Un cygne noir qui montre patte blanche ?



 



Un cygne noir qui montre patte blanche ?
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Ce message a été posté Mer 2 Jan 2013 - 20:44

Je me souviens très précisément de la première fois où j'ai mis les pieds au Chimera Horror Show. Les odeurs, les lumières, les couleurs, les gens.... il n'y a presque aucun détail qui se soit effacé de ma mémoire. Je me rappelle même du scepticisme qui m'habitait. Et du sourire moqueur que je tentais à peine de dissimuler. J'étais venu par curiosité, avec père, mais j'étais déjà persuadé que ce serait une bouffonnerie sans égale. Un spectacle fait de costumes grandiloquents, de feux d'artifices et de sortilèges qui n'impressionneraient que les sangs-basiques qui n'ont jamais rien vu. Heureusement, je me trompais lourdement.

En général j'ai horreur de me tromper - comme tout le monde vous allez me dire ! Mais dans certains cas - des cas extrêmement rares et secrets - je suis soulagé d'avoir tord. Et cette fois là en faisait partie. La magie du show avait fait effet en quelques minutes à peine : la musique, les lumières et la présentation des numéros captivaient le public avant qu'il ai eu vraiment le temps de comprendre dans quoi il était tombé. Le spectacle en lui-même frôlait la perfection. Mais ce qui m'avait surtout fait changé d'avis c'était elle : Esmé Selwyn. Soyons clairs : ce n'est pas du tout mon type de femme. Je les préfères..... hm... comme Isis.... pas comme elle quoi. Surtout que, si je me fie à Corvus, elle est loiiiin d'être une sang-pure respectable. C'est même tout le contraire : une abomination ! Et elle serait moins que rien si Merlin - ou le diable - ne lui avait pas offert un don inouï à la naissance : la grâce. Ce n'est pas seulement la manière dont elle se déplace : c'est aussi sa silhouette, sa façon de parler, la langueur dans ses mouvements.... Parfois à la limite de la vulgarité, elle vous hypnotise, vous capture et vous fait oublier qu'elle n'est qu'une artiste méprisable. En tout cas jusqu'à la fin de la représentation ; quand les lumières se rallument, l'esprit retrouve sa liberté et la magie s'estompe. Il faut alors attendre la prochaine représentation pour retomber en transe. J'en sais quelque chose.... je l'ai vue plusieurs fois.
Eh oui, je l'avoue : je suis retourné au Chimera. Pas tous les jours bien sûr, et pas sous ma véritable identité ! Vous imaginez bien que ça ferait pas très sérieux pour un sang-pur dont le père est ministre. Alors je venais incognito, dissimulé derrière des lunettes grotesques ou une cape trop longue. Je me glissais dans le cirque parmi les derniers, je m'asseyais au fond et je savourai le spectacle avant de m'éclipser discrètement.... pour revenir quelques semaines plus tard. J'ai dû y aller 3 ou 4 fois au total. Rien d'affolant vous voyez ! Mais c'est quand même trop pour un jeune homme qui devrait être contre les intermittents du spectacle au sang-pur. Il me faudrait des raisons valables pour m'y montrer plus souvent. Une raison qui a justement pointée le bout de son nom hier matin !

Quand la plainte contre le Chimera Horror Show a atterrit entre mes mains, je n'y croyais pas vraiment. L'occasion était tellement belle ! Et pourtant c'était écrit noir sur blanc : animaux non déclarés, possession d'objets de magie noire, maltraitance de sorciers mineurs.... il y avait tout ce qu'il fallait pour ouvrir une enquête. Ni une, ni deux : je me suis approprié l'affaire et ai prévu une "visite" au Chimera pour le lendemain. Aujourd'hui donc.

Planté devant l'entrée, j'admire une nouvelle fois les lieux. Les applaudissements étouffés qui proviennent de l'intérieur m'indiquent qu'une représentation est en cours. Peut être qu'Esmé Selwyn vient de faire son apparition ? Ou au contraire de s'éclipser. Bref, si je veux rencontrer Monsieur Selwyn en personne je devrai repasser plus tard. Sauf que je refuse de m'en aller : pour une fois que j'ai l'occasion d'entrer à visage découvert pour une bonne raison ! Au pire, j'attendrai en coulisse - et en profiterai pour dévorer des yeux les demoiselles en robes courtes. Je m'avance d'un pas décidé quand soudain le gorille immobile à l'entrée se met en mouvement. Il se met sur mon chemin pour m'annoncer d'un ton bourru :

« Pas d'entrée au milieu du spectacle. »

« Désolée de vous décevoir mais je ne suis pas là pour votre show ridicule. Brigade Magique », j'explique en mettant en évidence mon badge doré. « J'aimerai beaucoup avoir un entretien avec le gérant du Chimera et la rapidité avec laquelle vous ferez passer le message ne pourra que jouer en votre faveur. »

Le gardien m'observe plusieurs secondes en ayant l'air d'utiliser toutes ses ressources cérébrales (pas très nombreuses si vous voulez mon avis)

« Monsieur Selwyn est en représentation. », finit-il par dire.

« Eh bien allez chercher quelqu'un d'autre. Je discuterai avec son assistant en attendant qu'il ai finit. »

Peut être s'attendait-il à ce que je me décourage et que je revienne plus tard ? Quoiqu'il en soit, il semble enfin comprendre que c'est sérieux et s'éloigne rapidement en marmonnant un « Tout de suite monsieur. » J'esquisse un sourire satisfait. Peu importe sur qui je tombe : cette mission est déjà à la hauteur de mes espérances. Je n'aurai jamais espérer pouvoir entrer la tête haute dans ce lieu qui me fascine malgré moi. Finalement, tout vient à point pour qui sait attendre.
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Jeu 3 Jan 2013 - 15:57

La saison touchait à sa fin.
Après plusieurs mois de spectacle, le Chimeria allait se parer de nouveaux atours, mettre en avant des numéros inédits, envoyer sur scène des Artistes méconnus.

Salomon en tremblait d'impatience. Depuis des semaines, il dormait et se nourrissait à peine. Il continuait de réviser les programmes, de les annoter, errait dans le Cirque à toute heure du jour ou de la nuit, assistait aux répétitions et n'hésitait pas à faire quelques remarques cinglantes à la moindre erreur, à la moindre incartade.

Tout devait être absolument parfait.

Swanny observait son père aller et venir, tantôt plongé dans ses pensées, tantôt soudainement réactif. Elle avait l'habitude de le voir dans cet état de fébrilité. L'ambition et la morgue du Grand Selwyn, comme il aimait lui-même se qualifier, n'avait pas terni avec les années. Au contraire, elles s'étaient accentuées. Et la jeune femme avait l'habitude, au même titre que les autres membres, d'en faire les frais.

Néanmoins, elle avait le pressentiment que les préoccupations du patriarche allaient au-delà du Chimeria, au-delà de leur petit monde si fermé et s'étendaient vers un autre sujet encore plus grave.

Ses doutes se confirmèrent lors d'une dispute à laquelle le destin voulut qu'elle assiste. Elle rejoignait sa roulotte d'un pas chancelant, l'esprit embrumé par l'alcool, un sourire plaqué sur ses lèvres, riant dans le silence qui accompagnait l'heure tardive. Alors qu'elle passait près du bureau de Salomon, la porte s'ouvrit à la volée. L'habitacle vieillot trembla sous le geste, révélant un petit homme trapu qui bondit hors de la roulotte en mugissant. Il fut suivi par un Directeur furibond, qui, le visage déformé par la colère, tenait sa baguette au poing.


« Vous me le paierez, Selwyn ! Vous me le paierez tous ! »


Hurla le bonhomme à l'adresse du vieil homme, avant de s'éloigner en courant presque. Dans sa rage, il bouscula la Dresseuse, encore sous le choc de la scène dont elle venait d'être le témoin impromptu. Elle tituba, avant de se rattraper aux lattes de bois. Lentement, Salomon, toujours dressé sur le seuil de sa caravane, tourna son faciès couleur de marbre vers elle. Immédiatement, les effets de la boisson disparurent. Elle n'avait jamais entendu son père hurler sur qui que ce soit. Rares étaient les fois où il avait ne serait-ce qu'élevé la voix. Son nom de scène était " Zeus ", en référence au calme olympien dont il faisait preuve en toute circonstance. Alors le voir empreint d'une telle rage, une arme en main ...

Esmé avala sa salive avec difficulté tandis que son père s'approchait d'elle. Quand leurs regards se croisèrent, elle fut surprise de constater qu'il souriait. Il l'aida à se remettre debout et l'accompagna jusqu'à ses appartements.


« Ne t'en fais pas ma Poupée » dit-il enfin, brisant le silence pesant. « Tout ira bien. »



~

L'esclandre avait eu lieu quelques jours plus tôt et ni Salomon ni Esmé n'y avait plus fait allusion. Et si quelqu'un d'autre en avait été le spectateur, il s'était bien gardé de s'en épancher.

Le Chimeria avait donc gardé son rythme effréné, entre représentations, entrainements et préparation de la nouvelle saison, toujours enrobé dans son aura joviale et rigoureuse en coulisses le jour, macabre et mystérieuse la nuit.

Ce soir-là, le Cygne Noir avait dû terminer son show plus tôt que prévu. Nul dans le public n'y avait pris garde, grâce aux habiles illusions mises en place pour dissimuler cet abréviation, ainsi que grâce à l'éternel sourire de la Funambule.

Elle fit irruption dans les coulisses en boitant, tenant sa main droite dans la gauche, encore valide. Mimi, la médicomage engagée par le Cirque pour réparer les blessures de ses membres, se précipita à sa rencontre alors que le silence s'était fait autour de la jeune femme.


« Swanny, ça va ? Montre-moi ça ! »


A peine eut-elle le temps de la faire assoir et de commencer à appliquer ses soins sur sa cheville que Hemrick, l'un des techniciens, les rejoignit, blanc comme un linge, l'air affolé.


« Par Merlin ! Swanny ! Je suis désolé ! Je ne comprends pas ce qui s'est passé ! J'avais bien vérifié le fil juste avant ton passage, je te jure, je ... Je ne sais pas ... »



Esmé le fit taire d'un simple geste de la main, étouffant un grognement alors qu'elle sentait ses ligaments reprendre leur place grâce à Mimi.


" Ça va, Hemrick. Je sais que tu n'y es pour rien. Retourne à ton poste. Nous verrons ça plus tard. "


Le garçon hésita avant que Mimi ne lui jette un regard qui lui intimait de s'exécuter. Les conversations et les défilés de saltimbanques recommença autour des deux femmes. Esmé confia son poignet au médecin, l'air ailleurs. Bientôt, il ne subsista de sa chute qu'une tâche bleuté sur son avant-bras qui disparaîtrait dans quelques jours.

Une imposante silhouette apparut à leurs côtés, sans que la Dresseuse y prenne garde. Ce fut Mimi qui releva la tête, fronçant les sourcils.


« Quoi encore ? Bill, ce n'est pas le moment. Si un admirateur veut rencontrer Esmé, il attendra après ... »


Le gorille ignora superbement la médicomage pour s'adresser directement à la Belle.


« Y a un mec de la Brigade Magique dehors. Il veut rencontrer le Directeur tout de suite. Je lui ai dit que c'était pas possible, mais il insiste pour voir quelqu'un ... Ca a l'air important, Miss. »


Les émeraudes du Cygne Noir s'animèrent enfin, tandis qu'elle redressait le menton.


" Son nom ? " interrogea-t-elle, les sourcils froncés.


« Va falloir lui demander vous-même, Miss. »



Elle se redressa, soulagée de constater que ses jambes la portaient désormais parfaitement et qu'elle avait retrouvé la mobilité de sa main.


" Je m'en occupe, Bill. Toi, va retrouver mon père et explique-lui la situation dès que le spectacle sera terminé. En attendant, déniche-moi le fils de pute qui a saboté mon show. "


Sans attendre une quelconque réponse, elle se faufila parmi ses collègues pour rejoindre la sortie qui la mènerait au Camp.



~
Arutha Kark avait eu l'honneur de ne pas avoir à poireauter dans le froid, ainsi que c'était le cas pour de nombreux visiteurs. Dès que Bill l'avait laissé pour informer les Selwyn de son interruption, un deuxième Mastodonte l'avait directement conduit jusqu'à la roulotte du Directeur.

Pour cela, ils devaient entrer sous le chapiteau et passer par les coulisses. Sous les yeux du jeune policier se déroula le ballet chamarré des Intermittents et des Fauves en pleine effervescence, aussi concentrés qu'ils pouvaient être braillards, se lançant des bribes de phrases entre deux actes, des ordres, changeant de tenue à la vitesse de l'éclair, amenant les cages et les accessoires de part et d'autre de la tente, indifférents au Garçon étranger qui avait pourtant bien du mal à se fondre dans ce décor insolite.

Enfin, ils débouchèrent sur le Camp. Seules quelques habitations éparses et totalement identiques étaient éclairées et ce fut sous les rayons de la lune pleine qu'il pénétra dans le bureau. La pièce était bien plus vaste que vue de l'extérieur, qu'a priori rien ne différenciait d'un office ordinaire. Une large cheminée en pierre, deux canapés au tissu défraichi et élimé, un bureau en chêne aussi terne que le papier peint à fleur vieillot. Seules les affiches aux silhouettes mouvantes donnaient un peu de vie à ces tristes lieux.


" Tu peux nous laisser, Phil. "


La voix parut comme sortie de nulle part. Une seconde plus tard, la porte se referma derrière son accompagnateur, abandonnant Arutha à son interlocuteur invisible.

Ou plutôt à son Interlocutrice.
Le fauteuil derrière le bureau pivota, révélant la stature de l'Héritière Selwyn. Son corps était gainé dans un corset ivoire aux contours complexes, un de ses avant-bras entouré d'une étouffe froufroutante, l'autre d'une sorte de mitaine qui s'arrêtait à la naissance de son poignet. Mais le plus déconcertant était certainement l'imposante coiffure blonde surmontée d'une sorte de fleur aux allures de couronne, de même que ses yeux verts encadrés d'un noir ruisselant savamment jusqu'à ses joues. Ses lèvres pulpeuses étaient presque dissimulées sous le fard couleur chair, se fondant avec le reste de sa peau diaphane.
Malgré ses allures de princesse victorienne déchue, elle tranchait par sa vitalité dans cette atmosphère feutrée.

Spoiler:
 

Le Cygne Noir dévisagea le jeune homme, l'air tout d'abord impassible. Elle était certaine que ses traits ne lui étaient pas inconnus, pourtant, elle n'arrivait pas à remettre un nom sur ce charmant visage. Il était plus jeune qu'elle, c'était évident. Propre sur lui, il se dégageait de lui l'assurance des gens bien nés. Un moment, elle crut apercevoir le profil de son cher Corvus chez cet inconnu et se demanda s'ils n'étaient pas de la même famille, avant d'abandonner cette idée saugrenue.

Ses doigts pianotaient sur l'accoudoir, son dos bien enfoncé dans le velours moelleux. Rien dans son attitude n'affichait une quelconque crainte de se retrouver face à un membre des forces de l'ordre. Au contraire, elle trahissait à la fois sa curiosité et son agacement. Elle la jaugeait comme on observe une créature étrange qui vient faire irruption dans votre univers au moment inopportun.


" J'espère que vous avez une très bonne raison, que dis-je, une excellente raison, d'être ici, Monsieur ... ? "


Elle se redressa légèrement, sans le quitter des yeux, attendant qu'il dévoile enfin son identité et qu'il expose les raisons de sa venue.
En cet instant, elle n'avait pas encore la moindre idée de leur importance.

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Ce message a été posté Ven 4 Jan 2013 - 22:55

Gorille numéro 1 partit, je franchis les derniers mètres qui me séparent de l'entrée. Puisque je suis ici, autant profiter du spectacle. En plus d'être au sec, je pourrai de nouveau admirer les prouesses de Miss Selwyn.... ou de quiconque est en train de se produire en ce moment. Mais j'avoue que ça ne me dérangerait pas de tomber sur elle. Pas du tout même. Peut être qu'avec un peu de chance....

« Monsieur ? C'est par ici. »

Sérieusement ? Je lance un regard assassin à gorille numéro 2 mais finit par le suivre docilement. Tant pis : ce sera pour une prochaine fois. Je me glisse dans les coulisses derrière le gardien et laisse vagabonder mon regard tout autour. On va pas se mentir : les gitans me répugnent. Peut être pas autant que les gobelins mais assez pour m'arracher une grimace de dégoût. D'ailleurs, je dois avoir l'expression d'un sorcier qui vient de trouver un scroutt à pétard dans son lit. Mais contrairement à ce qu'on pourrait attendre de ma part, je ne détourne pas les yeux. Intrigué par la scène qui se déroule devant moi, je les observe s'entraîner en baragouinant dans leur langue affreuse. J'aperçois des costumes, des cages et même des accessoires dont je ne saurai dire le nom.... ou l'utilité. En tout cas, ce n'est pas des trucs qu'on trouverait sur le Chemin de Traverse.
Captivé par le ballet des coulisses, je ne remarque pas tout de suite que nous arrivons dans une espèce de village. Le changement d'ambiance me frappe avant même le changement de décor : ici plus de cris étrangers. C'est beaucoup plus calme, beaucoup plus "normal".... mais pas tout à fait non plus. Les habitations m'inspirent défiance et pitié : comment est-ce qu'on peut vivre là-dedans ? Et l'intérieur n'est pas forcément mieux ! Bon, c'est vrai, il y a une touche anglaise : le bureau, les canapés et la vieille cheminée en pierre sont typiquement british. Il n'empêche que ce n'est pas ce que devrait être un bureau ! Du moins pas le bureau d'un sang-pur. Il manque la noblesse, la grandeur et la petite touche de luxe propre à notre rang. Vraiment une honte que des sang-purs soient tombés si bas. J'espère qu'ils comptent au moins m'accueillir convenablement !

Mais là encore je suis déçu.... ou plutôt surpris. Quand Esmé Selwyn dévoile son identité, je me laisse avoir comme un bleu et affiche un air clairement étonné. Cela ne dure que deux secondes - les deux secondes nécessaires pour retrouver ma contenance - mais c'est déjà trop. Elle m'a déstabilisé et elle le sait. C'est humiliant et franchement rageant ! Surtout que je ne peux m'empêcher de l'examiner de pied en cape... ou plutôt de chapeau en corset. Elle n'a pas la même couleur de cheveux que le dernier soir où je l'ai vu sur scène - pas la même tenue non plus - mais elle a conservé cette élégance sensuelle qui hypnotise ses nombreux fans..... fans dont je ne fais pas partie évidemment. Pour preuve, je conserve l'expression neutre et désintéressée que m'impose mon métier. Le boulot avant tout !

D'ailleurs en parlant de ça : qu'est-ce qu'elle fait là ? Je sais bien qu'elle est la fille du gérant mais il doit bien y avoir quelqu'un d'autre à qui s'adresser. Les gorilles ont mal compris : je ne veux pas parler à la famille du propriétaire mais à son assistant. Et de préférence.... à un homme. Je sais par expérience qu'il n'y pas plus chiant qu'une femme quand il s'agit de plaintes. Elles ont tendance à fondre en larme, à jouer aux pauvres victimes, à déballer leur vie ou au contraire à monter sur leurs grands chevaux pour prouver qu'elles ne se laisseront pas marcher sur les pieds. Bref, pas moyen d'avoir une discussion censée de A à Z ! Esmé Selwyn confirme cette théorie en attaquant froidement. Parfait : elle doit faire partie de la classe des emmerdeuses qui s'excitent pour prouver qu'elles ont raison et qui parlent aux brigadiers comme s'ils étaient leur elfes de maisons. Je vais vite la remettre en place. A commencer par ça :

« Kark. », je réponds avec un sourire qui se veut cordial. Cela dit, mon regard fier ne trompe pas. Mon ton tranchant non plus : le nom de mon père plane désormais comme une menace. Pas besoin d'insister plus.

Je poursuis mon numéro en réclamant une nouvelle fois son père.

« C'est une affaire très sérieuse miss. Une plainte assez grave a été déposée à l'encontre du Chimera. Il faut que je rencontre Mr. Selwyn. » C'est bon ? Le sous-entendu est assez clair ? Au cas où elle n'aie pas capté le message (ou qu'elle veuille faire de la résistance) j'insiste encore :

« Ou son assistant, en attendant qu'il se libère. Mais j'espère qu'il n'en a plus pour longtemps.» Bref, n'importe qui sauf toi. On ne ne parlemente pas avec les minettes à moitié nues qui perdent leur temps dans un cirque.... et agressent les adorables brigadiers.

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Ce message a été posté Sam 5 Jan 2013 - 17:49

Le nom de famille résonna à ses oreilles telle la lame d'un couperet parfaitement affuté.
Kark.
Comme Mervyn Kark.

Ainsi, Esmé comprenait mieux pourquoi ce visage ne lui était pas étranger. Non seulement son Interlocuteur détenait la prestance et le ton acide de son cher père, mais en plus, ils avaient déjà eu l'occasion de se rencontrer. Ou plutôt, de s'apercevoir au détour de la fin d'un show où Salomon les avait obligé, ses frères et elle, à aller rendre hommage à la famille du Ministre, confortablement installée dans une tribune aménagée spécialement pour les invités prestigieux. Comment n'avait-elle pas pu remettre ce jeune homme devant qui elle avait dû exécuter quelques courbettes et sourires factices ? Celui qui s'était permis de la toiser avec une condescendance à peine dissimulée, peu désireux d'ouvrir son esprit étriqué, seulement obnubilé par ce mode de vie qu'il jugeait infâme ?


" Arutha Kark. "
répliqua-t-elle d'un ton neutre, énonçant simplement l'évidence qui lui avait échappé jusqu'alors.


Si son apparition avait déstabilisé le Brigadier l'espace d'un instant - non, malheureusement pour lui, cela n'avait pas échappé à la jeune femme -, il dut se rengorger de la voir ébranlée à son tour. La prédatrice en elle reflua tandis que leurs regards se quittaient, sa main cherchant à tâtons son étui à cigarettes.

L'apparition d'un Kark au Chimeria n'était jamais de bonne augure. Il ne lui avait pas encore énoncé les raisons de sa venue mais son intuition lui soufflait que cela avait un rapport avec la scène qu'elle avait surpris quelques jours plus tôt. Pire, que le nom du Ministre planait au-dessus de la tête de son père.
Cependant, tout ceci ne restait encore que des hypothèses sans fondement, pensa-t-elle alors que le papier magique rejoignait ses lippes et qu'Arutha reprenait la parole.

Il réclamait Salomon. Encore. Ou, au mieux, son assistant.

Un rond de fumée s'échappa de sa bouche pour se perdre sur le plafond lambrissé. Tandis qu'il exposait ses réclamations à la fois polies et impérieuses, elle avait changé de position. Elle lui présentait désormais son profil, ses longues jambes passées par-dessus l'accoudoir capitonné. Un unique bas ceignait sa cuisse gauche reposant sur l'autre entièrement nue. Pas la moindre cicatrice, aucune escarre pour celle qu'on disait " Dresseuse de Fauves ". Une peau nette et soyeuse, comme celle d'une poupée.

En effet, comment pouvait-elle prétendre à une quelconque crédibilité avec un tel physique, une telle tenue, un comportement aussi désinvolte et lascif ? Elle ne prenait même pas la peine de le regarder dans les yeux, ses émeraudes fixées sur un point invisible loin devant elle. Comme si ce sujet important l'ennuyait profondément et qu'elle n'était là que pour le faire agréablement patienter avant qu'une personne plus compétente ne prenne le relais.

Ou alors, était-ce pour l'effet, simplement.
Si seulement le Minet savait à qui il avait affaire. Si seulement, en se présentant à l'entrée, il n'avait pas voulu oublier l'humain en lui.
Alors, peut-être ...

Un long silence s'était installé, au grand damne certainement de ce pauvre Arutha, qui prenait son rôle très à coeur. Avait-il fait mouche en pointant son autorité du doigt et en remettant Esmé à sa place ?
Il eut donc quelques minutes pour s'interroger. Avant que Black Swan ne se lève.

Elle abandonna son siège d'un mouvement aussi leste qu'il fut vif. Un instant plus tard, elle était face à lui. Quelques centimètres à peine séparaient leurs visages. Et bien qu'elle mesura vingt centimètres de moins que lui, aucun escarpin vertigineux à ses pieds pour rattraper l'écart, elle semblait quand même l'écraser par sa simple présence.


" Je crois, Monsieur Kark ... " dit-elle enfin, insistant particulièrement sur son patronyme " ... Que je ne me suis pas présentée comme il se doit. "


Suivant ses mots, elle se saisit de la main du jeune homme, l'enfermant dans l'étau de ses propres doigts. Il peut sentir comme un malaise s'emparer de son corps, une très légère confusion.
Elle en profite pour l'obliger à s'assoir dans un des fauteuils réservés aux visiteurs, face au bureau patiné. A peine se retrouve-t-il sur son séant que la torpeur l'a abandonné.

Mais c'est sans compter sur l'étrange séance qui va suivre.
Elle claque des doigts et les chandelles s'éteignent, comme séchées par un vent violent. La pièce se retrouve plongée dans l'obscurité la plus totale.
Une ombre dans son dos, des mains sur ses épaules qui l'empêchent de se lever. Des lèvres contre son oreille.


" Mesmeria Selwyn, mieux connue sous le surnom d'Esmé... "


Susurre-t-elle alors que les lieux commencent à se remplir de sons étranges. Des grognements bestiaux, des hurlements de femme, des ricanements ... Ils résonnent de tout côté, à la fois aussi distincts qu'enchevêtrés.
Soudain, quelque chose se glisse sur sa main. Un contact parcheminé, écailleux, qui s'enroule un bref instant avant d'abandonner son membre pour venir s'enrouler autour de sa gorge. Succinctement, encore une fois. Et toujours la jeune femme dans son dos.


" ... Acclamée sous le pseudonyme de Black Swan. "


Achève-t-elle d'une voix forte et assurée. Arutha peut alors sentir comme une violente secousse. La pièce s'embrase, semble s'agrandir, tandis que les affiches aux murs s'éclairent, leurs silhouettes mouvantes se dégageant de leurs cadres de papier pour envahir les lieux.

A droite, une araignée gigantesque sifflant entre ses crocs venimeux.
A gauche, une silhouette humanoïde tenant un couteau, son visage déformé par de nombreuses cicatrices, ricane. Elle lance l'arme, la lame venant mordre la chair de son bras avant d'aller se planter dans le bois derrière lui.
En face, une paire de jumeaux siamois, les yeux couleur de feu, s'approchent dans un même balancement incertain, des chaînes entourant tout leur corps émacié.
Les Bêtes viennent vers lui, le fixant, tendant leurs membres dans sa direction.
Et soudain, devant le beau faciès du jeune Kark, la gueule béante d'un lion blanc, rendue translucide par la lumière aveuglante. Prête à l'avaler tout entier.

Puis, le noir.
Les présences menaçantes ont disparu.
Il ne reste plus que lui et le bruit de sa respiration. Le poids du Cygne Noir dans son dos n'est plus là, plus rien n'entrave ses mouvements.

Les flammes des chandelles se rallument doucement, vacillant, avant d'éclairer tout à fait l'office. Tout est dans le même état qu'avant qu'elle ne fasse appel à ses illusions.
Sa blessure elle-même s'est évaporée. Ne reste que le souvenir des chimères.

Comme si rien ne s'était passé.

Esmé est assise sur le bureau, face au jeune homme, sa cigarette à nouveau entre ses doigts.
Son expression neutre tranche avec l'éclat de son regard. Aucune étincelle moqueuse, pas de trace d'amusement. C'est un autre genre d'oeillade qu'elle lui adresse.


" Maintenant que nous avons fait connaissance, désirez-vous toujours vous adresser à un assistant ? Ou considérez-vous que mon humble personne suffira à répondre à vos questions ? "


Le triomphe. La fierté. La parfaite maîtrise de ses talents. La totale confiance en ce qu'elle est et ce qu'elle représente.
Black Swan, malgré son apparence, par-delà son mode de vie, outre ses artifices scéniques, est une professionnelle. Elle n'est pas juste un roulement de hanche et des gestes gracieux, elle est aussi un esprit perspicace.

L'héritière des Selwyn. Une sang-pur. Exerçant dans un contexte particulier mais qu'elle connait par coeur.
Bien mal en prendrait au Garçon d'en exiger davantage.

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Ce message a été posté Lun 14 Jan 2013 - 19:52

Alors comme ça elle veut la jouer femme fatale ? C'est tellement grotesque que j'ai un petit rire étouffé, accompagné d'un haussement de sourcil on ne peut plus explicite. Est-ce qu'elle s'imagine vraiment que je suis comme les gitans et les moins que rien qu'elle a l'habitude de côtoyer ? Qu'il suffit de me montrer un bout de chaire pour me soumettre au moindre de ses caprices ? La bonne blague ! Bon, je lui accorde qu'elle est pas mal.... voir carrément sexy. Mais encore une fois ce n'est pas mon type de femme. Et quand bien même, je suis imperméable à ces tentatives de corruption. Ou plutôt je le suis devenu avec les années passées à la brigade : si vous saviez le nombre de sorcières qui battent des cils ou ont recours à des charmes de séduction pour nous amadouer ! Ca devient d'une banalité à pleurer.... et s'en est presque triste pour la gente féminine. Qu'elles ne se demandent pas après pourquoi on les traite comme des poupées tout juste bonne à nous amuser, lancer des sorts ménagers et pondre quatre mômes quand on leur demande. Esmé Selwyn peut se donner tous les airs qu'elle veut, je sais très bien qu'au fond elle est pareil. Peut être même pire.... oui pire. Parce que contrairement aux autres femmes, elle refuse d'admettre ce qu'elle est et vit dans l'illusion qu'elle est plus futée que les autres. Je n'ai aucune preuve de ce que j'avance bien sûr mais j'en suis persuadé ! Ca se sent dans son regard, sa posture, sa manière de souffler des ronds de fumée au plafond.... Peut être même qu'elle s'imagine qu'elle est forte, indépendante... digne ? Vraiment, c'est à mourir de rire ! Je me ferai une joie de la remettre en place si je n'avais pas une mission à remplir. Malheureusement c'est le cas ; je me contente donc de la suivre des yeux quand elle vient se poster devant moi.
Nouvelle tentative de dissuasion ? Je pousse un soupir lassé et appuie un bras sur le dossier d'un siège avec une expression d'ennui profond.

Soudain, elle attrape ma main dans la sienne. Non mais sérieusement ? Elle va aller jusqu'où comme ça ? Je me dis qu'il serait peut être temps de lui expliquer que tout ça ne sert à rien lorsqu'elle me pousse dans un fauteuil. Et là, plusieurs choses extrêmement bizarres se produisent. D'abord ma réaction : dans une situation comme celle-là, je devrai me sentir agacé.... ou au pire échauffé. Au lieu de ça, un étrange sentiment de malaise m'attrape à la gorge. J'ai l'impression d'être enfermé dans un étau.... ou de fondre sur place. Lorsque les lumières s'éteignent, j'essaie de me relever mais deux mains font aussitôt pression sur mes épaules pour me faire rassoir. Je pourrai les repousser et rallumer les lumières d'un coup de baguette mais je ne trouve pas la force de bouger, comme si on avait pompé toute mon énergie.... et puis il y a ces cris. Ces cris qui me foutent le chair de poule et me font dégainer ma baguette à la vitesse éclair - réflexe de brigadier oblige. J'ouvre la bouche pour lancer un sort quand quelque chose glisse sur ma main, avant de remonter jusqu'à mon cou. QU'EST CE QUE C'EST QUE CE TRUC ? Un dizaine d'incantation me traversent l'esprit mais je n'ose en lancer aucune. La magie noire est imperméable à la majorité des contre-maléfices.... quand leur utilisation ne créé pas des horreurs encore plus dangereuses. J'essaie de réfléchir mais mon coeur bat trop vite, ma respiration s'accélère et les formes qui surgissent des tableaux n'aident pas. Lorsqu'une silhouette jette vers moi un objet, je lève un bras pour me protéger le visage et me retrouve avec une entaille sanglante. Puis apparaissent des créatures monstrueuses. Evanesco ! Stupéfix ! Impedimenta ! Sectumsempra Incapable d'ouvrir la bouche, je lance tous les sortilèges informulés aux quels je suis encore capable de penser. Aucun ne fonctionne et lorsque le lion ouvre la gueule, une vague de terreur me liquéfie.... pour dire la vérité, c'est tout juste si je ne me pisse pas dessus. Roooh ! Me regardez pas comme ça hein ! On voit que vous avez jamais connu ça !

Bien décidé à ne pas mourir en lâche, j'ouvre grand les yeux et..... rien. Le noir. Le vide. Le bruit de ma respiration haletante. Les lumières se rallument et le bureau réapparaît, tranquille, comme si rien n'avait bougé. Même Esmé Selwyn a retrouvé sa place et sa nonchalance. Saisi d'un doute, je baisse les yeux sur mon bras et constate qu'il est intact. Illusions.... tout ça n'était qu'illusion. Une rafale d'insultes menacent de sortir de ma bouche. Je pose un regard haineux sur la demoiselle si triomphante, si fière de sa petite démonstration de pouvoir ! D'un bond je me lève, approche du bureau et.... " Les gobelins. N'oublie pas les gobelins." Les gobelins qui m'ont mené en bateau à Gringotts parce que j'étais sur leur territoire, dans leur antre. Sans Hansen, Merlin sait ce que j'aurai finit par leur dire - et ce qu'ils auraient fait de moi. Ici, la situation n'est pas si différente. Je suis dans son cirque et si je ne fais pas gaffe, je risque de marcher sur un nid de doxy. " Souviens toi de la leçon." J'inspire, attends que les battements de mon coeur retrouve un rythme normal puis me rassoit dans le fauteuil - non sans un certain malaise.

Une minute au moins s'est écoulée, peut être plus. Toutefois, je laisse le silence perdurer encore un peu, le temps de choisir mes mots. Ne pas la laisser vaincre sans paraître trop agressif non plus. Je suis là pour une mission, une simple mission, et je vais la remplir. Je m'éclaircis la gorge puis reprend sur ton presque normal : « J'en conclue que les accusations de détention d'objets de magie noire sont fondées. » Je ne souris pas, ne me permet aucune oeillade triomphante ou menaçante. Par contre, je sors un parchemin de l'intérieur de ma veste et le déroule en lisant : « Reste savoir s'il en va de même pour les 12 autres accusations qui pèse contre le Chimera. Est-ce que ce serait trop vous demander de coopérer ? Pour le bien de votre cirque, bien sûr. » ... et de sa famille. J'espère qu'elle se rendait compte qu'une nouvelle agression - oui agression ! C'était le mot, même si ce n'était qu'illusion - ne pourrait que porter préjudice à son père. Je me demande d'ailleurs ce que monsieur Selwyn dirait s'il avait ouïe de l'accueil que sa chère fifille m'a réservé. Il faudrait peut être que je lui en touche un mot une fois sortit d'ici...
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Esmé Selwyn
Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Ven 25 Jan 2013 - 22:30

Esmé se délecta du trouble conséquent du Brigadier qui semblait hésiter entre la nausée et l’évanouissement, bien qu’il fit tout ce qui était en son maigre pouvoir pour ne rien en laisser paraître. Nul doute que le fils Kark prenait son travail très à cœur et se faire manipuler ainsi par une Minette considérée par certains de ses pairs comme une traître à son sang devait mettre un coup à son ego.

D’ordinaire, la Dresseuse aurait poussé le vice face à cette nouvelle proie toute désignée. Mais pas ce soir. Du moins, pas dans de telles circonstances. Amener le jeune homme à la considérer était une chose, jouer de l’avenir de sa Famille en était une autre.

Surtout lorsqu’il se décida enfin à reprendre la parole, une fois sa maîtrise retrouvée, elle comprit qu'elle avait fait le bon choix. Il avait changé de ton, se montrait moins condescendant, néanmoins, les mots n’en restaient pas moins chargées de menaces. De la Magie Noire ? Par Merlin ! De quoi parlait-il ? Esmé haussa un sourcil dubitatif, conservant une mine neutre derrière les volutes de fumée qui s’échappaient d’entre ses lèvres.

Ainsi, il n’eut pas eu besoin de répondre aux questions de la Demoiselle. Il avait trouvé une manière bien plus subtile de lui faire comprendre qu’il acceptait de s’en remettre à elle, constata-t-elle alors qu’il extirpait un long feuillet de son par-dessus, énonçant l’existence de pas moins d’une douzaine de chefs d’accusation supplémentaires qui pesaient sur le Cirque.


« Permettez. »


Et même si ce n’était pas le cas, le pauvre n’eut guère le choix, car Esmé quitta le bureau pour venir s’emparer de la liste d’un geste vif.


« Maltraitance sur animaux, détention illégale de bêtes non répertoriées, violences sur mineurs, dissimulation de clandestins … »


Ses sourcils se levaient à mesure qu’elle énumérait la teneur de la plainte, jusqu’à presque les laisser disparaître sous la chevelure qui couvrait son front. Etait-elle en proie à une terreur soudaine ? Voyait-elle tout le Cirque brûler sous les torches des détracteurs ? S’imaginait-elle assise face au Magenmagot, tremblante, sans maquillage pour dissimuler ses actes ? Allait-elle le supplier ? Ou peut-être tenter de l’acheter en usant de ses charmes atypiques ?

Après tout, c’était certainement ce qu’il attendait d’une fille dans son genre. Une façade lisse et fielleuse qui se flétrissait au moindre heurt.

Brusquement, le Cygne Noir cessa le ballet des cent pas qu’elle exécutait devant lui tandis qu’elle parlait. Pour éclater de rire. Dénué de toute hystérie, au contraire, son éclat avait la chaleur de celui que l’on adresse en réponse à un trait d’esprit hilarant.


« Merveilleux ! Tout simplement, merveilleux ! »


Elle écrasa son mégot dans le cendrier à proximité, ses prunelles couleur d’émeraude brillant de malice.
Le Chimeria n’en était pas à sa première délation. Les avocats avaient cessé de compter le nombre de plaintes et il se murmurait même que Salomon serait devenu intime avec quelques petites adorables greffières à force de côtoyer le Ministère. Alors une de plus ou de moins …

La Belle cessa de s’en amuser pour ne plus conserver qu’un léger sourire en coin. Son intuition première se confirmait. Bébé Kark ne se trouvait sûrement pas ici seulement pour une affaire d’accusations infondées. Malgré son aise apparente, Esmé bouillonnait. Un enjeu politique se dissimulait sous la paperasse, voire des appréhensions personnelles qu’Arutha trahissait par sa complaisance. Un faux pas de la Funambule et ce terrain changerait de propriétaire. Inenvisageable.

Elle passa une main dans sa tignasse dorée, ses mèches retrouvant leur couleur brune au rythme des mouvements de ses doigts. Elle contemplait les affiches mouvantes avec, semblait-il, une pointe de nostalgie et une tendresse infinie.


« Je suppose que vous êtes là pour mener l’enquête. »
dit-elle soudain, son regard se braquant à nouveau sur le Brigadier. « Cela signifie donc des heures d’interrogatoire sur les membres du Cirque et un épluchage administratif d’une longueur éhontée. »


Elle soupira. Cette perspective la fatiguait d’avance, pour l’avoir déjà subi à plusieurs reprises. Avec la nouvelle saison qui débutait, ils avaient mieux à faire que de perdre leur précieux temps en justifications et autres balivernes. Et elle était sûre qu’Arutha aussi. Même si plomber le Chimeria lui vaudrait les honneurs, il ne savait pas à quelle institution il s’attaquait.


« Alors que j’aurais une bien meilleure alternative à vous proposer. »
reprit-elle, l’air terriblement sérieux. « Plus précisément, vérifier par vous-même le bien-fondé de ces accusations. Sur le terrain. Au cœur de ce dernier plutôt, devrais-je dire. »


Sur ces paroles nébuleuses, exemptes de toute tentative de séduction inopportune, elle lui fit signe de se lever. Elle se dirigea vers la porte, s’arrêtant la main sur la poigné. Swanny sentait la réticence de son jeune Interlocuteur, celui-ci craignant de quitter son siège pour suivre cette femme étrange et manifestement, imprévisible.


« Allons, Monsieur Kark, auriez-vous … Peur ? »


Le bois grinça sur ses gonds. A nouveau, cette moue narquoise qui ourlait ses lippes. Et ce battant, ouvert sur le camp toujours plongé dans la pénombre …

Plus loin, par-delà les roulottes, le Chapiteau, lui, rayonnaient de mille étincelles, résonnaient de mille cris émerveillés ou craintifs. L’endroit même où la Dresseuse voulait le conduire, s’il se décidait enfin à se laisser surprendre.

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Ce message a été posté Dim 3 Fév 2013 - 21:22


Étrangement, son rire ne m'étonne pas. Bon, c'est vrai, il est dérangeant : j'aurai préféré une protestation scandalisée, un juron anxieux ou un sanglot étouffé. Ca je connais, ça je peux gérer les doigts dans le nez. Mais les femmes comme elles - les hyènes qui se prennent pour des lionnes féroces et jouent avec vos nerfs - je l’avoue, c’est pas ma spécialité. Et j’ai pas envie que ça le devienne. Les minettes épleurées, les mamies radoteuses et les névrosées sont déjà bien assez chiantes, merci bien. Je vais donc faire en sorte que notre entrevue soit courte – très courte – et faire gaffe où je mets les pieds. Cette garce imprévisible ne m’aura pas deux fois.

Pour bien commencer – ou plutôt reprendre – j’écourte son petit numéro de sorcière inébranlable.

« Ravi que ça vous plaise. La suite du programme va vous enchanter ! »

A condition bien sûr qu’elle apprécie les destitutions, les humiliations publiques, les amendes salées et les apparts miteux.... ou les séjours à Azkaban si elle se montre aussi bienveillante que tout à l’heure. En fait, elle y serait déjà si je n’avais pas une mission à remplir.... et une réputation à tenir. Manquerait plus qu’on murmure qu’Arutha Kark a peur de simples illusions.

« Je suppose que vous êtes là pour mener l’enquête. » , reprend elle.

Non, non, pour vous offrir des gobelins en esclavage ! Pfff.... et elle s’imagine vraiment que je vais me taper des heures d’interrogatoires et des kilomètres de paperasse pour ses beaux yeux ? Bichette ! Ca donne presque envie de lui expliquer le sens de la vie devant une tasse de thé et une assiette de cupcakes. J’espère qu’elle réalise au moins que je peux faire fermer leur cirque d’un claquement de doigts. Enfin "je".... mon père pour être tout à fait exact mais dans notre cas ça revient au même. Il suffit que je lui explique calmement que les Selwyns sont des traîtres abjects et dangereux pour sceller leur destin. Les histoires de magie noire et de fauves sanguinaires seront juste bonnes pour les journaux de trois noises et les annonces officielles. Et ça, ça ne prend qu’une petite demi-heure à préparer.

« Ne vous inquiétez pas pour moi, j’aurai tous les renforts nécessaires pour les corvées administratives. »

Les corvées comme rayer leur nom de la liste des sang-purs de confiance ou au contraire envoyer ce parchemin à la poubelle sans passer par la case perquisition. Même si je doute qu’une vraie enquête soit ouverte de toute façon : ce serait trop long, trop chiant et inutile. Ou alors ce serait refilé à des gratte-papiers qui falsifieraient quelques documents et condamneraient le Chimeria en une après-midi. Et hop, affaire classée !

Mais bien sûr je garde tout ça pour moi. D’abord parce que si elle ne s’en doute pas encore – ce qui m’étonnerait beaucoup – je ne veux pas être celui qui vend la mèche. Ensuite, parce que j’ai hâte de la voir se plier en quatre : mademoiselle va devoir faire des courbettes pour rattraper sa connerie de tout à l’heure. Enfin parce que je suis curieux de savoir comment elle va s’y prendre pour me convaincre. Sournoise comme elle est, je m’attends à tout ! ... y compris à la visite guidée du cirque.

Et ça ne loupe pas. J’étais sûr que j’aurai droit à un coup fourré de ce genre. Est-ce que ça m’emballe ? Pas du tout ? Est-ce que je lui fais confiance ? Encore moins : je préférai une promenade à Pré-au-Lard avec un Bishop armé. Mais est-ce que j’ai le choix ? .... pas vraiment. Piqué au vif par sa remarque, je délaisse mon siège et accepte de la suivre. Ma main droite reste toutefois enfoncée dans la poche de ma cape, les doigts serrés sur ma baguette en charme. Qu’elle fasse le moindre mouvement louche et je la stupéfixie. Et tant pis pour les conséquences politiques : mon père sera derrière moi.

« Après vous. Mais je suis quand même curieux de savoir comment vous comptez me prouver que vous n’employez pas de sang-mêlés ou de mineurs malnutris avec un simple tour de cirque. »

Si Selwyn compte échapper au léchage de botte, elle va vite être déçue. Parole de Kark, elle va y passer.
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Mer 13 Fév 2013 - 18:29

Swanny se doutait que Bébé Kark finirait par lever son charmant postérieur pour la rejoindre. Maintenant qu’il avait retrouvé sa contenance de jeune premier, il était trop fier et trop impliqué dans sa mission pour se laisser aller à un signe de crainte ouvertement hostile.

Si ce n’était sa main toujours enfoncée dans sa poche, la même où elle supposait qu’il conservait son arme.


« Vous n’aurez pas besoin de ça. » l’informa-t-elle tandis qu’elle s’effaçait pour le laisser passer. « Votre baguette. Vraiment, elle a rarement son utilité ici. »


Elle avait délibérément ignoré sa remarque quant à la manière dont elle avait l’intention de s’y prendre pour justifier la stupidité de ces accusations portées à l’encontre du Cirque. La Belle n’aimait pas dévoiler son jeu tant qu’elle était encore dans la partie. A la place, elle avait préféré ces paroles prévenantes et sûrement risibles au vu du contexte. Cherchait-elle à montrer à bonne foi ? A gagner sa confiance ? L’appréciait-elle simplement ? Ou était-ce plus tordu que cela ? Difficile à déterminer.

Quant à savoir comment elle avait deviné pour sa poche et son contenu, c’était très simple : il n’était pas le premier détracteur à se présenter – et sûrement pas le dernier. Tous avaient cette manie de rester accrochés à leur bout de bois, comme s’il allait les préserver de ce monde sur lequel ils n’avaient aucune prise, et pourtant persuadés qu’ils pouvaient le posséder à leur manière, que ce soit en brandissant l’étendoir du justicier ou celle de la Rose Noire. Dans tous les cas, les Selwyn avaient plus d’un atout dans leur manche.

La porte se referma derrière eux, ses grincements perçant le calme des roulottes plongées dans la pénombre. Aussitôt, elle entraina le Brigadier en direction du Chapiteau, ses pieds toujours nus foulant le sol d’un pas gracile et ondulant, indifférente aux bouts d’objets qui ornaient le sol poussiéreux.

Quand ils pénétrèrent dans les coulisses par la lourde tenture, ils furent accueillis par la même effervescence à laquelle Arutha avait eu droit à son arrivée. Si on avait informé les Forains de l’intrusion de la Brigade Magique, alors ils n’en laissaient rien paraître. Leur attention était toute à la représentation qui se déroulait de l’autre côté des décors grandiloquents.

Des techniciens, perchés à plusieurs mètres de hauteur, vérifiaient les installations, braillaient des instructions dans le vide –ou plutôt, dans l’oreillette magique qui leur servait de lien permanent avec leurs collègues.

Des artistes pratiquaient quelques tours de tailles modestes, à l’écart ou en groupe, répétaient une ultime scène, s’invectivaient mutuellement, arguant « Le détail ! Le détail, par Merlin ! », sourcils froncés ou sourire de connivence à l’appui.

Si tout était chimère, rien n’était laissé au hasard. Derrière les prestations se cachait une lourde organisation, aussi bureaucratique que scénique ou publicitaire, ce qui expliquait sans doute que le Chimeria ait pu s’inscrire dans une si étrange pérennité.

Alors que la jeune femme s’apprêtait à les entrainer vers ce qui semblait être un accès à l’autre côté des coulisses, un adolescent grassouillet, qui jusqu’ici s’entretenait avec une femme du même gabarit vêtue d’un tutu rose, s’approcha d’eux.


« Swanny, tu tombes à point trésor ! On a genre un p’tit problème avec Grio. Faudrait que t’ailles jeter un œil. Genre maintenant, tu vois. Ah b’soir M’sieur ! Z’êtes un ami de notre Swanny ? »


Il avait la mine avenante du minot que la vie n’avait pas épargné mais que cela n’avait jamais empêché de voir le verre à moitié plein. Sympathique, donc. Irritant aussi, certainement. Surtout qu’il avait une tendance à la curiosité mal placée sans en avoir conscience, en plus de s’exprimer avec un accent du Yorkshire à couper au couteau.


« Non, Lil’Ty, Monsieur Kark n’est pas un ami. » répondit patiemment le Cygne Noir, insistant bien sur le nom de famille de son accompagnateur. « J’y vais tout de suite. »


Ledit Lil’Ty, Tyron de son vrai nom, pâlit lorsqu’il se rendit compte de sa bêtise, bougonnant un : « Ouais, okay, ce s’rait bien, merci … Au revoir M’sieur … » avant de les laisser, honteux de s’être fait remettre à sa place, la manière aussi subtile fusse-t-elle. Mais déjà, Esmé se tournait vers Arutha, un sourire resplendissant sur les lèvres.


« Bien, le Destin a décidé que le programme n’était pas à son goût. Veuillez me suivre, je vais pouvoir vous apporter une première preuve visuelle. »


En apparence et malgré l’interruption, elle avait l’air détendu. Cependant, intérieurement, elle sentait un vent de panique naître au cœur de ses entrailles. Elle avait pensé lui montrer cette petite attraction en dernier et certainement pas dans ces conditions. Swanny n’avait donc plus qu’à espérer que le hasard jouerait en sa faveur.

Une longue rangée de coiffeuses chamarrées et encombrées s’étendait sur un pan de mur couvert de toile bleue et noire. Il paraissait uniforme jusqu’à ce qu’on ait longé le fatras des meubles. Au bout, un bout de tenture pouvait aisément s’écarter, révélant une autre partie mystérieuse du Cirque. Plongée dans la pénombre.

Décidément, elle ne pouvait s’empêcher d’entrainer le jeune homme méfiant dans des endroits aussi insolites que peu avenants. Il n’empêchait que si elle avait voulu se débarrasser de lui, elle aurait au moins trouvé un moyen discret. Car cette fois-ci, de nombreux regards perplexes se tournèrent dans leur direction alors qu’ils pénétraient dans l’antre.

Le lourd tissu retomba derrière le Garçon, Esmé ayant préféré passer devant une fois de plus. Mais pas pour les mêmes raisons. Une très faible lumière éclairait l’espace, bien plus grand qu’il ne le laissait imaginer de prime abord. Ici, aucune couleur criarde, aucun cri jovial ni aucun applaudissement. Seulement des outils et autres matériaux entassés le long des parois d’un bleu tendre.

Et au centre, une forme indistincte, repliée sur elle-même, muette. Cloitrée entre des barreaux.


« J’ai cru comprendre que vous étiez d’un naturel plutôt caractériel, Monsieur Kark. Néanmoins, si vous vouliez bien, ne serait-ce qu’une fois, vous fier à ce que la stupide femelle que je suis vous conseille, je vous en serais reconnaissante. Pour notre sécurité à tous les deux, ne faites aucun gestes brusques. » chuchota-t-elle à son oreille sur un ton gai presque déplacé dans une telle atmosphère.


Elle fit signe au Brigadier de ne pas bouger alors qu’elle-même s’avançait vers les barreaux. Sentant la présence, la silhouette s’anima, commençant à se mouvoir et à grogner. D’un claquement de doigts, Esmé mit en marche un projecteur aux ondes peu agressives, révélant la Bête. Il s’agissait d’une créature peu commune mais pourtant connue, un Cerbère. Sauf que malgré son aspect impressionnant, cette Créature était bien réelle, ne possédait que deux têtes et était de taille réduite en comparaison de son homologue mythologique. Et surtout, elle était bien plus malléable.


« Alors, mon petit amour, qu’est-ce qui t’arrive ? »


L’Oiselle pénétra dans la cage, repoussant la grille derrière elle. Deux paires d’yeux la lorgnaient avec hargne, soufflant de leurs naseaux malveillants. Pourtant, elle s’avança doucement, tendant la main vers la Bête sans la moindre hésitation. Cette dernière recommença son concert de grognements, dévoilant des crocs acérés.


« Grio … »


La voix était douce, tendre et pourtant, indéniablement impérieuse. Ce qui ne parut pas impressionner le Fauve, qui lâcha un aboiement indigné. Il était à deux griffes de lui sauter à la gorge.

Esmé continuait à s’approcher d’un pas tranquille en même temps que ce cher Grio reculait. Ce simple mouvement démontrait la soumission de l’Animal. Aussi, lorsque ses longs doigts rencontrèrent la fourrure, aucun coup de patte ni de dents ne happa la fantasque jeune femme. Au lieu de ça, ils laissèrent le visage de leur maîtresse murmurer à leurs oreilles dressées en des mots inaudibles mais dont l’effet apaisant fut presque immédiat.

Un instant plus tard, le Cerbère se laissait tomber sur le sol, la main de la Belle flattant leurs encolures brunes.

Ainsi donc, la Dresseuse n’avait aucun besoin de torturer ses Fauves pour qu’ils lui obéissent. Le don qu’elle possédait et avait travaillé toutes ces années reposait presque uniquement sur les paroles qu’elle employait. Du moins, à en juger par ses actes de ce soir-là.

Inutile de préciser qu’elle n’avait aucun mérite. Grio était un vieux chien grognon que Salomon avait acquis plus de cinq ans auparavant. Elle avait donc eu tout le temps d’assoir son emprise sur lui.


« Désirez-vous vous joindre à nous ? »


Elle avait abandonné la contemplation maternelle de son Bébé pour se concentrer sur un autre, beaucoup moins docile, qui attendait non loin de là. Ses émeraudes perçantes fixant le Brigadier d’un air de défi.


« Il semblerait que Grio et vous ayez quelques petites choses en commun. Votre air bravache et votre esprit quelque peu têtu, entre autres choses. Je suis certaine que vous devriez bien vous entendre. »



Non, elle ne se moquait pas de lui. Son minois fardé n’exprimait rien d’autre qu’une invitation sincère bien que mutine, accompagné d’un clin d’œil. Alors, elle tendit la main, les barreaux de l’entrée grinçant pour se rouvrir en même temps qu’elle esquissait son geste.

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Ce message a été posté Lun 18 Fév 2013 - 19:56

« Vous n’aurez pas besoin de ça. »

« Si vous permettez, j'en jugerai par moi-même. », je réponds du tac au tac avec un sourire forcé.

Qu'est ce qu'elle s'imagine ? Que je vais la suivre les yeux fermés en abandonnant ma baguette sur son bureau ? Ben voyons ! Et elle veut peut être que j'applaudisse et la remercie la prochaine fois qu'elle me balance des monstres chimériques, non ? Enfin, si ça reste des chimères... pour être honnête, j'ai peur qu'elle m'entraîne dans la cage aux fauves - les vrais. Et je ne suis pas sûr de faire le poids face à ces choses. Les bestioles c'est bien joli dans une cage ou au milieu d'un cirque avec leur dresseuse mais pas autrement. De toute façon, je reste sur mes gardes : si elle fait mine de m'emmener dans la fosse aux Chimères, je dégaine. Je garde donc la main enfoncée dans ma poche, prêt à affronter n'importe quel danger.

Esmé s'éloigne en direction du chapiteau et je la suis docilement, secrètement impatient de découvrir les coulisses. Le jour où mon père a rencontré le sien, nous sommes restés dans la loge qu'on nous avait attribuée. J'étais assez déçu d'ailleurs ! Aussi répugnante que me paraissait la vie d'artiste, j'étais curieux de voir l'envers du décor. Et je le suis toujours... même si j'ai gardé la même opinion sur l'existence de ces bohémiens. On a pas idée de gâcher un sang-pur comme ça ! Bref.
A peine entré dans les coulisses, je suis happé par l'ambiance bouillonnante. Partout, les gens bougent, crient, s'activent... tout ici semble prévu pour vous hypnotiser ; des couleurs vives qui capturent le regard au ballet incessant des employés. Même l'accent rugueux de quelques types parvient à ensorceler l'oreille. Je n'avais pas fais gaffe à tout ça en arrivant ici, trop concentré sur ma mission. Cela dit je profite pleinement de mon deuxième passage pour rassasier ma soif de fantaisie. Absorbé par le spectacle privé qui se déroule sous mes yeux, je ne vois pas le gosse arriver. Ce n'est que lorsque le dit Lil'Ty ouvre la bouche que je redescends sur Terre. En plus d'être grassouillet - et assez ingrat physiquement, faut le dire ! - il baragouine dans un anglais incompréhensible. Qui lui a appris à parler comme ça ? Tsss... j'espère que quelqu'un lui a déjà fait remarquer qu'il parle en langue étrangère. Au moins je lui accorde qu'il n'est pas trop bête et assez poli. Il s'apprête à repartir mais d'un signe de la main je le rappelle.

« Hep ! Pas si vite ! »

Je n'ai aucune idée de ce qu'est - ou qui est - Grio, de ce qu'elle est censé faire et de l'endroit où elle doit se rendre. Mais je suis certain d'une chose : je n'ai pas de temps à perdre. Alors s'il faut une petite piqure pour lui rappeler que je ne suis pas à sa disposition et que j'ai une investigation à mener pas de souci : elle l'aura. J'attends que le gamin s'approche pour demander d'un ton plutôt cordial :

« Comment tu t'appelles ? »

« Tyron... m'sieur Kark. »

« Et tu as quel âge ? »

Il lève les yeux sur Esmé. Etant derrière moi, je ne peux malheureusement pas voir l'expression de miss Selwyn mais je devine qu'elle lui fait signe de répondre.

« ... d'sept ans m'sieur Kark. »

Merlin ! Il peut pas prononcer les mots en entier ? Qu'on fasse quelque chose ! Qu'on l'emmène chez l’orthophoniste ou qu'on lui jete un sort de babillage... peut être que ça le ferait parler normalement. Agacé, j'hésite quelques secondes avant de lui poser la dernière question. Ce morveux à intérêt à articuler.

« Tu travailles ici ? »

A nouveau, son regard croise celui de la dresseuse avant de répondre.

« J'aide juste m'sieur... p'dant les v'cances scolaires.... a'c m'père qui travailles là. »

Cette fois je me retourne pour faire face à Esmé. Evidemment, elle arbore l'expression neutre de la personne qui n'a rien à se reprocher. J'esquisse un petit sourire amusé puis hoche la tête.

« Tu peux y aller. Volontaire hein..... vous avez déjà eu une inspection de la brigade ? », j'ajoute à l'intention de ma guide. Ca expliquerait pour quoi le gosse a l'air aussi briefé.

De toute façon je reviendrai là-dessus plus tard. Pour l'instant, je me laisse entraîner par la jeune femme vers une autre pièce. Mes doigts se resserrent sur mon arme à la mention de la "preuve". Que ce soit un objet ou un monstre, je n'ai pas du tout confiance. Alors j'hésite de longues secondes avant de la suivre dans l'antre obscure. Me fier à cette dingue ou prendre mes jambes à mon cou ? Fierté et curiosité finissent par trancher pour moi. Je repousse le bout de teinture et me jette dans la gueule du loup - figurativement j'espère.
La pénombre me plonge dans un état d'alerte facilement devinable. Ayant l'habitude des situations risquées, je garde mon sang froid mais je dois reconnaître que le noir ne me dit rien de bon. Qui sait ce qui ce qui se cache dans l'ombre ? Elle, bien sûr... et je suppose que ça la fait rire. Le ton guilleret sur lequel elle m'insulte une nouvelle fois ne me plaît pas du tout. J'en viens à me demander si elle chuchote par nécessité ou pour me foutre la trouille. Dans le doute, je réplique en grinçant entre mes dents.

« Je vous assure que ces commentaires n'aideront pas votre cause. »

Pour toute réponse, elle me fait signe de rester où je suis. Grognasse ! Je l'observe s'éloigner tandis qu'un projecteur s'allume. Soudain un grognement. Je tressaille mais ne bouge pas d'un pouce. Même la main qui tient ma baguette reste fermement enfoncée dans ma poche. J'ai confiance en mes réflexes et je me dis que j'aurai le temps de dégainer si quoique ce soit me fonce dessus. J'entends la voix du Cygne Noir chuchoter quelque chose. Mes yeux se posent sur la silhouette sombre à ses côtés. De là où je suis, je ne vois pas très bien mais il me semble reconnaître un énorme chien.... ou deux chiens plutôt. Si j'avais pris option créatures magiques ou suivit un peu plus en cours d'Histoire je pourrai le reconnaître en un clin d'oeil mais là....

« Désirez-vous vous joindre à nous ? »

Je sursaute en comprenant qu'elle s'adresse de nouveau à moi. C'est tentant - très tentant - mais le problème est toujours le même : est-ce que je peux lui faire confiance ? Je fais le pied de grue un instant avant de céder. On a pas l'occasion de voir des monstres de si près tous les jours. J'esquisse quelques pas prudents en direction de la cage puis étouffe un juron. Ca y est : je viens de reconnaître ce que c'était. Ce n'est pas deux bêtes mais deux têtes. Autrement dit, un cerbère. Je m'avance jusqu'à la porte mais prends soin de rester à l'extérieur, encore trop méfiant.

« C'est ça que vous appelez une preuve ? »

Pour une fois, mon ton n'est pas agressif. Au contraire, un auditeur attentif pourrait y déceler une nuance d'amusement et de taquinerie. Ce chien a l'air de tout sauf d'une bête en règle mais la fascination qu'il exerce sur moi est plus puissant que l'appel du devoir... ou de l'orgueil blessé. Soudain, je me souviens d'un détail et demande, les yeux toujours rivés sur Grio.

« C'est pas censé avoir trois têtes ? C'est... une espèce de modèle réduit ? Ou une mutation de votre invention ? »

Là encore pas d'agressivité. Juste une curiosité dévorante. Et même si Esmé m'avouait qu'il s'agit effectivement d'une espèce créée de toute pièce illégalement dans le cirque, ça n'aurait pas beaucoup d'impact. Honnêtement, on s'en fout. Tant qu'ils les tiennent en laisse et se mettent au service de l'Ombre, on peu fermer les yeux sur n'importe quoi.
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Ven 22 Fév 2013 - 22:04

Quand le Brigadier avait rappelé ce pauvre Lil’Ty, le Cygne Noir s’était tendue un peu plus. D’un simple regard, elle lui avait signifié qu’il avait plutôt intérêt à ne pas trop ouvrir sa grande bouche.

Esmé faisait généralement preuve d’une grande gentillesse avec les membres de la Troupe. Sauf si on avait le malheur de la contrarier. L’adolescent avait encore en mémoire quelques-uns de ses esclandres, ceux-là même qui avaient fait trembler les tentures du chapiteau et réveillé les Bêtes enfermées. Pour rien au monde il n’aurait voulu être l’auteur d’un tel trouble, aussi remplit-il son rôle à la perfection.

Satisfaite, elle lui avait adressé un clin d’œil avant qu’Arutha ne se retourne vers elle. Son amusement naissant ne lui avait pas échappé, bien qu’elle n’en avait rien laissé paraître, un haussement d’épaules et un petit sourire en coin pour seule réponse à sa question.

Finalement, peut-être parviendrait-elle à faire quelque chose du jeune Kark.

La Belle se fit encore une fois la réflexion lorsque ce dernier, après un moment d’hésitation, s’approcha de la cage de Grio. Derrière la suspicion, elle lut l’attrait involontaire qu’exerçait le Cerbère sur lui. Bien qu’il resta toujours en retrait, il avait abandonné le ton condescendant qu’il s’était permis d’employer avec elle depuis leur rencontre au profit d’une ambivalente curiosité.

Alors qu’elle caressait le pelage obscur de son Bébé, elle ne put s’empêcher d’être secrètement impressionnée. La plupart des gens qui avait l’honneur de se retrouver en la présence d’un de ses Fauves se montrait au mieux effrayé, au pire révulsé par la simple vue de ces erreurs de la nature. Mais pas le Brigadier. Aurait-elle enfin trouvé une légère faille dans la carapace d’acier de son interlocuteur ?

Black Swan était une femme de défi, le plus souvent guidée par un instinct aventureux et insouciant. Sa conscience professionnelle et les déterminismes de son éducation stricte lui intimaient de s’en tenir à des réponses neutres et de stopper son petit jeu avant qu’elle ne perde le contrôle. Il s’agissait tout de même le fils du Ministre, policier de surcroit, qui se tenait devant elle et non une nouvelle proie potentielle. Elle risquait trois générations d’une entreprise fabuleuse avec son impétuosité ridicule !

Pourtant, c’était si tentant … Il était là, devant elle, aux portes d’un monde dont il ignorait encore tout, tel un enfant auquel on offrirait une confiserie jusqu’ici interdite, dissimulé sous une épaisse couche de concupiscence.

Si Salomon avait surpris la scène, il aurait repris les rênes sur-le-champ et accueilli le jeune homme dans les règles de l’art.

Si Salomon avait eu vent des intentions de sa fille, la gifle qu’elle aurait reçue lui aurait fait passer l’envie de se mesurer à ce genre de forces.

Sauf que Salomon était ailleurs, occupé à régir le Chimeria de sa main de fer, et ce fut Esmé qui s’avança vers le jeune homme, la main toujours tendue, un sourire énigmatique ourlant ses lippes au carmin invisible sous l’épaisse couche de fard crémeux.

Elle avait gardé le silence un long moment, semblant ignorer l’interrogatoire du Brigadier, le fixant à nouveau de cet air pensif, comme si elle pesait chacune de ses pensées avant de les formuler à voix haute.

Cependant, lorsqu’elle reprit la parole, il apparut qu’elle savait exactement vers quel chemin le guider.


« Monsieur Kark, je crois que vous n’avez toujours pas compris. »


Son ton était exempt de toute moquerie, terriblement sérieux pour une femme dont l’on affirmait les mœurs si légères.

Ses doigts se refermèrent sur l’avant-bras du jeune homme. Aucune menace dans ce geste soudain. Aucune illusion pour venir le tirer vers le néant d’une macabre illusion. Juste le contact doux et brûlant de ses doigts à travers le tissu. Des doigts qui glissèrent jusqu’à la paume d’Arutha, l’étreignant délicatement pour l’entrainer vers l’intérieur de la cage.


« Vous demandez des faits à un univers basés sur des chimères … » reprit-elle en reculant, pas à pas, pour l’entrainer dans son sillage. « Vous ne voyez pas. Vous ne ressentez pas. Vous ne le vivez pas. »


Elle pivota en un mouvement gracieux, l’attirant derrière elle par la même occasion. Le vieux Cerbère n’était à présent plus qu’à quelques centimètres d’eux, désormais redressé sur ses quatre pattes avant. Ses pupilles jaunes fixaient le nouveau venu avec intérêt, une des truffes s’avançant vers le visage de la Foraine.

Si Arutha voulut reculer, le Cygne Noir devant lui l’en empêcha. Son corps, dont il pouvait désormais apprécier certaines de ses formes avantageuses, s’était plaqué contre son torse. Sa main toujours mêlée à la sienne, elle guida cette dernière jusqu’au museau frémissant.


« Nous ne créons pas de monstres, Monsieur Kark. Nous ne faisons que recueillir ceux que votre société de bien-pensants a jugés comme tels. Nous leur donnons une raison d’être, leur instant de gloire devant ce public qui, dans un autre contexte, les aurait abattu sans le moindre remord. »


Grio ne broncha pas, sa tête herculéenne venant simplement frôler l’étoffe qui recouvrait l’épaule du jeune homme tandis qu’Esmé tournait légèrement la tête afin de présenter son profil délicat à son Interlocuteur. Ses lèvres se mouvaient en un flot de murmures langoureux, glissant sur les syllabes, comme si elle voulait que chacune d’elles s’impriment dans sa conscience.


« Vous imaginez que l’on puisse leur faire du mal ? »
lui demanda-t-elle sur le même ton au moment où leurs doigts glissaient sur la fourrure jusqu’à l’encolure duveteuse où l’on pouvait sentir l’artère d’un cœur unique palpiter doucement. « Quel intérêt trouverions-nous à abuser d’eux ? »


Impossible de savoir si son discours énigmatique se rapportait uniquement aux les animaux ou s’il englobait tous les membres du Cirque, eux-mêmes réputés pour leurs singularités.

Depuis l’arrivée du Brigadier, Esmé avait, malgré ce qu’on l’on aurait pu croire, maintenu une certaine distance avec lui. Elle s’était bien gardé de tout comportement enjôleur, laissant seulement apparaître son naturel avenant et avait seulement mis en avant son statut d’héritière.

Voilà pourquoi, ses lèvres maintenant si près des siennes alors que la seconde tête de la Bête se mouvait silencieusement pour passer derrière eux sans les toucher, devait s’avérer particulièrement troublant, de même que la placidité de cet instant suspendu dans le temps.

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Ce message a été posté Ven 1 Mar 2013 - 1:13

Il y a quelques années - juste après avoir signé mon contrat d'embauche à la Brigade - quelqu'un m'a demandé pourquoi j'avais choisis de devenir policier. Je me souviens avoir balancé une réponse grandiloquente pour expliquer que j'aimais l'ordre, la discipline et le sens du service rendu à la nation. Un paquet de connerie vous vous dites ? Oui et non.... évidemment, je suis pas aussi droit et aussi moral que feu Lord Voldemort. Mais j'estime sincèrement qu'il faut des gens comme moi pour faire respecter les lois et les valeurs de notre société. Des sorciers rigoureux qui n'ont pas peur de se mouiller.... et qui ne craignent pas le danger.
Je parle bien sûr du faux danger. Le vrai - celui qui menace de vous arracher la vie avant que vous ayez eu le temps de battre des cils - tout le monde en a peur. Ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs, des imbéciles ou des évadés de Sainte-Mangouste. Le faux par contre, c'est addictif. Ce sont toutes ces fois où vous vous aventurez dans le noir sans prononcer le mot lumos ; où votre petite coeur bat la chamade et où vous vous donner l'illusion que vous ne savez pas ce qui vous attend. Mais en fait, vous êtes parfaitement conscient de ce que l'ombre vous réserve. Vous pouvez même prédire quel monstre va essayer de vous surprendre ! Et vous savez pertinemment que vous ressortirez de cet endroit vivant mais vous enfermez cette certitude dans un coffre invisible, quelque part dans l'antre de votre inconscient. Parce que c'est tellement plus drôle de croire qu'il y a un risque... tellement plus jouissif d'imaginer que c'est un vrai défi, de se laisser envahir par ce mélange d'incertitude et d'adrénaline.

C'est ça le faux danger. C'est ce que je vis la majorité du temps à la Brigade - parce que les terroristes capables de m'atteindre se comptent sur les doigts d'une main. Et ce que je vis en ce moment au Chimeria. La bête qui me fait face est monstrueuse, impressionnante et potentiellement dangereuse. Pénétrer dans sa cage est à la fois inutile et idiot. On croirait à un défi d'ados en manque d'idées... Pourtant, je vais quand même le faire. Et pas seulement parce qu'approcher un spécimen de cette espèce est rare et flatteur ; c'est aussi parce qu'inconsciemment j'ai la certitude qu'il ne m'arrivera rien. Réfléchissez : je suis le fils de Mervyn Kark, je suis un représentant officiel du ministère et je suis accompagné par Esmé Selwyn en personne - la dresseuse qui n'a osé m'effrayer qu'avec des illusions de pacotilles. Il est clair que je repartirai du cirque en un seul morceau. Cette conviction acquise, je me laisse gagner par le mirage de l'insécurité. Mon cerveau se retrouve assaillit par des " Regarde la taille de cette bête ! " et " Qui te dit qu'elle n'est pas féroce avec les inconnus ? "

Je laisse la main de la jeune femme glisser dans la mienne et la suit docilement à l'intérieur de la cage, sans pour autant lâcher des yeux le chien à deux têtes. On se rapproche du monstre et je sens tout à coup son souffle chaud contre mon torse. Je frémis tandis qu'un semblant d'angoisse me prive de voix. Je perçois Esmé qui se colle contre moi puis guide mon bras vers le haut. Toucher le monstre ? Tentant mais trop précipité à mon goût. Je tente de faire un pas en arrière mais la dresseuse m'en empêche. Dans d'autres circonstances je l'aurai envoyée paître avant de lui rappeler qu'une bonne femme n'a pas à me dicter ma conduite. Mais au vu de la situation, je n'ai d'autres choix que de m'incliner : le moindre geste brusque risquerait d'exciter la bête. Je la laisse donc diriger mes mouvements pour ne pas avoir à m'en soucier.

Mon attention est désormais partagée entre la contemplation de l'animal et le discours de sa maîtresse. J'essaie de ne pas en perdre une seule miette, de deviner les allusions qui se cachent derrière les mots. J'en repère plusieurs mais j'avoue que je ne suis pas tout à fait sûr qu'on soit sur la même longueur d'ondes. Doute qui se renforce lorsqu'elle tourne son visage vers le mien. Trop proche - beaucoup trop proche. Est-ce qu'elle est vraiment en train de.... J'ai pris son soudain rapprochement pour une nouvelle tentative de dissuasion, un moyen de m'empêcher de me dérober. Après tout, ce serait bien son style. Trop occupé à admirer le fauve, je n'ai pas cherché à me dégager.... et puis, pour le bien que m'a apporté ma ridicule tentative d'esquive dans le bureau tout à l'heure !

Mais maintenant qu'elle me dévore de ses grands yeux verts, je réalise que les limites sociales ont été franchies depuis longtemps. Et les signes qu'elle envoie sont on ne peut plus explicites : la proximité troublante de son corps, son regard, son incroyable calme... j'espérais un léchage de bottes en règle mais ça, c'est plus que j'en demandais - ou que je n'aurai osé imaginer. A moins que ce ne soit le seul "léchage de botte" qu'elle ne sache pratiquer ? Je perçois soudain la fille de l'est qui se cache derrière Miss Selwyn : Esmé, l'amante de Corvus. J'essaie de me remémorer les détails de nos conversations à son sujet. Certains me faisaient rire, d'autres m'arrachaient un haussement de sourcil étonné.... mais rien n'avait réussit à me dépouiller de ce sentiment de répugnance. Quelque soient ses prouesses, ses dons ou ses attraits, elle reste une artiste qui vit dans un cirque comme une vulgaire bohémienne, entourée de moins que rien. Un sacrilège quand on a le sang-pur ! Et c'est ce genre de sorcière qui prétend me faire de l'oeil ?

Partagé entre l'amusement et le mépris, je l'observe un long moment en conservant difficilement mon sérieux. Puis je craque et me fend d'un grand sourire.

« Aucun. Pour la simple et bonne raison que ce n'est pas nécessaire : vous dominez déjà. La société ne juge pas, la société voit les choses comme elles apparaissent. Et les êtres monstrueux, difformes ou indomptables n'ont pas leur place dans un monde discipliné et civilisé. Ce que nous voulons tous n'est ce pas ? »

Mon sourire s'élargit un peu plus. Sa famille adhère - ou doit adhérer - par défaut aux valeurs mangemorts : la pureté du sang, la hiérarchie du pouvoir, le conformisme aux vieilles traditions magiques.... En un mot : l'ordre. Espère-t-elle me faire croire que c'est compatible avec des fauves sauvages et incontrôlables ? Enfin quand je dis "fauves", je ne parle évidemment pas que des bêtes enfermées dans les cages du Chimeria. J'ai à mon tour opté pour des allusions couvées par des mots. Et je poursuis sur ma lancée :

« Le public ne s'extasie devant vos monstres que parce qu'il sait pertinemment que vous les maîtrisez. Mais s'il s’avère un jour qu'ils échappent à votre contrôle, ils seront les premiers à réclamer leur mise à mort, de peur qu'ils ne franchissent les limites du cirque et s'en prennent à eux. Ce que vous seriez contraints de faire pour votre propre sécurité. Donc les êtres.... disons différents, ne peuvent exister qu'à condition de montrer des signes de soumission à leurs maîtres. »

Du coin de l'oeil je cherche l'espèce de Cerbère et le repère juste derrière nous. Sa présence me procure un frisson... ou bien est-ce dû au souffle qui caresse ma nuque ? Celui du chien... ou de Miss Selwyn ? Doucement, je me penche vers son oreille et abandonne mon langage soutenu pour chuchoter encore plus bas :

« Entre nous, je regrette que mon éthique m'empêche de vérifier certaines rumeurs à votre propos. »

Ethique ? Quelle éthique ? Celle de ma profession, qui interdit d'avoir n'importe quelle relations douteuse au cours d'une mission ? Ou ma propre morale qui m'incite à penser que les Selwyn ne sont pas des sang-purs dignes de ce titre ? A elle d'en tirer les conclusions qu'elle veut....
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Dim 3 Mar 2013 - 22:13

Swanny avait grandi entourée d’une multitude de personnages aux profils aussi distincts les uns des autres qu’ils auraient pu l’être. Venus des quatre coins du monde, ils lui avaient apporté une richesse culturelle dont peu pouvaient se vanter.

Les Selwyn s’enorgueillaient de recueillir ces rebus de la société et aimaient aller les chercher dans les contrées les plus hostiles et les plus reculées. Ensuite, venait le temps de l’adaptation où ils devaient accepter le Chimeria comme leur seule demeure et les Sang-Purs, comme leurs propriétaires. Au final, chacun y trouvait son compte, surtout la Dresseuse, qui avait ainsi pu étendre sa palette d’observations avec la méticulosité d’une artiste peintre.

Les hommes étaient les plus faciles à cerner. Un simple regard, un poing serré ou même un tic au coin de la bouche suffisait à révéler la substance qu’ils tentaient de dissimuler sous leur masque de virilité. Aussi, s’en amuser était d’autant plus aisé pour une jeune femme aussi avisée.

Elle ne s’était donc pas trompée lorsqu’elle avait cru déceler la fascination que le Cerbère pouvait exercer sur le Brigadier. Soudain devenu docile, ce dernier se laissa entrainer et ne chercha même pas à se servir de sa baguette alors qu’elle guidait leurs doigts enlacés vers le pelage monstrueux.

Elle sentait ses propres paroles s’insinuer jusqu’à l’esprit déphasé de l’Héritier Kark et en éprouva une intense satisfaction. Sous ses airs militaires, le jeune homme semblait bien plus malléable qu’il n’en avait lui-même conscience et, il fallait l’avouer, c’était presque trop beau pour être vrai.

Preuve en fut du sourire qu’il esquissa en réaction à ses questions mielleuses. Un sourire qui n’avait rien d’aimable, de même que son petit discours sur l’importance des bonnes mœurs et la pérennité de la belle société sorcière, bien sous tous rapports.

En apparences.

Qui croyait-il tromper, au juste ? Sous prétexte qu’elle vivait entre les tentures du Chimeria, pensait-il qu’elle n’avait pas vent des travers de ces gens persuadés d’être supérieurs à eux ? Qui pensait-il être, au juste, pour juger leurs conditions d’existence ou même ce qu’ils étaient ? Le fils Kark ! La belle affaire ! Sans son père, ce petit crétin n’était rien. Rien d’autre qu’un gosse parvenu à son statut grâce au bon-vouloir de Papa.

D’eux deux, c’était bien lui qui n’avait aucune valeur à ses yeux et elle dû se contenir pour ne pas ordonner à Grio d’arracher la tête à ce merdeux. Il avait bien raison quand il parlait d’emprise sur les Monstres, car si elle n’était pas aussi consciencieuse et la Bête autour d’eux un peu moins stupide, il était sûr qu’il ne serait pas ressorti du Cirque. Tout court.

Car si jusqu'ici, il avait provoqué un certain intérêt chez la Dresseuse, l’amusement avait fait place à une vague de haine pure et dure envers cet archétype de la caste étroite d’esprit qui se permettait de les cataloguer.

Elle imaginait ses Bébés éviscérés, lapidés. Prédateurs devenus les proies d’une populace assoiffée de ce qu’ils osaient appeler justice. Elle voyait ses amis, ses collègues, se faire huer, caillasser et jeter à la rue telles des erreurs de la nature. Cela avait déjà failli arriver.

Et le Brigadier était tout désigné pour mettre ce genre de menaces à exécution.

Les lèvres d’Arutha glissèrent jusqu’à son oreille pour prononcer la dernière phrase à laquelle elle aurait cru pouvoir s’attendre de sa part. La phrase de trop.


« Entre nous, je regrette que mon éthique m'empêche de vérifier certaines rumeurs à votre propos. »


Elle était parvenue à conserver son masque candide, comme si elle était seulement soucieuse de lui démontrer la beauté de leur entreprise et d’adoucir le fiel d’un policier un peu trop zélé. Elle avait accueilli ses menaces à peine voilées, ses insultes détournées de la même manière qu’elle encaissait celles de tous ceux qui l’avaient précédé et de tous les autres détracteurs. Avec le sourire.

Sauf que celui-ci s’effaça tandis qu’un frisson lui parcourait l’échine, les muscles de ses épaules se contractant alors qu’il prolongeait le contact. Alors qu’elle lui inspirait autant de répulsion, pourquoi se penchait-il vers elle au lieu de se reculer ?

A cet instant, elle se rendit compte que la conversation prenait un virage inédit. C’était personnel. Il s’attaquait directement au Cygne Noir. La hargne qu’elle avait ressentie mais avait maîtrisée s’était muée en véritable révulsion.


« Grio ! Couché ! » ordonna-t-elle d’une voix sifflante.


La Créature qui continuait son ballet curieux autour d’eux se figea soudainement, ses oreilles se dressant sous l’intonation de sa maîtresse. La fourrure s’échappa de sous leurs doigts alors que le Cerbère les délaissait pour aller se coucher dans un coin de la vaste cage, ses deux têtes immenses reposant sur le sol, ses pupilles jaunes disparaissant sous ses lourdes paupières.

A présent, il n’y avait plus que les deux jeunes gens. Plus aucune autre présence, rien d’autre qui put rappeler une quelconque implication du Cirque si ce n’était la jeune femme elle-même. Et puisque le jeune homme avait voulu s’adresser à elle, non au Chimeria, alors il obtiendrait son dû.

Au lieu de s’écarter de lui pour lui faire face, elle se contenta de lâcher sa main, sans esquisser le moindre mouvement supplémentaire. Toujours de profil, son faciès d’albâtre retrouva son sourire.


« Paraît-il, nombre de rumeurs courent sur mon compte. »
répliqua-t-elle sur le même ton chuchotant qu’il avait employé. « L’une d’entre elles, bien plus intéressantes que les autres, voudrait que j’apporte une attention très particulière à mon public. Beaucoup s’étonnent que je les remette alors que les tribunes sont la plupart du temps plongées dans le noir pendant le spectacle. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que j’aime rester en coulisses, voire qu’il m’arrive de me mêler à la foule sans mes atours, pour les observer. Eux n’ont aucune idée de ma présence alors que moi, en revanche, j’ai tout le loisir de les examiner. »


Ses lippes avaient recommencé leur danse enjôleuse, contrastant avec le stoïcisme du reste de son corps. Sa réponse était étrange, loin du sujet de départ. Alors où voulait-elle en venir exactement ?


« En particulier ceux qui cherchent à se dissimuler sous des artifices ridicules, soucieux de ne pas être vus en ce lieu. Ce sont d’ailleurs les plus intéressants. Car voyez-vous, Monsieur Kark, bien au-delà de la peur, c’est la honte que je reconnais le mieux. Celle-ci souvent dictée par ce qu'ils appellent ... Comment déjà ? Peut-être est-ce l'éthique. Comprenez-vous où je veux en venir ? »


Elle pivota brusquement et se retrouve face à lui. Son regard n’était plus que deux prunelles malicieuses. Bluffait-elle ou avait-elle réellement surpris Arutha un soir où il avait assisté au show à visage masqué ? Rien dans son expression ne permettait de déceler ni le mensonge ni une potentielle vérité.


« Y a-t-il d’autres rumeurs dont vous souhaiteriez m’entretenir ? »


Une chose était certaine, la tendance s’inversait dangereusement si, alors qu’il en pointait les attributs exécrables, le jeune homme avait bravé ses propres codes moraux pour venir se mêler au bas-peuple et qu’elle était au fait de cette incartade.

Bien qu’elle se soit retournée, la Belle avait conservé leur ambivalente promiscuité. Si l’un de ces ragots vantait sa témérité, là également, il était fondé.

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Ce message a été posté Lun 4 Mar 2013 - 11:30

J'attends patiemment qu'elle blêmisse. Que son sourire se fane, que sa main abandonne la mienne et que son regard reflète la honte qu'elle ne pourra s'empêcher de ressentir. Je veux qu'elle courbe l'échine, qu'elle baisse les yeux et qu'elle réalise à quel point elle est ridicule. Pourtant, elle avait bien commencé... les illusions dans le bureau étaient un très beau coup. Flippant et désagréable certes mais bien joué ! C'était probablement la meilleure manière d'obtenir mon attention - ou en tout cas la meilleure parmi celles qui n'exigent ni de se déshabiller ni de lancer de maléfices. A côté de ça, sa tentative de séduction est une triste blague. Je suis déçu : je m'attendais à beaucoup mieux de sa part. Heureusement qu'il me reste la satisfaction de la rejeter (en l'humiliant comme il faut au passage). Le sourire aux lèvres, je prends un malin plaisir à lui exposer mon point de vue. Je conclue avec une pique savoureuse et.... j'attends. Normalement, le moment où elle craque et s'avoue vaincue ne devrait plus tarder. Maintenant.... dans quelques secondes. Ou une petite minute, selon la résistance de la demoiselle. Sans me décourager, j'attends, j'attends, j'attends.... et rien ne vient.

Si son sourire s'est bel et bien évaporé, je n'ai pas droit aux pleurs et aux confessions qui suivent habituellement ce genre de discours. Bizarre : j'étais persuadé que toutes les bonnes femmes adoraient faire la démonstration de leurs talents mélo-dramatiques quand on leur offrent l'occasion.

« Grio ! Couché ! »

Je tressaille lorsqu'elle scande le nom du fauve. Je l'avoue, l'idée folle qu'elle puisse l'utiliser contre moi m'a traversé l'esprit. Je suis même à deux doigts de dégainer avant qu'elle ne balaie mes doutes. Cette hésitation ne lui aura probablement pas échappé... pas plus que le relâchement de mes muscles lorsque je vois le fauve s'éloigner.
Et maintenant ? Aurai-je droit aux fameux épanchements tragiques ? Le sourire toujours scotché aux lèvres, je l'écoute discourir sur les dites rumeurs sans comprendre où elle veut en venir.... pas tout de suite en tout cas. Ce n'est qu'à la mention des artifices que je perds mon air rieur ; elle sait. Bordel de scroutt ! Depuis tout ce temps elle sait et elle se fout de moi ! Je comprends soudain que tout n'est que mise en scène : les illusions, le garçon de cirque, ce soit disant prétexte pour m'entraîner dans la cage de Cerbère... tout ! Connasse d'actrice ! La colère repointe le bout de son nez. Qu'elle balance que je suis un client régulier du Chimeria ne serait pas si désastreux au fond : je ne risque pas grand chose si ce n'est les moqueries de certaines personnes et le regard blasé d'autres - pas besoin de noms, vous savez de qui je veux parler. Mais qu'elle lance ça sous forme de menace ? Qu'elle me fasse passer pour le dindon de la farce ? Et qu'en plus elle me renvoie mon éthique en pleine gueule, elle qui n'en a aucune ? C'est intolérable !

D'ailleurs, je lui aurai déjà répondu sur un autre ton s'il n'y avait pas le cerbère dans la cage. Trop conscient de ce que des cris risqueraient de provoquer, je me force à respirer pour ne pas exploser. La raison me souffle que je ferai mieux de sortir mais je m'y refuse : je n'ai pas l'intention de lui céder du terrain ! Elle m'a amené jusqu'ici, j'y reste... et j'y plante mon drapeau. Une trentaine de secondes s'écoulent avant que je ne parvienne à nouveau à chuchoter :

« Des tas. Toutes celles qui m'ont amenées ici en fait. Mieux ne vaut pas de les prendre à la légère puisque d'elles seules dépend la fermeture ou non du Chimeria. »

Je suis en train de faire une connerie. Je le sais aussi certainement que mon nom de famille. Je franchis des limites dangereuses et je risque à tout moment de tomber dans un filet du diable.... ou de réveiller le dragon qui dort. Si elle est capable de faire apparaître des chimères cauchemardesques sous le simple prétexte que je refuse de l'écouter, je n'ose pas imaginer ce que va provoquer la véritable menace de fermer son cher cirque. Je ne suis pas venu là pour défendre ma peau contre des fauves. Encore moins pour ajouter une liste d'ennemis aux Karks ; on en a déjà bien assez. Il faut que je remettre le train sur les rails et vite :

« Je n'ai plus le temps de jouer. », je crache un peu plus fort. « Soit vous arrêtez votre numéro de diva et prouvez que les Selwyns n'ont rien à se reprocher. Soit vous me conduisez auprès de votre père et retournez vous amusez seule avec vos monstres. »

Et sans accorder un regard à la bête en question, je me dirige vers la sortie de la cage. Plus tôt on finira ce tour de la propriété, plus tôt je pourrai transplaner.... pour ne jamais revenir. Pas même sous une cape enchantée.
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Esmé Selwyn
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Ce message a été posté Jeu 7 Mar 2013 - 1:06

En d’autres circonstances, la jeune femme ce serait contenté de lui concocter un petit scénario de son cru, juste pour le plaisir de l’entendre hurler et réclamer sa génitrice. Sauf qu’encore une fois, elle était pieds et poings liés par le patronyme du Brigadier et elle ne pouvait se permettre de lui rejouer la scène de terreur. Car c’était certain, cette fois-ci, c’était elle qui finirait entre quatre murs et elle avait depuis longtemps décidé que la tenue d’Azkaban ne seyait pas à son joli teint de poupée.

Aussi, voir le visage de Bébé Kark se décomposer sous l’effet de ses paroles fut encore plus délectable qu’elle ne se l’était imaginé.

Pourquoi faire appel à des Chimères quand une habile manipulation du verbe pouvait avoir le même impact ?

Qu’elle l’eut véritablement reconnu ou non, la menace avait plané, féroce. Certes, il ne serait pas jeté à la rue pour ce petit écart, il serait tout au plus le sujet de quelques moqueries dans les hautes sphères. Mais elle avait atteint sa cible en pleine fierté ; la réputation d’un Kark ne s’achetait pas et nul doute que Papa apprécierait très peu ce genre de colportages, aussi indignes d’intérêt soient-ils.

Et pourtant, malgré le fait qu’elle ait trouvé un moyen de pression, malgré le fait qu’un Molosse se trouvait à proximité, le jeune homme restait obstinément buté sur son objectif. A en devenir presque lassant.


« Des tas. Toutes celles qui m'ont amenées ici en fait. Mieux ne vaut pas de les prendre à la légère puisque d'elles seules dépend la fermeture ou non du Chimeria. »


La Dresseuse arqua un sourcil tandis que sur ses lèvres s’étendait un large sourire moqueur.

Etait-il vraiment sérieux ? Non content d’avouer lui-même que son travail ne reposait que sur un principe de délations abscontes, il s’imaginait, lui, petit policier, pouvoir à lui seul fermer un monument du divertissement londonien d’un simple claquement de doigt. Ce type ne manquait décidément pas de toupet, à défaut de d’être doté d’une réelle confiance en lui.

Esmé était bien placée pour savoir que lorsqu’on pensait véritablement posséder la valeur que l’on s’accordait, il n’était pas nécessaire de le faire savoir au monde entier. Preuve en était, son propre complexe de supériorité était basé sur tout ce qu’elle voulait prouver. A elle-même, à son père, à son public qui attendait tant d’elle. Son contraire n’était jamais bien loin.

Ainsi, les deux jeunes gens avaient un point en commun, mais pour rien au monde elle ne se le serait avoué. Cela aurait revenu à dire qu’il pouvait lui être potentiellement sympathique.

Et pour l’instant, elle avait plutôt l’intention d’en faire son dîner.


« Je n'ai plus le temps de jouer. Soit vous arrêtez votre numéro de diva et prouvez que les Selwyns n'ont rien à se reprocher. Soit vous me conduisez auprès de votre père et retournez vous amusez seule avec vos monstres. »


En parlant de monstres, Grio choisit ce moment pour émettre un bâillement sonore, sa gueule gigantesque s’ouvrant en même temps que l’une de ses paires d’yeux. Apparemment, les choses s’agitaient un peu trop à son goût. Arutha était retourné vers la sortie de la cage et tentait d’en ouvrir la porte, bien décidé, semblait-il, à joindre le geste à la parole.

Sauf que les barreaux restèrent obstinément clos. C’est alors qu’un petit tintement métallique retentit derrière lui. Le Cygne Noir agitait une clef en argent au bout de son doigt ganté, le même sourire accroché à ses lèvres.


« Vous l’avez dit, Monsieur Kark, j’ai bien trop d’ascendant sur mes Bébés pour avoir besoin de les molester. Preuve numéro un. » répliqua-t-elle enfin, se repaissant de la colère du Brigadier avec un plaisir non dissimulé. « Quant à la sécurité, vous êtes, à cet instant même, en train de juger qu’elle rentre parfaitement dans les normes. A défaut de ceux qui s’en occupent et qui vous répugnent tant. Preuve numéro deux. »


Si le Garçon n’avait plus aucune envie de jouer, la Belle n’avait pas sonné la fin de la partie. C’était son Cirque, ses règles.

Les grilles se refermaient automatiquement pour se sceller de manière hermétique, il en était toujours ainsi. Seuls quelques rares membres de la Troupe pouvaient entrer dans les cages et en sortir. Son seul salut reposait donc dans l’objet qu’elle tenait en main et dont elle ne paraissait pas prête à faire usage.

Douce vengeance d’une autre forte tête qui n’aimait décidément pas qu’on la traite avec aussi peu d’égards. Il était peut-être un Kark, avec ses codes, ses diktats et ses préjugés, mais elle était une Selwyn, une Gryffondor et une Ombre qui avait gagné chacun de ces statuts. Peut-être était-il en train de prendre conscience que c’était l’une des pires adversaires qu’il pouvait trouver. Manipulatrice, calculatrice, aussi venimeuse qu’un serpent et mauvaise comme une hyène. Choses que les rumeurs de la belle société se gardaient bien de mentionner et qu'il découvrait à ses dépends. Bien qu'il n'aurait sûrement pas envie d'aller s'en vanter.

Il voulait s’en prendre au Chimeria ? Réellement ? Pas seulement pour le plaisir de venir faire un tour en coulisses mais davantage pour faire son intéressant et ajouter un trophée à son palmarès inexistant ? Très bien. Alors autant le traiter comme il le méritait.

La clef fut happée dans sa paume alors qu’elle fermait brusquement le poing. Cette fois, le sourire de la Foraine s’évanouit.


« Voilà comment les choses vont se passer, maintenant. »
reprit-elle d’un ton doucereux. « Vous allez changer de ton et vous adresser à moi comme à un témoin utile à votre enquête, comme n’importe quel policier un tant soit peu intègre tel vous affirmez être le ferait. Vous allez mettre en pratique vos principes et respecter la pureté de mon sang, de même que les engagements que nous avons pris auprès de Monsieur le Ministre et qui, il faut le dire, ne sont pas négligeables. En échange, je m’engage à vous montrer tout ce qu’il vous plaira, à me plier à vos exigences et même à faire comme si vous ne m’étiez pas totalement antipathique. »


Le Cerbère les surveillait du coin de l’oeil. Le lien qui existait entre Swanny et ses Fauves n’allait pas que dans un sens. Ce qui s’établissait entre eux lorsqu’elle avait réussi à les amadouer était souvent indéfectible. Jusqu’à leur mort, ces derniers lui appartenaient autant qu’ils la possédaient. Aussi, ce constat, en complément de leur instinct, leur permettait-il de ressentir certaines émotions puissantes émanant de leur Maîtresse.

Et à n’en pas douter, à cet instant précis, Arutha représentait pour elle une menace.


« Je peux même vous donner un peu plus de grain à moudre, puisque vous désirez mener vos investigations avec tant d’ardeur. » ajouta-t-elle en s’approchant de lui d’un pas léger. « Ce soir, quelqu’un a saboté le fil sur lequel j’ai marché. Si mes collègues n’étaient pas aussi réactifs et si j’étais un peu moins agile, je n’aurais certainement pas survécu à la chute à laquelle j’ai eu droit. Je suis à peu près certaine que votre présence ici n’est pas étrangère à cet événement. Voyez-vous, je parierais que celui qui a tenté de me tuer se trouve non seulement toujours entre nos murs, mais également qu’il est l’auteur de la plainte ridicule qui vous a été transmise. A vous, Monsieur Kark, et pas à un autre. Quel bel hasard, n’est-ce pas ? »


Les Selwyn n’avaient jamais évoqué leur appartenance aux Ombres devant leurs employés. Ces derniers étaient, pour la plupart, venus de bien trop loin pour s’intéresser à ces histoires de factions et se contentaient de se plier à la loi, retranchés entre les tentures du Chimeria. Néanmoins, même ces dernières pouvaient avoir des oreilles et une conversation surprise était tout à fait possible … Sans compter la dispute qu’Esmé avait surprise entre Salomon et l’Homme quelques jours plus tôt.

Les pièces du puzzle commençaient à s’assembler et elle réalisait que si le Brigadier se décidait enfin à adopter une attitude professionnelle, alors il pourrait y trouver plus que son compte dans son passage au Chimeria.


« Arrêter un meurtrier en puissance doublé d’un escroc, qu’en pensez-vous ? Je suis sûre que votre hiérarchie apprécierait le geste. »



Enfin, elle introduisit la clef dans la serrure. Un déclic se fit. Il était libre. Le reste ne dépendrait plus que de la réponse et de ce qu’il avait si joliment appelé son « éthique ».

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Ce message a été posté Mar 12 Mar 2013 - 20:48

Du coin de l'oeil, j'aperçois le monstre ouvrir la gueule. Ses paupières se soulèvent et ses gros yeux jaunes rencontrent les miens. Je me mets subitement à accélérer. Mes doigts agrippent les barreaux de la porte et... rien. La grille reste immobile. Mon sang se glace. Encore un tour de Miss Selwyn, à n'en pas douter ! Sauf que cette fois elle va trop loin. Elle ne le sait pas encore, mais elle est en train de faire une énorme connerie. L'air franchement contrarié, je me retourne vers la dresseuse de fauves. Comme pour empirer la situation, elle agite une petite clé en argent. La colère regagne du terrain. Merlin pas ça. Tous sauf ça !

« Vous.... »

Je m'interromps en réalisant que je parle beaucoup trop fort.... et que je pointe un doigt menaçant sur la demoiselle. C'est un réflexe qui pourrait me coûter très cher. Je jette un regard au cerbère puis me force à baisser le bras. Il faut que je respire, que je me décrispe, que je me calme. Si je me laisse aller, la situation va devenir infernale. Si je me laisse aller, l'un de nous deux va y laisser la vie.... si ce n'est pas les deux. Il faut à tout prix qu'elle m'écoute et qu'elle comprenne. Elle a peut être entendu des rumeurs sur mon compte mais elle n'est sûrement pas consciente de quoi je suis capable quand on me pousse dans mes retranchements. Si c'était le cas, elle ne continuerait pas sa démonstration ridicule en agitant les clés. Preuve numéro deux... comme si ça avait la moindre importance ! Je la coupe en m'efforçant de chuchoter - ai-je besoin de préciser que c'est un échec ?

« Vous êtes en train de faire une énorme connerie ! Votre putain de monstre est pas le seul problème ici, on est....»

« Vous allez changer de ton et vous adresser à moi... »

« ... en danger dans cette cage. Ecoute moi sale co... »

Un grognement me réduit de nouveau au silence. Bordel de scroutt ! Ca va arriver. Je vais perdre les pédales, me mettre à gueuler, et le cerbère va m'attaquer. J'aurai le temps de lui lancer un sort, peut être deux, mais il finira forcément par me blesser..... et me bouffer. A moins qu'elle ne l'arrête. Est-ce qu'elle l'arrêterait ? Ce matin, j'aurai répondu oui sans hésitation. Mais ayant découvert sa duplicité, je ne suis plus sûr de rien. Si seulement elle pouvait se montrer raisonnable et me laisser sortir avant que ça dégénère. Au lieu de ça, elle poursuit son petit discours on ne peut moins conventionnel.. Je m'accroche aux mots comme à une bouée de sauvetage. Rester sur terre, garder la tête froide, garder les idées claires. " Ecoute-la. Respire. Ne laisse pas la rage t'envahir. Ecoute la. Reste ici.". Elle parle de grain. Non pas de grain, d'investigation. Et d'un sabotage. " Concentre-toi.". J'inspire bruyamment sans me soucier de l'humiliation. Ce n'est qu'un détail épidermique en comparaison de ce qui se joue là, dans ma tête.
L'air facilite la circulation du sang. Mon cerveau s'allège et les mots de mon interlocutrice arrivent de plus en plus facilement. Finalement on a peut être une chance de s'en sortir. Les yeux fixés sur les siens, je m'efforce de nous sortir de ce filet du diable. Et lorsqu'enfin elle demande mon assentiment, je hoche la tête. J'essaie de trouver une réponse éloquente mais rien ne me vient à l'esprit.

« Parfait.», je lâche d'une voix rauque.

Seule mon obstination à avoir le dernier mot m'a poussé à ouvrir la bouche. Mais bien sûr rien n'est parfait. Pas tant que je serai là. Heureusement, elle semble enfin satisfaite et consent à me rendre ma liberté. Je dois faire appel à toute ma volonté pour ne pas me jeter dehors la tête la première. Adieu le fauve ! Et dommage pour toi : j'aurai été un dîner très ragoûtant. Une fois à l'extérieur, je m'éloigne de quelques pas. J'attends d'entendre le cliquetis indiquant que la cage est belle et bien refermée pour revenir vers ma guide. Je l'observe longuement, ouvre la bouche pour la traiter d'imbécile finie puis me ravise. On vient de frôler une catastrophe et je n'ai qu'une envie : rentrer chez moi !.... et demander à Hunter pourquoi il s'est entiché d'une folle aussi dangereuse. J'étouffe donc mon obsession pour la vengeance, ravale les dizaines d'insultes qui me traversent l'esprit et reprend, la voix toujours rauque.

« Hm... si on regagnait votre bureau ? »

Je suppose que les choses seront moins compliquées, assis en sécurité dans un fauteuil. Je la laisse prendre les devants et retraverse le pan de toile derrière elle. Nous venons juste de sortir quand une ombre bondit dans ma direction. Un simple chat en fait.... sauf que je ne prends pas la peine de regarder, encore trop troublé par l'incident manqué. Je fais un écart sur la droite et me prends les pieds dans une coiffeuse, une commode ou je sais pas trop ce que c'est. Je me vois tomber au ralentit, ma cape mauve ondule élégamment - ou pas - devant mes yeux et je me rattrape au premier truc qui me tombe sous la main.... vous voulez un dessin ? Mon poids nous entraîne tous les deux au sol et je m’aplatis juste à côté d'elle. Trop près d'elle pour dire la vérité ; je suis couché sur son bras gauche et mes doigts sont restés agrippés à son épaule. Pressé de me relever, j'essaie de la repousser... et réalise trop tard que je viens de poser la main sur son sein gauche. Mais le pire, c'est qu'il faut plusieurs secondes pour que ça monte au cerveau. De longues secondes où je l'observe muet, indécis, pétrifié. Bordel de scroutt de slip de Morgane dégénérée. D'un mouvement sec, je retire ma main et attrape le coin d'un meuble. Appuyé à la commode, je réussis enfin à me redresser. J'ai le souffle court, les joues en feu et un sentiment d'humiliation indescriptible.

« Mes excuses. Et on oublie ça. », je marmonne très vite.

Mon ton se fait mi-menaçant, mi-suppliant. Si elle accepte de passer l'éponge, de se la fermer et de faire comme si de rien n'était, je jure de ne plus jamais remettre les pieds au Chimeria. Plus jamais ! Plus jamais ça.




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Ce message a été posté Ven 5 Avr 2013 - 21:05

C’était une manœuvre délicate que la Dresseuse avait entamé là. Non seulement elle avait acculé le jeune Kark dans la cage, le narguant sans vergogne tandis que la clef de leur salut pendait au bout de ses doigts, mais en plus, elle s’était permise un discours autoritaire qui contrastait terriblement avec ses jolis mots nébuleux et ses tentatives de manipulations habiles précédents.

Pour sa défense, on ne pouvait pas dire que jusque-là, son Interlocuteur se soit montré très coopératif. Excepté le moment de la rencontre avec Grio – qui avait eu le mérite de lui clouer le bec – il n’avait cessé de tenter de démonter le Chimeria pierre par pierre à coups de préjugés, faute de preuves.

Il ne fallait donc pas s’étonner qu’il s’y casse les dents et qu’elle abuse de son expérience du terrain pour tenter de l’user de la même manière.

Et puis, le voir si décontenancé, au bord de l’apoplexie, essayer de contrôler ses nerfs à vif, tout à fait conscient qu’il n’avait aucun moyen de sortir vivant de cette cage sans son aide … Vraiment, c’était délicieux. Et périlleux. Mais ne disait-on pas que la faim justifiait les moyens ?

Le Brigadier semblait parvenir à retrouver une certaine maîtrise. Le Cygne Noir connaissait les crises de colère fulgurante, elle savait comme il était aisé de s’abandonner à sa rage, le poids entre les côtes, les muscles tendus, l’esprit en ébullition qui ne réclamait qu’une chose : le chaos. Se faire entendre, quitte à tout dévaster sur son passage. Aussi avait-elle conscience de la souffrance qu’il s’était infligé en s’empêchant de se laisser aller à ses pulsions. La sensation d’étouffement pendant quelques secondes qui paraissait une éternité.

Elle accueillait chacune de ses hypothèses comme des mets délicats. Elle les savourait, les laissait fondre sous sa langue qu’elle passait sur ses lèvres, caresser son palais où son discours résonnait jusqu’aux oreilles de son Interlocuteur. Peu lui importait les interruptions malhabiles du Bébé Kark, elle n’éprouvait que ses propres sensations mêlées à celles de la présence imposante du Cerbère Hybride qui, s’il avait pu, aurait adressé un regard narquois à Arutha lorsque ce dernier put enfin répondre correctement.


« Parfait.»


La grille est ouverte. Il est enfin libre. Black Swan referme derrière elle, le jauge. Il ouvre la bouche. Se ravise. Il étouffe encore un peu. Elle est redevenue impassible. Va-t-il oser ? Maintenant la menace de Grio écarté, lâchera-t-il ses propres chiens ?


« Hm... si on regagnait votre bureau ? »


Apparemment pas.

Un sourire goguenard plus tard, la Belle lui a fait signe de le suivre. Monsieur Kark eut du mal à tenir sur ses jambes. C’était souvent comme ça, quand on découvrait les coulisses. Tout n’était pas que beauté de technique et de perfection. Pour les moins chanceux, les plus avides et surtout, les plus téméraires, ils découvraient ce que les Selwyn maîtrisaient le mieux, ce qui justifiait leur compte en banque bien garni et l’inébranlable Chapiteau : la peur. Tout un art, vous diraient-ils, rengorgés de fierté.

Toute à sa satisfaction et à son plan pour la suite des événements, la Belle n’a pas senti la chute venir. D’un coup d’un seul, un poids a fondu sur elle, trop lourd pour son gabarit pris par surprise. Elle échappa une exclamation et une fraction de seconde plus tard, son dos heurtait douloureusement le sol, aux côtés du Brigadier qui …

… Qui avait la main sur son sein ! Non mais c’était quoi, ça ?! Sa fameuse "éthique" ?

Leurs regards hébétés se croisèrent. Un ange passa une nouvelle fois avant qu’il ne retire enfin ses doigts sous l’éclat de rire de la Dresseuse.

Agile, cette dernière se redressa sans aucun soutien, toujours secouée par un fou-rire terrible. Ce crétin s’arrangeait même pour provoquer l'infortune tellement il était empoté ! S’il lui avait fallu un autre prétexte pour le trouver pathétique, il venait de le lui offrir sur un plateau. En plus, il lui présentait ses excuses, le visage embrasé par l’embarras. Oublier ? Il pouvait compter sur elle pour que cela n’arrive jamais. Certes, elle n’irait pas le crier sur les toits mais … Mh … Elle avait bien le temps de lui jouer un dernier petit tour …

Roulant ostensiblement des hanches, ses émeraudes le fixant par-dessous ses longs cils fardés, elle a soudain retrouvé tout son sérieux et s’est approché de lui pour venir lui murmurer à l’oreille :


« C’est ce que j’appelle une technique d’approche intéressante. Plutôt sauvage, mais intéressante. »


Et … Elle déposa un rapide baiser sur la mâchoire du jeune homme, juste sous son lobe. Tout cela n’avait duré qu’un bref moment, juste assez pour en rajouter à la honte de ce cher Arutha, mais pas suffisant pour qu’il puisse réagir comme il se doit. Fourbe et mauvaise comme il se doit, elle a déjà repris son chemin vers la sortie.


« Eh bien ! Dépêchez-vous, on ne va pas y passer la nuit ! » l’invectiva-t-elle, le ton redevenu professionnel.


Quand ils rejoignirent le cœur des coulisses, c’était comme si rien ne s’était passé. Tout du moins pour la Foraine. Elle extirpa un objet d’une poche habilement dissimulée dans les plis de sa tenue. L’artefact en forme de cygne lui indiqua l’heure : le spectacle était bientôt terminé.


« Personne ne peut sortir du Cirque durant le show sans que Bill ou Phil n’en soient informés. Soit ce fils de Phénix est encore au Chimeria, soit il s’est fait la belle mais ils l’auraient reconnu et ils m’auraient averti … » reprit-elle. « Retournons au bureau de mon père, peut-être en saurons-nous davantage. »


Elle observait autour d’elle. L’effervescence était retombée. La plupart des Saltimbanques étaient en train de ranger le matériel, de défaire les enchantements. D’autres étaient amassés derrière les tentures qui les séparaient de la scène pour jeter un œil par les fentes et observer ce qui se déroulait sans eux et attendant le rappel.

Ils firent la route inverse pour rejoindre la roulotte. D’autres étaient illuminées à présent bien que le silence régna toujours en maître. Elle poussa la porte sans prendre la peine de frapper, persuadée que personne, outre l’un des vigiles, ne puisse s’y trouver à cette heure.

Elle se stoppa brusquement sur le seuil. Son père était assis derrière son bureau et un homme lui faisait face. Le même qu’Esmé avait aperçu quelques jours plus tôt, tout aussi fou de rage, sa baguette visant le visage de son père. Il pivota sur lui-même et un rictus déforma ses lèvres.


« Oh ! Tenez ! Regardez qui est toujours en vie ! » railla-t-il, pointant désormais sa baguette sur la jeune femme qui n’avait pas bougé.


Par réflexe, elle avait immédiatement repoussé Arutha sur le côté. L’encadrement était bas et étroit, ainsi, le temps que l’Agresseur se retourne, elle était parvenue à cacher le Brigadier à sa vue. Où était donc passée l’arme du patriarche Selwyn ? Comment étaient-ils arrivés ici sans que personne n’ait rien remarqué ?


« C’est qu’il est coriace l’oisillon ! Mais cette fois, je vais pas rater mon coup ! »


Le bonhomme semblait ne rien avoir à perdre. Il avait l’expression de celui qui était prêt à tout pour exécuter sa vengeance, quelle qu’elle fut et qu'il avait toute l'étape d'une longue agonie en tête.

Si elle usait de sa vivacité pour s’écarter de sa ligne de mire, il s’en retournerait immédiatement vers son père. Ce dernier en avait profité pour se lever lentement, silencieux comme un félin malgré son âge avancé. Sans magie, aucune des chimères de la pièce truffée de dispositifs ne pouvaient s’activer, sauf si Salomon parvenait, ainsi qu'il tentait de le faire, à atteindre l'un des mécanismes manuels ... A l'autre bout de la pièce.

Elle s’avança. Elle espérait que le Brigadier prenait bien la mesure de la situation et ne foncerait pas dans le tas. De plus, elle ne pouvait pas récupérer sa propre baguette tant qu’elle était la cible.

Et soudain, elle esquissa un pas en arrière et attrapa le bras du jeune Kark pour le faire subitement apparaître dans le champ de vision de l’Homme.

A défaut de magie, elle avait besoin d’une diversion. Et elle espérait que le Brigadier avait obtenu son grade avec un minimum de mérite car c’était vers lui que le sort fusait tout à coup …

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Ce message a été posté Mar 16 Avr 2013 - 19:53

Non. Non, non, non. J'hallucine. Elle a pas osé... elle a pas fait ce que je crois qu'elle a fait. Black Swan ? Poser ses lèvres sur moi ? Cette saltimbanque de bas étage qui traîne avec les basiques, les gitans et les bouffons venus d'on ne sait quel coin sale et reculé du monde ! Comment a-t-elle seulement pu s'imaginer qu'elle pourrait m'infliger un baiser ? Ceux des personnes extérieures à la famille - comme Violet par exemple - sont déjà à la limite du tolérable alors venant d'une femme comme elle, sans manières et sans vertu.... Par Merlin, c'est presque comme si j'avais emballé une basique trois. Sidéré, je reste cloué plusieurs secondes dans le couloir. A part le réflexe stupide qui m'a conduit à m'essuyer la joue en grimaçant, je n'ai pas bougé d'un poil. Il faut que la coupable me rappelle à l'ordre pour que je redescende enfin sur terre :

« Eh bien ! Dépêchez-vous, on ne va pas y passer la nuit ! »

Grognasse ! D'un pas rapide, je la rejoins et marche à sa hauteur - ou à quelques centimètres à peine derrière elle lorsque l'étroitesse du chemin nous oblige à avancer en file indienne. Pas question de la laisser me devancer : elle va vraiment finir par croire qu'elle domine. " Si tu t'étais pas ridiculisé aussi royalement aussi.... " Oh ça va ! Mais je n'aurai pas dû m'excuser comme ça, comme un voleur prit la main dans le sac. On m'y reprendra plus. Pas plus que pour le baiser surprise - que je lui ferai payer un jour ou l'autre d'ailleurs. Mais pas ce soir ; j'ai juste envie de finir cette mission et de rentrer chez moi.
Soucieux de mettre un terme à cette horrible journée le plus rapidement possible, je l'écoute attentivement et reporte ma colère sur l'imbécile qui a essayé de l'assassiner. Si l'homme est encore dans les parages, il ne devrait pas être trop dur de lui mettre la main dessus.... à moins qu'il n'est reçu l'aide d'un employé du cirque ? Maintenant que j'y pense, c'est sûrement le cas. Comment aurait-il eu accès aux coulisses sinon ? Quelqu'un l'a forcément vu et laissé entrer. Quelle idée de faire confiance à ces gitans aussi ? Non mais je vous jure ! Conscient que le meurtrier se planque peut être dans la foule, je sors à nouveau ma baguette et me penche vers Esmé.

« Vous cr... »

Bam. Sans me faire mal, la main qui me stoppe dans mon élan me surprend. Pendant une seconde folle, j'imagine qu'Esmé Selwyn continue ses avances. Pour ma défense, elle a posé sa main sur mon torse et vient de me donner un baiser forcé. Qu'est ce que vous penseriez à ma place ? Heureusement, la voix rauque qui parvient du bureau m'éclaire rapidement sur la situation. Bon, il semblerait qu'on ai trouvé notre bonhomme ! Il ne devrait pas être très dur à capturer. Qu'est ce qu'un pauvre forain peut valoir face à un duelliste de la Brigade ? Il suffit que je rentre dans la pièce, que je le désarme et.... Oh Morgane ! Mais qu'est ce que fout cette folle ?! Soudain, je suis dans le cadre de la porte et un rayon noir fonce droit sur mon visage. Avec une rapidité presque douloureuse, je m'accroupis en balançant un :

« Expulso ! »

La soudaineté avec laquelle j'ai dû lancer le maléfice joue contre moi. L'homme heurte le mur derrière lui mais se redresse rapidement. Je relève mon arme, un nouveau sort au bord de lèvre, lorsque soudain la pièce s'obscurcit. Inquiet, je cherche du regard Miss Selwyn et finit par apercevoir son père dans un coin du bureau. Les chimères ! En face, l'intrus semble aussi perturbé que moi lorsque j'ai découvert les illusions pour la première fois. Salomon Selwyn récupère sa baguette et lance la dernière attaque qui immobilise le criminel. L'instant d'après, la lumière revient et je m'approche de l'ancien employé.

« Vous permettez ? Catenae Ferrum. »

A peine les chaînes enroulées autour des poignets du prisonnier, je le repousse dans un coin de la pièce et me retourne pour saluer le directeur du cirque d'un mouvement de tête.

« Monsieur Selwyn. Arutha Kark, ravi de pouvoir enfin vous rencontrer. On m'a dit que vous étiez très occupé ce soir. », S'il a perçu le soupçon d'ironie au fond de ma voix, il n'en laisse rien paraître. Je poursuis avec le même sourire faussement cordial.

« Heureusement que votre charmante fille m'a fait visiter les lieux.... et certaines pièces fermées au public. Enfin, elle n'avait qu'en tête de laver le Chimeria de tout soupçons mais c'était très hum... caractéristique. Je n'oublierai pas cette visite de si tôt. »

Mon regard croise celui de ma guide : allons, c'est de bonne guerre. Tout en finesse et en sous-entendus. Je pointe à nouveau la baguette sur le pauvre type gisant sur le plancher et le contraint à se lever d'un nouveau sort.

« Je ne vais pas vous faire perdre plus de votre précieux temps. Cet homme sera interrogé au ministère et vous serez informés de la suite de la procédure par courrier. Le Chimeria ne devrait plus avoir d'ennuis. Nous regretterions sincèrement que l'honnêteté de votre établissement et de votre famille sois remise en question. »

Nouveau sourire. Personne ici ne doute de quoi nous sommes vraiment en train de parler mais je ne vois pas l'utilité de l'expliquer plus clairement. Ils ont compris, pas besoin d'insister. J'attire le prisonnier à quelques mètres de moi et m'apprête à sortir de la pièce. S'ils n'ont plus rien à ajouter, je n'ai plus qu'à rentrer au ministère pour me vanter de ce nouveau succès.... puis transplaner au manoir et essayer d'oublier tout le reste.
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Esmé Selwyn
Esmé Selwyn
Le Diable au Corps
Messages : 741 Crédits : Myrlu & Grey Wind
Age du personnage : 28 ans
Ascendance : Sang-pur
Emploi/Etude : Funambule-acrobate & Dresseuse de Fauves
Faction : Ombre de la Rose Noire
Maison : Gryffondor


Rapeltout
Patronus : Auparavant un Cygne Noir, désormais une Hyène.
Epouvantard : Un Lapin. Blanc, le lapin.
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Ce message a été posté Dim 5 Mai 2013 - 13:39

On pouvait reprocher beaucoup de choses à la Selwyn, son manque de réflexion entre autres choses. Néanmoins, on ne pouvait nier qu’elle avait eu là le réflexe le plus adéquat au vu de la situation critique.

Le Bonhomme pensait n’avoir à faire qu’à deux adversaires, dont l’un était désarmé et l’autre, trop soucieuse de la survie du premier pour risquer le moindre geste. Et puis, il fallait dire ce qui était, le Cygne Noir était une sacrée illusionniste, une manipulatrice hors pair mais une bien piètre combattante.

Elle ne put donc que se féliciter de l’intervention du Brigadier, qui évita le sort avec habilité avant de répliquer aussi sec. Profitant des quelques secondes où l’Homme était échoué au sol, elle lança un « Accio » vers ce dernier, la baguette de son père s’échappant de son manteau miteux pour revenir droit entre les mains de la Belle.

Pendant ce temps, Salomon en a profité pour se précipiter vers le bouton manuel pour activer ces mêmes Chimères qui avaient terrorisé le jeune Kark si peu de temps plus tôt. Le lion, les siamois, l’assassin aux couteaux … Assailli par les apparitions, Bibendum hoquète et fait appel à toute sa maîtrise pour ne pas basculer dans le néant. Il a travaillé ici, il connaît. Il peut résister … Ou pas.

Il jette un sortilège au hasard tandis que le Cygne Noir lance la baguette à son propriétaire. L’éclair grisâtre frôle l’épaule de la jeune femme qui pousse un cri de rage. Ce connard vient d’abîmer sa tenue ! Son si beau costume de Princesse Déchue ! Aussitôt, elle va pour répliquer, néanmoins, une simple injonction du patriarche l’en empêche.


« Assez Swanny ! » hurla-t-il avant de stupefixer instantanément leur adversaire ahuri.


La lumière revient éclairer le visage crispé de Salomon et celui, furieux, de sa fille. Son bras est retombé le long de son corps mais le tremblement nerveux qui agite sa main montre à quel point l’envie de passer ses nerfs sur l’ancien employé la démange.

Arutha avait pris le relai et enchainé le prisonnier inconscient. Esmé ne cessait de fixer l’Homme avec un dégout non dissimulé, indifférente aux premières paroles du Brigadier et aux présentations se déroulant entre son père et lui.


« Heureusement que votre charmante fille m'a fait visiter les lieux.... et certaines pièces fermées au public. Enfin, elle n'avait qu'en tête de laver le Chimeria de tout soupçons mais c'était très hum... caractéristique. Je n'oublierai pas cette visite de si tôt. »


Ce discours-là eut le mérite de la ramener sur terre et de la détourner de sa vengeance. Ses yeux fardés se plissèrent et elle ne put réprimer la naissance d’un sourire aux coins de ses lèvres. Bébé Kark semblait avoir trouvé un moyen fort subtile d’exprimer à Salomon les désagréments qu’elle lui avait fait subir. Et il avait visé juste. Alors que le Propriétaire venait de remercier chaleureusement le Policier et vanter ses mérites, ses rides se creusèrent un peu plus.

Son faciès impassible tourné vers sa fille, il ne répliqua pas. Seule la jeune femme pouvait déceler dans son regard la lueur de cruauté qui venait de l’animer et qui semblait dire « toi, tu ne perds rien pour attendre ». En échange, il n’eut droit qu’à une expression des plus candides tandis que le prisonnier se faisait trimbaler comme un vieux sac de pommes de terre.


« Je ne vais pas vous faire perdre plus de votre précieux temps. Cet homme sera interrogé au ministère et vous serez informés de la suite de la procédure par courrier. Le Chimeria ne devrait plus avoir d'ennuis. Nous regretterions sincèrement que l'honnêteté de votre établissement et de votre famille sois remise en question. »


Le Vieil Homme abandonna les émeraudes d’Esmé pour acquiescer d’un signe de tête d’un air entendu et s’incliner respectueusement devant le Brigadier.


« Aucune minute de ma soirée ne saurait être perdue si elle doit vous être consacrée, à vous, à un de vos collègues ou même à un membre de votre famille, Monsieur Kark. » répondit-il tranquillement. « Votre père sait à quel point nous l’estimons et comme les Selwyn lui sont dévoués. »


Enfin, pour la première fois de la soirée, un membre de la famille courbait l’échine devant ce cher Kark. Le Cygne Noir observait la scène en retrait, bras croisés, sachant à quel point de tels mots coûtaient à son Géniteur. Mais aussi quels sous-entendus se cachaient derrière, faisant écho à ceux d’Arutha. A sa manière, le Cirque et surtout ses propriétaires, servaient la cause des Ombres. Et si le soutien actuel ne suffisait pas, alors il ferait davantage.


« Permettez-moi de vous raccompagner. »


Salomon désigna la porte ouverte à tous vents et attendit que le Brigadier et l’ancien employé qui reprenait peu à peu conscience ouvre la marche.

Toujours au milieu de la pièce, Black Swan croisa une dernière fois le regard du jeune Kark. Le clin d’œil qu’elle lui adressa aurait pu être le fruit de son imagination tant il fut bref, sauf que la phrase muette tintée d’un sourire carnassier qui vinrent appuyer son geste, eux, étaient tout ce qu’il y a de plus réels.


« A très bientôt … », avait-elle soufflé, avant que tous trois disparaissent de la roulotte.


Enfin, Arutha Kark pouvait échapper à cet Enfer sur terre, retourner au poste, partager sa bravoure, puis rejoindre son beau Manoir.

Enfin, Esmé Selwyn, après s’être pris la semonce promise, retrouverait la soie de ses draps et le soir suivant, les lumières et la musique de ses fabuleuses représentations.

Comme si rien ne s’était passé.

Seulement, aucun des deux n’avait la moindre idée qu’une semaine plus tard, leurs deux destins basculeraient.

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On peut abandonner son intégrité pour presque rien mais c’est tout ce que nous possédons réellement, tout ce qui nous reste à la fin. Et dans ce petit espace, nous sommes libres. V pour Vendetta
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