivit alors le forain à travers le dédale de tentes et de poteaux. Plus le temps passait, moins le jeune homme s’intéressait à la visite, et plus il guettait l’arrivée de… de quoi au juste? De son amie? Pouvait-il encore prétendre à ce titre après les événements de décembre…? Ils s’étaient déjà éloignés pour moins que ça.

L’hippogriffe aurait dû captiver son intérêt. Or, il n’en fut rien. Alec avait l’esprit ailleurs.

Des « Ahhh! » et des « Ohhh! » le tirèrent de sa torpeur et il chercha des yeux la cause de cet émoi.

Et soudain, il la vit. Égale à elle-même dans son extravagante beauté.

Esmé.

Elle le vit aussi. Il n’y avait aucun doute là-dessus. Il soutint son regard. C’était comme tenter d’apprivoiser un hippogriffe. Il ne cilla pas. Par réflexe, il avait glissé une main dans sa poche, pour sentir le contact rassurant du tremble de sa baguette, car après tout, la dernière fois que les deux Gryffondor s’étaient vus, elle lui avait quand même lancé un Doloris. Raté certes, mais quand même. Sous l’épaisse couche de maquillage, impossible de savoir si la jeune femme rougissait ou pâlissait.

Un seul mot franchit les lèvres d’Alec. Deux syllabes prononcées d’une voix rauque.

« Esmé. »
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Ce message a été posté Ven 15 Fév 2013 - 0:26

Ils se jaugeaient. Il n’y avait pas d’autre manière pour qualifier leur attitude.

Le Cygne Noir, toujours son fouet à la main, examinait le jeune homme d’une œillade indéchiffrable. Ni scrutatrice, ni froide, ni même colérique ou émue … Elle en était incapable.

Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle était censée ressentir en cet instant. Une apparition aussi soudaine n’avait laissé aucune place à l’anticipation et donc, aucun masque adéquat n’eut le temps de se forger sur ses traits d’albâtre, figés dans leur contemplation.

Esmé n’avait guère repensé à Alec depuis son retour. Les événements s’étaient tellement précipités que son habitude à compartimenter les choses avait pris le dessus de manière quasi instantanée. Seules ses nuits agitées qui la laissaient pantelantes et ruisselantes de sueur au petit matin la rappelaient à l’ordre et à cela même, elle refusait de s’y abandonner. Trois jours d’alitement, trois jours de brouillard cotonneux, sans autre vision que celle de son frère mort de temps à autre pour le percer, voilà tout ce qu’elle s’était autorisée.

Puis, elle avait quitté ses draps pour retourner au charbon. Sa famille, le Cirque, la Milice, les journaux … Il y avait tant d’autres événements sur lesquels il fallait se concentrer, agir, préserver, combattre. Et bientôt détruire. En somme, tout pour la laisser dans le présent.

Et tout d’un coup, alors qu’il prononçait son prénom, les souvenirs affluèrent, plus vifs que jamais.

Leur rencontre à Poudlard. Leurs petites représentations devant quelques élèves amusés. Sorcha qu’elle avait guidé vers un côté plus sombre de sa jeune personne. Leurs retrouvailles étranges après le retour d’Alec de ses contrées lointaines. Leurs divergences évidentes qui l’avait poussé à s’éloigner d’elle, sans qu’elle cherche à l’en empêcher. Des oppositions si fortes qu’ils s’étaient retrouvés pour un même combat mais dans des camps différents. Un doloris en demi-teinte qui pourtant, sur le coup, l’avait empli de tant de satisfaction. Enfin, un dernier aperçu de celui qui avait été son Ami, sanglant, presque à l’agonie. Elle-même affaiblie par les brûlures et les coups, le cœur soudain serré par la perspective de voir la mort l’emporter.

Mais aussi tout le reste. Les sorts, les plafonds s’écroulant, les bouts de verre, les chutes, les courses, la neige, le froid, la peur, la colère, la détresse, les blessés, les cadavres, les disparus, les fugitifs, les interrogatoires. Son nom, qu’elle avait soudainement décidé de ne pas donner. Jusqu’au choc ultime et à l’attente insupportable au Château.

La jeune femme vacilla sur ses jambes. Le contact du métal glacé contre sa peau nue ajoutant aux souffrances qu’elle endurait à ce moment précis, les lèvres contractées par la douleur. Tout le soin qu’elle avait mis à rejeter ces terribles réminiscences disparaissait. Carapace fragile qui s’effritait chaque seconde un peu plus, elle devait lutter pour ne pas se laisser happer, de la même manière que dans son spectacle, par le vide béant qui s’ouvrait à ses pieds.

Sa respiration se fit plus forte, presque saccadée. Pourtant, elle se mit enfin en mouvement. Elle balança son fouet au sol en un geste empli de rage et s’avança à grands pas, droit dans la direction du jeune homme, tout en le pointant d’un doigt fébrile et accusateur.


« Toi ! Comment oses-tu ? Comment oses-tu venir ici ?! »



Plantée devant lui, la Dresseuse le repoussa tout d’abord de l’index, martelant chacune de ses phrases d’un ton hargneux mais bancal. Ensuite, elle referma son poing, lui donnant un premier coup dans le torse, sans élan ni véritable puissance. Un second coup. Un troisième. Plusieurs. Aussi douloureux qu’une attaque de fillette tapant du pied pour obtenir gain à ses caprices.


« Tu viens te moquer, c’est ça ? Tu viens vérifier les rumeurs pour avoir quelques ragots de plus à colporter à tes copains de beuverie ? J’espère que tu es satisfait ! J’espère que notre déchéance est à la hauteur de tes espérances ! »


Ses accusations étaient injustifiées, tout autant que sa colère ou que les gestes qu’elle s’était permise à son encontre. Seulement, aveuglée par ses propres tourments, elle n’avait, sur le coup, pas trouvé de meilleur bouc émissaire.

Sa voix montait de plus en plus dans les aigus, menaçant d’ameuter la Troupe tandis qu’elle continuait de le frapper avec le peu de forces qu’il lui restait. Des larmes perlaient au coin de ses yeux plissés et bientôt, ses jambes ne la portèrent plus. Le grand Cygne Noir ploya sous le poids de son fardeau, tombant à genoux sur le sol bétonné.


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Ce message a été posté Jeu 21 Fév 2013 - 1:00

Il avait échoué le test.

Il aurait dû tourner les talons, s’en aller, prendre Cecilia et rentrer. Mais la curiosité était plus forte. Le besoin de savoir le taraudait. C’était sa part Serdaigle qui ressortait, celle qu’il avait héritée de son père.

Esmé tanguait, ballotée par la marée de tourments qui semblaient l’assaillir inlassablement. Elle se soutenait aux barreaux de la cage de l’hippogriffe. Alec hésita. Devait-il la soutenir, au risque de baisser sa garde? Il hésita une seconde de trop. Du coin de l’œil, il vit qu’Esmé amorçait un mouvement du bras qui tenait le fouet. Il crut qu’elle allait s’en servir contre lui, mais elle n’en fit rien.

Elle lâcha son arme de prédilection.
Et elle s’avança vers lui.

Alec fronça les sourcils. Il eut un mouvement de recul. Ce doigt accusateur ne lui disait rien qui vaille. Mais elle n’était pas armée. Seuls ses mots l’atteignirent, incendiaires et se faisant l’écho de toute la souffrance de la foraine. Elle semblait perdue et désemparée sans ses repères, dans une société aussi drastiquement opposée à celle qui l’avait vue grandir. Et Alec réalisa que ne pas l’avoir dénoncée était un châtiment pire encore que s’il l’avait fait, ce soir pénible de décembre.

Les coups ne tardèrent pas à pleuvoir. Le premier surprit Alec qui lâcha un « Humpf » en ramenant ses deux mains au niveau de son torse. Et il encaissa, faisant un effort pour ne pas rire afin de ne pas l’offusquer, car les petits poings chatouillaient plus qu’ils ne faisaient mal.

Elle finit par tomber à genoux et il ne tarda pas à s’abaisser à sa hauteur, posant une main sur son épaule. Avant, à l’époque de leur adolescence partagée, il l’aurait sûrement prise dans ses bras. Aujourd’hui, pouvait-il encore se permettre cette familiarité…?

« Eh… Chuuuut… » commença-t-il avec douceur. « Je ne vais rien faire de tout ça. » Il lâcha son épaule et releva son menton, cherchant son regard. « Je ne te hais pas. »

Il ne l’avait jamais haïe. Ce n’était pas parce qu’ils avaient emprunté des chemins diamétralement opposés qu’Alec devait nécessairement nourrir à l’encontre d’Esmé des sentiments négatifs. Et il en allait de même pour sa sœur. Tout au plus, ce qui devait l’habiter était… De l’incompréhension, peut-être. De la déception, sans doute beaucoup.

De la haine…?
Jamais.

Trop de bons souvenirs, trop de franches rigolades, trop de sourires qui dansaient encore sur l’horizon. Nostalgie des jours heureux et innocents… Et parfois, il lui arrivait de se demander… Et s’il n’était pas parti en voyage pendant si longtemps…? Et s’il était resté? Que serait-il advenu d’Esmé, de Sorcha, d’Alice…? Seraient-elles les femmes qu’elles sont aujourd’hui? C’était sans doute présomptueux de culpabiliser pour les choix politiques des autres, mais Alec ne pouvait s’en empêcher. Oh bien sûr, il ne prétendait pas avoir la science infuse, loin de lui cette idée. Mais il croyait tellement en la cause qu’il défendait. C’était inscrit dans son sang, sur sa peau… Au point que d’autres en souffraient. Ou en avaient souffert.

Et puis Alec se dit au diable les hésitations qui paralysaient son coeur, au diable le doute qui immobilisait ses membres…

« Viens par là… »

Et il l’attira à lui, dans une accolade qui se voulait sincère et réconfortante, la prenant dans ses bras comme tant de fois jadis. Aux jours heureux de Poudlard.
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Dim 3 Mar 2013 - 18:51

Elle pleurait.

Celle qui savait dompter les plus viles des créatures, celle qui pouvait chuter de quatre mètres sans se blesser, celle qui continuait de déambuler sur le fil alors que ses plantes de pieds scarifiées suintaient de sang, toujours impassible, concentrée, maîtresse d’elle-même … Oui, Esmé Selwyn, le fabuleux Cygne Noir pleurait.

Ses doigts graciles étaient crispés sur son faciès trop fardé, le plâtre blafard fondant sous les épaisses larmes qui le sillonnaient, répandant leur détresse avec la ferveur d’un déluge.

Puis, cette main, sur son épaule. Ses paroles rassurantes, sortie d’une bouche qu’elle connaissait si bien. Ou plutôt, qu’elle avait si bien connu. Tous les sourires que ces lèvres avaient esquissé, les rires qu’elles avaient échappé, les tons chaleureux, facétieux et tendres qu’elles adressaient. Tout ceci en un temps lointain, mais qui lui semblait si proche en cet instant.

Esmé avait détesté Poudlard. Car ce n’était pas le Chimeria. Jamais le Château et ses habitants n’avaient pu remplacer le monde dans lequel elle avait grandi.

Pourtant, il y avait eu Joley, sa meilleure amie, celle qui l’avait accompagné dans toutes ses aventures, indissociables et inséparables. Jusqu’au procès. Jusqu’à ce que la Foraine, de son propre chef, l’abandonne.

Et bien sûr, Alec. Certainement l’une des rares personnes, le seul homme avec qui elle ait entretenu une relation normale et saine, sans ambiguïté, sans âpres négociations, sans méfiance, sans attente d’un parti ou de l’autre. Une légèreté si bienvenue quand on voyait dans quel espace elle avait évolué et surtout, où cela l’avait conduite aujourd’hui.

Si seulement elle l’avait réalisé à l’époque.

Si seulement les choses n’avaient pas tourné ainsi.

Bientôt, elle fut entre ses bras, envahie par la douce chaleur de ce corps bienveillant. Quand l’avait-on traité avec une telle douceur, avec de tels égards, pour la dernière fois ? Quand avait-elle pu se reposer dans ce genre d’étreinte réconfortante sans qu’elle en soit à l’origine ?

Contre toute attente, au lieu de le repousser, la Belle se laissa aller contre lui, son visage reposant désormais sur la clavicule du jeune homme tandis que ses bras avaient entouré son torse. Elle se rendait compte, à présent, comme elle aurait voulu que Salomon cesse de courir en tout sens, que Thanatos délaisse son stoïcisme douloureux, que Charmelle cesse de la regarder en coin. Elle aurait eu besoin que ses proches, ceux qui traversaient la même épreuve, esquissent ce geste.

Au lieu de ça, il émanait d’un désormais quasi inconnu. Quelle cruelle ironie du sort.


« Oh Alec, pourquoi … »


Sa voix sanglotante mourue dans un murmure étouffé, incapable qu’elle était de formuler une plainte correcte.
Ainsi resta-t-elle, pendant quelques instants, vulnérable et piteuse, abandonnée à ce contact avec … Un Phénix.

Alec était un Phénix.

Elle se détacha brusquement de lui, comme ramenée à la réalité pour le bout d’un tison brûlant. Aussitôt, elle se remit agilement sur ses jambes et recula de plusieurs pas, sans quitter le jeune homme des yeux.

Il était l’instrument de ce gouvernement traître qui était en train de lui prendre tout ce qu’elle possédait. Celui-là même qui lui imposait les diktats d’une nouvelle société où même son sang si pur n’était plus respecté. Les paroles tendres qu’il avait prononcées un moment plus tôt revinrent à son esprit aux idées désormais plus que claires.


« Tu ne me hais pas, c’est bien ce que tu as dit ? »
échappa-t-elle entre ses dents serrées. « Comment peux-tu espérer que la réciproquer soit vraie ? »


Ses émeraudes étaient plissées, mauvaises derrière le maquillage défait, et ses lèvres ourlées d’un sourire cynique.


« Parce que tu ne m’as pas dénoncé ? Parce que grâce à toi, je peux encore marcher dans Londres, à condition d’être suffisamment méconnaissable pour ne pas retrouver ma tête affichée sur le Chemin de Traverse ? Mais Alec … Peux-tu encore penser que je me considère comme libre ? »



Elle n’ajouta pas qu’outre tous ces tragiques changements, le plus terrible était sans doute de croiser le faciès mouvant de ses compagnons de bataille et de cause partout où elle se rendait, leur nom et le mot « Wanted » écrit en gras sur le parchemin, telle une sentence déjà prononcée.

L’Oiselle se détourna de lui pour aller récupérer son fouet. La colère revenait en force, bien que cette fois-ci mesurée et justifiée par l’évidence de la situation désastreuse qu’elle pouvait enfin évoquer à voix haute. Une situation désastreuse dans laquelle l’Ordre les avait plongées. Qui exactement ? Les Mangemorts ? Les sang-purs ? Ou tous les Anglais ? Car une chose la taraudait soudainement … Ces oiseaux de malheur étaient-ils vraiment ravis de leur condition ?

La vaste pièce était insonorisée, de manière à ce que l’agitation des Fauves ne perturbe pas les spectateurs du Chapiteau. Néanmoins, lorsque l’arme battit l’air pour aller s’écraser contre les barreaux de la cage, l’hippogriffe se fendit d’un hurlement aigu qui se répercuta dans toute celle-ci en un bruit à vous glacer le sang. La créature s’anima, grognant et tournant en rond, l’œil furieux, brimé dans ses mouvements par les entraves d’acier.


« Regarde comme il souffre. Regarde comme il aimerait pouvoir s’envoler loin d’ici pour échapper à tous ces nouveaux codes que je lui impose. »
railla-t-elle, un nouveau coup venant secouer le métal. « Lui et moi, jolis oiseaux aux ailes rognées, nous en sommes au même point. »


La Créature, après avoir réagi à la seconde attaque, se tut. Black Swan, quand à elle, scrutait son Interlocuteur, comme pour le mettre au défi de mentir quand il répondrait à sa prochaine interrogation emplie de sarcasme.


« Et toi, mon petit Phénix si engagé, te satisfais-tu de ce nouveau mode de vie ? En retires-tu toutes les attentes que dans ta lutte, tu imaginais si vertueuses et si … Egalitaires ? »

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Ce message a été posté Mer 13 Mar 2013 - 3:19

Alec caressa avec douceur le dos d’Esmé, comme il le faisait à Cecilia quand elle se réveillait après une nuit de cauchemars. D’ailleurs, c’était un peu ça… Pour toute l’Angleterre, c’était comme si on s’éveillant après vingt-deux ans de cauchemars. Avec les Américains, le réveil avait été brutal, l’effet d’une douche froide. Mais c’était un passage obligé. Après quelques mois, les Britanniques auraient récupéré assez de libre-arbitre et de moyens pour se libérer de la tutelle américaine. Et ils pourraient se relever et marcher droit. Vers un avenir sain. Où tous seraient…

Alec interrompit le fil de ses pensées alors qu’Esmé prononçait son nom, un trémolo dans la voix. Puis, comme piquée par Alec-ne-savait-quelle-mouche, Esmé se projeta vers l’arrière et se remit sur ses jambes, aussi prompte et agile qu’un félin. Ses yeux verts ne le quittaient pas, à l’affut du moindre geste, prête à bondir à la moindre menace.

« Tu ne me hais pas, c’est bien ce que tu as dit ? »

Alec acquiesça, d’abord incrédule. Dans ses élans presque littéraires, avait-il fait une gaffe? Pourtant, il avait été sincère avec elle.

« Comment peux-tu espérer que la réciproque soit vraie ? » Alec écarquilla les yeux. Il l’avait aidée au risque de se faire accuser de collaboration avec les Mangemorts. C’était, à son sens, entièrement légitime de penser que la réciproque était vraie. Non? « Parce que tu ne m’as pas dénoncée ? Parce que grâce à toi, je peux encore marcher dans Londres, à condition d’être suffisamment méconnaissable pour ne pas retrouver ma tête affichée sur le Chemin de Traverse ? Mais Alec … Peux-tu encore penser que je me considère comme libre ?»

Tu pourrais l’être entièrement si tu acceptais d’être notre alliée plutôt que notre ennemie… ne put-il se résoudre à dire à voix haute. Mais sans doute trop tôt pour la faire changer d’avis politique. Elle était encore sous le choc et terriblement vulnérable. C’était un énorme sacrifice que le nouveau régime lui demandait. À elle et à ses proches. Le Chimeria de décembre et celui d’aujourd’hui étaient deux entités irréconciliables et diamétralement opposées. Sur les gravats de l’un tentait cahin-caha de subsister l’autre. Croyait-elle donc qu’il n’en était pas conscient…?

Mais… c’était dur de se rendre compte qu’il faisait du tort à des gens qui lui étaient chers en défendant ses idéaux, en faisant ce qu’il croyait être juste. Des gens à qui, à un moment ou à un autre au cours de sa vie, il avait juré de protéger. Ou à tout le moins d’être là pour eux. Comment avait-il pu faillir à ce point à ses serments…? Rain. Sorcha. Alice. Lena. Il n’avait pas su être là pour elles. Mais pour Esmé… Était-il encore temps…? Elle était encore citoyenne libre alors que la grosse majorité des autres Ombres étaient regroupés à Pré-au-Lard. Elle ne pouvait quand même pas lui reprocher de l’avoir préservée de la purge du Ministère! Elle n’était quand même pas à la rue! Elle ne vivait pas dans la pauvreté, comme ça avait été le sort de beaucoup trop de nés-moldus lors de la guerre de 1997-1998! Ahh… Elle pouvait sans doute lui reprocher beaucoup de choses, - son égoïsme, son arrogance, sans doute même, sa naïveté, indubitablement... Mais pas d’avoir voulu la protéger.

Il l’observa récupérer son fouet sans broncher. Sa main vint se refermer sur le manche de tremble de sa baguette magique, bien à l’abri dans la poche de son pantalon. Geste instinctif, prêt à user de légitime défense, car il connaissait les ravages que le fouet d’Esmé pouvaient causer pour en avoir été témoin. Le hurlement de la bête lui fit presque mal au cœur. Il observa l’hippogriffe faire des cents pas rageurs, grognant, le regard brillant, ses ailes prêtes à se déployer s’agitant sur son dos. Or, elles ne pouvaient se déployer.

Si tu partages sa douleur, pourquoi ne le laisses-tu pas s’envoler…? Mais comme cette remarque pouvait se retourner contre lui, il la garda pour lui. Car il savait ce que c’était que d’être privé de certains droits, de craindre d’être découvert. De ne pas vivre librement.

Elle le défiait du regard, car il n’avait encore rien dit, mais il n’en pensait pas moins.

« Ce régime n’est pas pire que celui de Kark, si tu veux mon avis. Et je vois déjà une nette amélioration. Aujourd’hui, des portes s’ouvrent à moi. Des portes qui me seraient restées à jamais fermées sous un régime Mangemort. Car, tu vois, on n’a pas eu la même éducation. Je n’ai pas eu l’honneur d’être élevé dans une famille au sang pur. Parce que ma grand-mère a choisi de suivre son cœur plutôt que les diktats de sa famille, parce que ma mère a eu le malheur de naître de parents moldus… Cela justifie-t-il vraiment d’être relégué au bas de la hiérarchie sociale? Tu es bourrée de talents, Esmé. Tu n’aurais aucun mal à tirer ton épingle du jeu. Par tes propres moyens. Par la force de tes bras, par la sueur de ton front, et mériter réellement ton succès. Tu es forte, Esmé, tu l’as encore prouvé ce soir, pendant le spectacle. »

Il fit une pause, une courte pause, le temps de lever son bras et d’esquisser un geste vers la joue d’Esmé dans le but d’y cueillir une larme incertaine. Et ce faisant, il conclut : « Tu n’es pas n’importe qui. Tu es Black Swan. Et tu as ta place dans ce monde. » Se laisserait-elle approcher…? Se montrerait-elle farouche…?

[HJ : Défi ->
- Pauvreté
- Littéraire
- Gravats]
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Esmé Selwyn
Esmé Selwyn
Le Diable au Corps
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Ascendance : Sang-pur
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Faction : Ombre de la Rose Noire
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Patronus : Auparavant un Cygne Noir, désormais une Hyène.
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Ce message a été posté Dim 17 Mar 2013 - 0:38

Constater autant de déconfiture devant ses brusques changements de comportement et ses discours soudain empreint de cynisme était d'ordinaire en soi assez jouissif pour la Belle.

Esmé appréciait la façon dont elle pouvait parfois décontenancer ses interlocuteurs d’un simple geste ou par un mot bien asséné. Lorsque la personne en question se trouvait être un proche – ou tout du moins l’avait été -, cela revêtait une saveur d’autant plus particulière que son ambivalence entretenait le mystère, quand bien même une certaine intimité s’était installée.

Sauf qu’en cet instant, il n’était pas question d’un jeu de personnalité quelconque. Elle était véritablement en rage contre Alec. Contre lui, contre le Gouvernement, les envahisseurs … La jeune femme aurait pu trouver des dizaines de boucs émissaires responsables de la torture qu’elle vivait au quotidien.

Si la part dévastée d’elle-même appréciait la tirade du Phénix, réfléchissant peut-être à emprunter un autre chemin de pensée, plus souple et surtout, tellement plus facile, ce qu’elle était, réellement, entièrement, accueillait les mots comme autant de lames qui transperçaient sa fierté et son intégrité.

N’avait-il donc rien appris de leur amitié ? Ses paroles étaient-elles restées vaines ? N’avait-il tout simplement jamais lu les journaux ou écouté les bruits de couloir ? Croyait-il qu’elle avait grandi avec tous les privilèges qu’il s’imaginait ? Pire, qui croyait-il tromper avec ses jolis mots remplis d’espoir ? Elle ne put retenir un ricanement, prête à répliquer avec morgue quand il s’approcha d’elle.


« Tu n’es pas n’importe qui. Tu es Black Swan. Et tu as ta place dans ce monde. »


L’estocade finale. Le coup de grâce à l’oiseau souffreteux et boiteux qui se tenait devant lui alors qu’il osait effleurer sa joue, usant de sa tendresse si naturelle chez son ancien camarade de Maison.

Le silence s’était installé tel un écho à la lente agonie du Chimeria. Esmé quitta un instant le regard d’Alec pour jeter une œillade autour d’elle. Décidément, elle avait beau faire, elle avait beau essayer, personne ne comprenait. Qui ne vivait pas entre ses grilles n’avait pas la moindre idée de ce que ces tentures représentaient.

Ses émeraudes tombèrent sur l’Hyppogryffe, perclus entre ses épais barreaux de fer, désormais replié sur lui-même, l’œil vide, la tête basse. Un élan de tendresse la traversa. Swanny avait toujours adoré ses Bêtes. Pour autant, jusqu’ici, elle ne s’était jamais sentie aussi proches d’elles - du peu qu’il lui restait - ni aussi éloignées de ses semblables.

Enfin, elle réagit à son geste. Elle tourna légèrement le visage afin que ses lèvres rencontrent l’index du jeune homme. Elle exhala un léger soupir avant de lever sa main libre, celle-ci venant serrer celle d’Alec pour la presser contre ses lippes muettes. Elle ferma les yeux un instant. Son expression était redevenue indéchiffrable derrière le masque macabre de ses fards déformés par les larmes.

Puis, elle le lâcha. Lentement. Le fixant à nouveau, elle laissa leurs mains retomber et abandonna ce contact réconfortant. Une trêve. Une simple trêve. C’était tout ce qu’elle pouvait lui offrir. En hommage à une infinie bonté et à une générosité d’âme qu’elle-même ne possédait pas. Elle lui devait bien ça.

Mais maintenant, il fallait qu’elle le lui dise. Elle ne pouvait pas rester ainsi inactive et le laisser imaginer que le fait qu’ils aient dû combattre l’un contre l’autre était une erreur. Le temps des Chimères était définitivement révolu.


« Alec, tu es si … Adorablement naïf. » lâcha-t-elle dans un souffle avant de reprendre d’une voix parfaitement audible et assurée. « Maintenant que le loup est rentré dans la bergerie, crois-tu qu’il s’en ira une fois qu’il aura jugé qu’il a accompli son devoir ? La nomination de Metelli prouve le contraire. Vous nous avez livré à l’ennemi. Vous avez spoliés absolument tous les Anglais et servi leur pays sur un plateau. Et au nom de quoi ? De l’abolition de certains privilèges ? De l’égalité du sang ? Du refus de l’oppression ? »


Elle quitta le dossier des grilles pour se diriger vers un gigantesque coffre ouvragé d’où dépassaient plusieurs sortes d’objets et de tissus épars. Elle en retira une serviette d’une propreté étonnante pour un tel lieu et entreprit d’effacer les traces de maquillage, marquant une pause.

Néanmoins, elle n’en avait pas fini.


« Comment peux-tu parler d’honneur avec tout ce qu’il se passe à l’extérieur ? Kark était ce qu’il était, son gouvernement était loin de faire l’unanimité, mais peux-tu décemment m’énumérer, les yeux dans les yeux, en quoi celui-ci le surpasse ? Depuis plus de cent ans, tu le sais, nous avons un mode de vie bien particulier qui nous permet une objectivité qu’aucun d’entre vous ne peut espérer avoir. Nous avons subi les moqueries, les plaintes, toutes sortes d’oppositions. Mais jamais cela. Pourquoi, Alec ? Où sont les faits et les preuves ainsi que le réclament tout régime s’érigeant maître de la justice et des droits ? »


Progressivement, le Cygne Noir retrouvait sa peau d’albâtre et ses traits fins. Elle se présentait telle qu’il l’avait connu quand ils étaient adolescents, à des lieux de ce qu’il avait retrouvé au Chimeria des années plus tard et qui l’avait rebuté. A présent, les deux se confrontaient. Le Chimeria, son sang, sa cause : ils vivaient en elle, nature et artifices, pour ne plus former qu’un.


« Quant à moi, Alec, tu sauras que j’ai mérité tout ce que j’ai gagné. Ma réputation, ma renommée, la foule qui, jusqu’à votre grandiose intervention, se déplaçait pour venir m’acclamer, tout cela m’appartenait. Aucun Ministre n’a glissé un billet pour justifier cette attraction. Il s'agit de mon œuvre. Je suis déçue que tu puisses insinuer le contraire. »


A présent, l’épaisse chevelure flamboyante reprenait sa noirceur d’origine. Le menton haut, les yeux plissés, elle lui montrait la force dont il avait parlé précédemment. Sitôt Black Swan tombait, sitôt elle se relevait. Il en fallait bien plus que ça pour détruire une telle volonté.


« Ma place est avec le Chimeria. Depuis toujours, pour toujours. Où qu’il aille, je le suivrai. Où que j’aille, il sera en moi. Aucun Gouvernement n’imposera le choix de mon cœur, de même que ta grand-mère a refusé de ployer devant les diktats. De la même manière que mon grand-père a cru en son entreprise et nous a offert un univers que nous perpétrerons jusqu’à notre mort. Comprends-tu, Alec, que le gris est une nuance tellement plus intéressante que tous les extrêmes que tu vois dans toute ton étroitesse d’esprit ? »


Elle lança la serviette désormais maculées de diverses couleurs bariolées, entremêlées, indistinctes, mélangées, aux pieds de son Interlocuteur. Métaphore de son dernier questionnement nébuleux, elle exprimait toute la palette de personnalités et d’individus qui peuplaient le monde. Mangemorts, Phénix, neutres … Tous avaient leurs vices et leurs vertus, de même que leurs façons propres de les exploiter. Les préjugés étaient faciles à installer, elle était bien placée pour le savoir. L’impartialité, elle, était une cause perdue.


« Je n’ai pas non plus donné ton nom. » ajouta-t-elle, les lèvres pincées. « Vois-tu, il arrive même aux plus vils de faire preuve de loyauté. Là encore, que penses-tu de cette petite touche de gris ? »

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Ce message a été posté Ven 7 Juin 2013 - 2:58

Esmé se laissa approcher, mais elle ne put maintenir son regard, ses yeux allant de l’hippogriffe, aux murs, à la cage… Elle semblait préoccupée, distraite. Elle s’emmurait dans le silence. Il interpréta cela comme de l’hésitation. Alec avait donc su choisir les mots pour la déstabiliser, pour la faire douter. Assez pour la faire basculer du côté des Phénix…? Ce serait tellement plus simple si elle était de son côté. Ce serait un obstacle de moins. Et Merlin seul savait à quel point il avait envie de ne pas se prendre la tête pour une fois. Avec les changements récents dans ses vies personnelle et professionnelle, ça ne pourrait qu’être apaisant.

Esmé finit par reporter son attention sur Alec et elle fit quelque chose qui le surprit et lui fit plaisir à la fois : elle répondit à la tendresse par la tendresse. Une petite parenthèse, un fugace instant d’éternité. Alec esquissa un sourire. Et le contact se rompit. C’était déjà terminé. Sa main retomba mollement contre sa cuisse. Il ne chercha pas à retrouver sa baguette, quelque chose lui disait qu’il n’avait plus à être sur ses gardes ce soir-là.

Enfin, Black Swan répondit. Il la laissa émettre chacun de ses arguments sans chercher à l’interrompre. Il baissa timidement la tête lorsqu’elle pointa sa naïveté. Oui c’était sans doute un gros défaut. Couplée à de l’optimisme, c’était presque être aveugle.

Alec écoutait Esmé et il comprit qu’il avait fait une erreur. Un oubli honteux pour qui prétendait connaître l’héritière Selwyn, car elle avait beau être une sang pur, elle n’avait rien du modèle de cette jeunesse, comme cette jeune Kark dont son image avait saturé les écrans de la TVM. Esmé était d’abord et avant tout… Black Swan, cette identité qu’elle s’était forgée toute sa vie.

Il les voyait, maintenant, les nuances de gris. Après tout, n’avait-il pas lui-même succombé à sa part sombre, à Gringotts, en lançant un Doloris, un sortilège censé être « impardonnable »? Il ne valait peut-être pas mieux qu’un Mangemort…

Cette pensée l’horrifia et il se ressaisit. Il valait dix mille fois mieux qu’un Mangemort. Les Phénix au moins ne piétinaient pas sur la tête de la majorité pour flatter leur ego. Ils ne voulaient pas asservir sept milliards de Moldus juste pour se sentir encore plus supérieurs.

« Esmé… Te rends-tu compte qu’en cautionnant les actes de ta faction, tu finances un parti désirant asservir des milliards d’êtres humains en esclavage? Des milliards, tu réalises combien ils sont? J’ai côtoyé des Moldus, Esmé. Si tu les voyais, ils sont fascinants! Ils disposent de ressources faramineuses, d’outils fabuleux! Ils découvrent des choses dont tu n’as même pas idée! C’est donc ça que tu cautionnes? »

Il voulait ajouter quelque chose sur le Chimeria, mais au fond, que connaissait-il vraiment du cirque?

« Tu es libre, Esmé, libre de faire ce que tu veux. Tu as le monde qui s’offre à toi. Et tu voudrais abandonner cette chance? »

Aller retrouver tous les autres Mangemorts, ce serait s’enfermer plus sûrement dans une prison, une prison à l’échelle d’une ville. Et Esmé qui se plaignait de ses ailes rognées… Esmé était dotée d’une formidable capacité d’adaptation. Elle s’en sortirait, dans cette société en pleine mutation. Alec en était persuadé. Le Chimeria tirerait profit des frayeurs des gens, en ferait des spectacles audacieux, splendides. Après tout, le Chimeria existait bien avant Kark, bien avant le Seigneur des Ténèbres, bien avant les Américains et le cirque leur survivrait mille ans.

Alec inspira profondément et reprit :

« Si tu crois que je cautionne tout ce que font les Américains, tu te trompes. Tu crois qu’on s’y attendait? » Alec échappa un éclat de rire sans joie. « Mais les Américains ne resteront pas éternellement. Ils vont partir, et laisser la Grande-Bretagne aux Britanniques. Et tu pourras voir alors ce que ça donne vraiment quand la justice et la liberté triomphent. Quand tout le monde a, à la naissance, la même chance que tout le monde. Quand tout ce qui compte, ce n’est pas la montagne d’or dans le coffre de ton père, mais ce qui se passe dans ta tête. »

Il avait remis ses mains dans ses poches, son pouce caressant distraitement le manche de tremble de sa baguette magique. Il poussa un soupir, rejetant la tête vers l’arrière.

« C’est vrai que tout n’est pas noir ou blanc… Si je ne t’ai pas dénoncée… C’est pour te protéger, pour que tu … sois libre. Parce que Pré-au-Lard, ça ne peut pas être la liberté. Ton hippogriffe dans sa cage, ça aurait été toi à Pré-au-Lard. »

Et si malgré tout, elle choisissait de rejoindre Pré-au-Lard? Alors elle n’aurait rien compris, alors elle serait plus entêtée qu’il ne l’avait d’abord cru.

Et il aurait l’impression de la perdre une deuxième fois.
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Ce message a été posté Dim 14 Juil 2013 - 0:20

Elle attendait. Le morceau de tissu tâché de couleurs criardes entre eux, elle observait Alec, bras croisés, une lueur mauvaise dans le regard.
Sans fards ni artifices, il semblait que sa volonté même de feindre s’était envolée. Ainsi se présentait devant le Phénix la travailleuse acharnée, l’exigeante Dresseuse capable de faire trembler les poutrelles d’acier avec ses hurlements de damnée, la fière Sang-Pure.

Ce n’était plus l’élève qu’il avait connu à Poudlard, celle qui souriait volontiers, celle qui s’amusait si facilement de tout, toujours partante, jamais désagréable …

En public, du moins.

Il n’avait jamais eu affaire à la harpie, à la petite princesse et à ses caprices, à la carpette qui s’étalait de tout son long aux pieds de son cher père.
Il ne connaissait rien de ce qu’elle était vraiment. Il ne gardait d’elle que l’image qu’elle avait bien voulu lui donner, ce qui lui avait été utile pour qu’il l’apprécie. Si son excentricité lors de leurs premières retrouvailles avaient jeté un froid, il n’était pas au bout de ses surprises.

Sa petite tirade humaniste sur les moldus lui arracha une grimace de dégoût. Les Selwyn avaient rejoint l’Ombre de la Rose Noire par opportunisme, évidemment. Il n’empêchait que s’ils n’avaient pas partagé certains idéaux de Mervyn Kark, l’alliance n’aurait pas duré bien longtemps. Ils n’avaient que faire de ces êtres inférieurs qu’Alec défendait avec tant de ferveur et force de mièvreries dégoulinantes.

Le Chimeria donnait l’impression d’une incroyable ouverture d’esprit, avec toutes ses créatures, ses êtres pas tout à fait humains traités avec décence, ses aberrations génétiques, ses sangs qui se mélangeaient pour vivre ensemble, travailler côte à côte. Microcosme de la laideur et sa beauté d’éclectisme. Là encore, si tous savaient, les différencieraient-ils encore autant des autres sang-purs ?

La famille tenait aux sorciers qui travaillaient pour eux. Elle les recueillait pour leur assurer gîte et couvert, protection. Parce qu’ils étaient doués. Parce qu’ils représentaient tous quelque chose de rare à leur façon. Parce que leur coffre de Gringotts s’était rempli grâce à eux.

Non par altruisme.

Alors les moldus ? Esmé n’avait vu aucun inconvénient à récupérer celui que Sevastian avait transformé en Chimère. Aucune capacité extraordinaire, aucun don magique. Ils n’étaient rien, absolument rien pour elle. Autant leur trouver une utilité.

Elle faillit le lui dire. Elle manqua de lui faire part de ses pensées les plus noires, celles qui l’auraient encore plus éloignée de ce qu’il croyait qu’elle était. Mais déjà, il repartait sur son thème favori.


« Tu es libre, Esmé, libre de faire ce que tu veux. Tu as le monde qui s’offre à toi. Et tu voudrais abandonner cette chance? »


N’avait-il donc rien compris à ses discours ? A ses gestes quand l’Hyppogriffe avait rugi de désespoir ? Comment pouvait-il encore croire qu’elle était « libre » ?

Car il était persuadé que le Cirque était tout ce qu’elle possédait. Qu’il était son seul combat. Il n’avait pas idée comme il était si proche et si loin de la vérité en même temps.

La jeune femme continua de l’observer tandis qu’il parlait, son air fielleux se muant en de la tristesse à mesure qu’elle découvrait l’expression de son ami. Il était si confiant, l’espoir émanait de lui à l’image d’un éclat de lumière incandescent. Déchanté mais jamais désenchanté. Il était si beau, le Gryffondor, même à genoux avec les pieds des Américains sur sa nuque prêts à lui briser d’un instant à l’autre, il était magnifique de crédulité. Elle l’admirait pour cela. Esmé voulait la même chose. Elle voulait y croire encore.

Sauf que les choses avaient changé. Londres ne pourrait plus lui apporter une telle paix. Quoi qu’il en pense.

Un silence s’installa alors qu’il terminait sur sa note douce. Autant qu’elle avait craint pour la vie de l’Ethnologue au Manoir, il avait voulu préserver la sienne, par la suite, quand il avait gagné et elle, presque tout perdu. A ses risques et périls.

Et si les autorités découvraient ce qu’il leur avait caché ? Celle qui se cachait derrière le portrait vague de la Brune aux longs cils ? Les Phénix n’étaient pas des enfants de cœur, les Américains, ainsi qu’elle avait vu la Adamson à l’œuvre, de vrais bourrins. Pourrait-il en réchapper ? Que lui feraient-ils subir ?

Une vague de nausée la submergea à cette perspective. Elle qui peinait à imaginer les conséquences de quoi que ce fut avait soudain la vision d’un Alec à l’agonie, d’une autre existence brisée.

Malgré tout ce que sa cause ridicule lui inspirait, malgré sa faiblesse d’esprit, elle ne pourrait le tolérer.

Alors elle fit à nouveau un pas vers lui, enjambant la barrière de la serviette, laissant derrière elle le brouillon de sa mise en scène.


« Les murs, Alec, sont faits pour être franchis. Je décide seule quelles grilles peuvent se refermer sur moi. »


Elle le fixait avec intensité, une main venant à peine effleurer l’arête de la mâchoire d’Alec avant de retomber le long de son corps.


« Ne reviens plus jamais ici. »


Le maquillage reprit sa place sur ses traits de poupée, ses cheveux leur couleur flamboyante. Esmé n’était plus, Black Swan avait repris la place qui était la sienne.

Et sur ces mots, elle quitta les lieux. Elle l’abandonna au milieu du désordre des Fauves. Sans un regard en arrière.

Son choix était fait depuis longtemps déjà.

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