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Ce message a été posté Dim 18 Mar 2012 - 23:09

Evan était un homme pétri de remords. Pas à temps plein, grand merci. Pas d'une manière visible non plus, ce qui lui permettait de préserver son ego et sa réputation. Seuls Mervyn et Anna Bella s'en doutaient. Par connivence il n'en parlerait jamais au premier, et il n'avait de toute manière pas assez de temps à consacrer à son épouse pour se lamenter sur son sort. Elle était bien assez malheureuse comme ça, avec l'initiation à venir de Lilith. Partant du principe qu'il ne pourrait pas empêcher cela, qu'en somme il était impuissant malgré son infuence -ridicule dans cette situation- au Ministère, Evan occultait soigneusement de ses pensées sa fille. La réception organisée pour les fiançailles surprises de Baël et Calliope venait de prendre fin. Aucun invité ne s'était douté du drame déroulé en coulisses. On avait pallié à l'absence de Baël par des ronds-de-jambe et des courbettes qui tenaient de la chorégraphie maintes fois répétée. Comment pouvait-il y avoir un tel décalage entre les réceptions très guindées du grand monde sorcier et les miasmes mentaux de la famille Rosier qui sombrait lentement dans la folie ? La gosse de Mervyn n'avait eu qu'un aperçu. Baël était jeune, s'en remettrait. Evan était presque rassuré qu'elle n'ait pas vu une de ses propres crises. Le serment inviolable qu'on avait fait passer à Calliope protégerait son fils. On les marierait, elle n'aurait plus le choix, fonderait une famille et tout irait bien. Ils ne seraient peut-être pas heureux mais survivraient. C'est déjà quelque chose.

Revenu à la cuisine qui lui inspirait un plus grand dégoût maintenant -il n'y remettrait jamais les pieds volontairement, désormais- le chef de la Justice Magique trouva un petit plat déposé sur la table. Un peu de nourriture gardée sous un torchon pour que sa bonne odeur ne s'évente pas, dans un récipient qui n'était pas propre à servir d'objet contondant. Des couverts déposés à côté, trop fragiles pour être utiles à un pensionnaire dans les cachots. Une carafe d'eau, qui là encore ne pourrait servir à rien pour un démon. Mochred, geôlier attentionné, avait pensé à tout. Soulevant le tissu, Evan reconnut le plat préféré de son fils. Sans doute préparé entre deux services de petit four. Merveilleuse bestiole, leur elfe de maison. Une petite créature débordée mais convaincue de l'existence d'un bon fond chez les Rosiers. L'ordre du phénix ne lui arrivait pas à la cheville en terme d'idéalisme.

Le plat et les couverts à la main, la hanse de la carafe retenue par deux doigts, Evan descendit d'un pas assuré dans le couloir des cachots. Que l'endroit lui soit si familier lui pinça quelques secondes le coeur avant qu'il ne reprenne ses esprits. Il était temps. Se concentrer sur ses maigres chances de maintenir un semblant d'harmonie familiale. Il avait demandé à Anna Bella de s'éloigner de là, il voulait parler à Baël d'homme à homme. Et cela n'inclurait cette fois ni coups ni blessures. Son épouse avait eu bien trop d'émotions pour ce soir, il espérait qu'elle sombrerait rapidement dans un sommeil sans rêves. Mervyn était reparti dans une aile du château sans évoquer l'accident, et Evan avait su faire comprendre à ses filles qu'il valait mieux qu'elles retournent à leurs occupations. Parler à Baël d'homme à homme, sans chercher à l'intimider pour qu'il obéisse après avoir eu un tel comportement, sans non plus s'écraser. Il aurait du être capable de contourner le démon, de retourner le couteau contre son patriarche. Incapable de savoir comment son fils vivait ses crises, d'autant plus que Baël n'en parlait jamais, Evan n'avait aucune idée de la manière dont il les vivait. Sans doute aurait-il eu plus de respect s'il avait su de quoi il retournait. Mais d'ici là, ce serait marche ou crève, une devise Rosier fort utilisée bien qu'elle ne soit pas officielle. Il frappa à la porte.

«  J'entre, Baël. »
annonça-t-il en faisant tourner un loquet extérieur.

Des gestes lents, une attitude posée. Evan retrouva aisément son chemin dans la pénombre. Le cachot où il avait déposé son fils plus tôt dans la soirée était nanti d'un soupirail donnant sur un parc désert. Aucun passant. L'actuel patriarche Rosier soupçonnait un de ses prédécesseurs d'avoir nanti le parc d'un sort faisant que l'on n'aurait pas envie de s'y promener. L'intérieur de la demeure, aussi austère que ses occupants, ne faisant guère envie dans les doigts de fée d'Anna Bella. Anna Bella. La main que Baël avait failli trancher. Evan respira longuement, profondément. Il avait déjà fait preuve de force, sous l'empire des émotions. Inutile d'en remettre une couche. Baël n'était pas entièrement fautif. Il s'accroupit près de son fils mais se retint de le toucher. Le chasseur de vampires faisait preuve d'un réel dégoût à son encontre, ce que son père pouvait parfaitement concevoir. S'il avait pu le connaître réellement et se retrouver jeune homme confronté à un père aussi froid, Evan aurait sans doute eu les mêmes attitudes. Il posa la nourriture entre eux.

«  Tu te sens mieux ? »


Dernière édition par Evan J. Rosier le Mer 13 Juin 2012 - 15:28, édité 1 fois
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Ce message a été posté Mar 20 Mar 2012 - 20:14



    Le bras étalé dans la poussière fut agité d’un soubresaut. Les doigts, repliés vers la paume, se redressèrent doucement et plutôt que le sol sec du cachot, effleurèrent de tendres brins d’herbe chauffés par le soleil. Baël ouvrit les yeux, et sous son regard s’étalait la majesté d’un ciel d’été. Il inspira une goulée d’air, chargée des odeurs de pollen et de terre chauffée à blanc par le soleil. Les rayons pesaient sur ses épaules, le baignait de béatitude. De temps en temps, une brise venait agiter les bouclettes sur son front, et il y décelait les promesses d’une soirée encore plus riche. Soudain, une main effleura son front, on embrassa son menton. « Baël mon ange… » Soupira Anna Bella à son oreille, comme si elle avait voulu le tirer de son sommeil. Une goutte tomba sur sa joue et il fronça les sourcils. Pourtant il n’y avait pas un nuage dans le ciel. Du revers de la main il essuya l’humidité qui venait glisser dans son cou. Il observa la pulpe de ses doigts, tintée de rouge et il se redressa d’un bond, étouffant un cri dans sa gorge. Le corps de sa mère était couché à ses côtés, couvert de sang. Et elle ne souriait pas. Non. Son visage était figé dans une expression de douleur qui lui souleva l’estomac. Il hurla encore et se heurta à l’un des murs du cachot dans lequel on l’avait enfermé. Ramené à la réalité, il se recroquevilla sur lui-même. Les souvenirs de cette soirée venant le hanter petit à petit.

    Pour ne lui laisser aucun répit, la douleur était omniprésente, dans tous son corps, et il gardait le goût du sang en bouche. Alors que l’idée roulait dans son esprit, il sentit qu’on essayait d’infiltrer ses pensées et son corps s’arc-bouta sous la violence de l’intrusion. Il eut l’impression qu’on enfonçait des milliers d’aiguilles dans son cerveau. Oui… Oui… Encore… Des larmes coulèrent sur ses joues noires alors qu’il avait l’impression de lutter contre lui-même. Son souffle restait bloqué dans ses poumons, le bourdonnement à ses oreilles le rendait fou. Il serra les dents, banda toute l’énergie qui lui restait à construire un mur derrière lequel se mettre à l’abri, derrière lequel lui échapper. Lui et sa folie. Les ombres n’étaient pas des enfants de cœur, mais il y avait une sacré différence avec ce que le démon venait lui susurrer parfois. Des choses qu’un esprit humain n’aurait pas même pu imaginer. Et quand la dernière pierre fut posée, il sombra à nouveau dans l’inconscience.

    Il se réveilla alors que la porte grinçait sur ses gonds. La joue dans la poussière, les lèvres pleines de terre, le regard trouble, il se tordit le cou pour voir qui venait de briser son isolement et il ressentit une singulière terreur déferler sur tout son être lorsqu’il reconnut la silhouette de son père. Poussant sur ses pieds et ses coudes, il alla se recroqueviller dans un coin du cachot. Il venait pour le tuer. Il avait blessé son Anna alors il venait en finir avec lui. Et s’il ne l’avait pas fait plus tôt, le démoniste pensa avec horreur que c’était pour pouvoir prendre son temps. Le torturer lentement pour lui faire expier son geste. Son incapacité. Sa mollesse. Un sanglot franchit les lèvres de celui qui n’était encore qu’un gamin. La torture aurait été inutile. Cette nuit il avait blessé sa mère et elle devait maintenant le haïr du plus profond de son être. Renié celui qui était pourtant sa propre chair. Il n’y avait rien de ce qu’il pourrait dire ou faire qui pourrait effacer ce geste. Ce serait toujours « là ».

    Il voulu se mettre assis mais la tête lui tourna et il retomba lourdement au sol, la nausée au bord des lèvres. Au comble de la peur, il balaya du bras le plat posé à ses côtés, dans un sursaut d’énergie. Il aurait voulu quelque chose pour se défendre mais ses doigts ne se refermaient que sur la poussière. « Dehors ! DEHORS ! » Hurla-t-il, espérant que ce sursaut de colère ferait au moins hésiter son patriarche. Elles étaient rares les fois où ils s’étaient retrouvés tous deux dans un cachot, mais les corrections avaient marqué l’esprit du jeune homme. Cet endroit, nourrissait ses plus grandes craintes et cette fois son imagination ne serait pas suffisante pour l’emmener hors de ces murs. Elle était pourtant, en temps normal, sa plus grande alliée. « DEHORSDEHORSDEHORS ! » continua-t-il à éructer alors qu’on essayait de le maîtriser.

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Ce message a été posté Mar 20 Mar 2012 - 21:28

Ne pas se laisser heurter par le violent refus de le voir de son fils. Evan se concentra quelques instants sur sa propre respiration. Triste spectacle que son enfant ce soir. Les joues noires, empestant la sueur d'un homme au sommeil agité, parcouru de tremblements ... Difficile de reconnaître son fils, ce battan.. Cet insupportable mioche qui s'acharnait d'ordinaire à le faire tourner en boutique. Le chef de la justice magique aurait préféré qu'il ne se rebelle pas ainsi, qu'il concentre son énergie sur des causes utiles, mais il était toujours rassuré de voir Baël trouver l'envie de lutter. Le démon ne lui avait pas ôté cela, une petite victoire parmi tant d'autres. Il ne se souvenait que trop bien de ses propres années de déchéance, lorsqu'il laissait Azaddel se servir totalement de son corps, s'amuser à jouer les employés de Ministère, à traquer la baguette à la main les personnes qu'on lui demandait d'arrêter pour son travail de Langue-de-plomb ... Baël ne laissait pas son démon abuser ainsi de ses mouvements. Une bonne chose. Ce qu'il s'était passé ce soir n'était qu'un dérapage minable qu'ils pourraient effacer, ensevelir sous une couche de bienséance à la Rosier.

Dans un sursaut, il évita le récipient que son fils lui lançait pour ainsi dire dessus. Grâce à moi, oui. Tu faiblis, Evan. Tu vas le laisser te blesser comme il a blessé Anna Bella ? S'approcher à pas lents. Tout devait bien se passer. Il n'avait pas pris sa baguette. S'il s'y était connu plus en méthodes moldues, le patriarche aurait rapporté quelque chose de froid pour faire dégonfler la chair endolorie de Baël. Bravo. Tu ne vas rien régler du tout. Tu te conduis en lâche, Evan. Tu lui laisses le champ libre pour qu'il recommence. Qui sait si la prochaine fois ... Les hurlement de Baël couvrirent les paroles du démon. Evan s'approcha de son fils sans faillir, avec cette impression malsaine d'être un condamné à l’échafaud prêt à passer de l'autre côté. D'être un monstre aussi, dans le regard de la chair de sa chair. Il savait parfaitement ce qu'il devait faire, connaissait la théorie sans jamais avoir voulu l'appliquer. Baël était son enfant, il devait s'en occuper. Pas question de se planquer derrière Anna Bella ou des principes de sang-pur selon lesquels il n'avait pas à s'occuper de ses enfants. Pour la première fois depuis des années, Evan se sentait suffisamment responsable de la situation pour savoir qu'il n'échapperait pas à son rôle. Il devait être un père pour son enfant, régler le conflit d'homme à homme en gardant en tête que Baël était encore une jeune personne. Encore un bambin dont il ne s'était jamais directement occupé. Il prit les deux mains de son fils dans sa paume et les serra, assez pour qu'il ne puisse pas esquisser de geste violent mais sans lui faire de mal.

«  Chut, Baël. c'est fini. » murmura-t-il.

C'était bien ce qu'on disait aux enfants à la sortie d'un cauchemar, non ? Toute la théorie. Evan avait passé des heures à se renseigner en douce, à réfléchir aux meilleurs moyens de s'occuper d'un enfant en bas-âge pour que ses progénitures survivent. Ses trois enfants n'en savaient rien. Anna Bella même devait ignorer qu'il s'était penché au dessus de chaque berceau en cachant un sourire fier, qu'il avait renoncé immédiatement à l'idée de les prendre dans ses bras, terrifié à l'idée de s'y attacher instantanément et de ne plus être capable de les attaquer durement, ainsi que les Rosier l'avaient toujours fait. Combien d'occasions où il aurait voulu entendre leur rire, ou leur dire qu'il était fier d'eux ? Qu'il tenait à eux ? Sa main libre se glissa contre une joue de Baël et il redressa doucement son fils en lui adressant un piètre sourire. Evan avait presque oublié comment faire, habitué seulement aux grimaces que l'on faisait dans le grand monde. Il ne se souvenait même plus de la dernière fois où il avait souri à son fils. A Azaël lorsqu'elle était encore une jeune adolescente mignonne, ou à Lilith il y a au final peu de temps. Mais Baël ... Non. Pas de souvenir d'un sourire pour son fils, même fugace. Voir ces grands yeux le regarder avec tant de crainte, constater cette maudite ressemblance avec la femme qu'il aimait dans l'angoisse de cette expression le rendait nerveux. Il s'était promis que tout se passerait bien. Tout allait bien se passer. Si Baël était trop faible, il prendrait soin de lui.

«  Ca va aller, mon grand. »

On voit bien que tu ne lui a jamais parlé comme ça ... persifla une voix dans son esprit. Ce n'était pas important. Ce soir, il essayait enfin d'être un bon père. Il déplaça Baël jusqu'à un mur contre lequel il l'appuya. Baël redressé, Evan jugea qu'il ne le remettrait pas debout tout de suite. Il tapota d'un geste affectueux, le premier depuis presque vingt ans, la joue de son fils. Avant de réaliser que cela devait être horriblement douloureux. Relâchant les mains de Baël, il se déplaça pour prendre la carafe d'eau et sortit un mouchoir en tissu de sa poche. Il imbiba le tissu propre, songeant que Mochred saurait faire partir les taches de sang. D'un geste mal assuré, Evan essuya un peu la figure de son fils, le sang séché et les lèvres gercées. Ce serait toujours plus agréable pour lui. Il posa le mouchoir dans les mains de Baël.

Arrivait maintenant le passage qu'il aurait préféré éluder. L'image de son épouse la main ensanglantée, se pliant de douleur lui revint en tête et faillit lui arracher un haut-le-cœur. Le démon avait bien choisi. Anna Bella restait son talon d'Achille, retenir les gestes instinctifs pour lui venir en aide était contre sa nature. Se mettre en danger pour la protéger n'était absolument pas un problème. Pour ses beaux yeux, il aurait fait n'importe quoi. Et maintenant, il fallait savoir. S'assurer que plus jamais, Baël ne s'en prendrait à sa mère. Qu'il retournerait les armes contre Evan, comme il aurait du le faire ce soir là. Du calme. Le patriarche Rosier devait cesser les palpitations qui lui venaient, ces relents de rage qui lui donnaient envie de s'en prendre à Baël même en ne le sachant pas responsable. Savait-il à quel point la voir souffrir avait été douloureux ? Les crises de démonismes avaient eu l'air de moments ordinaires dans l'esprit instable d'Evan. Son Anna Bella, son Anna Bella .. Anna Bella allait bien, maintenant. Elle serait rassurée de savoir que son époux et son fils avaient pu dialoguer.

« Est-ce que tu te sens mieux depuis ... Tout à l'heure ? » demanda-t-il d'une voix faible.

Tout à l'heure, le moment où tu as agressé ta mère, petit con. Non. Pas d'agressivité. Bien que gêné, le sourire d'Evan était empli d'une volonté de voir tout bien se dérouler. Il devait s'occuper de son fils. Parce qu'il l'aimait.
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Ce message a été posté Mar 20 Mar 2012 - 23:02



    La prise d’Evan lui sembla herculéenne. Le contact de sa peau contre la sienne augmentait son hystérie. Les quelques rares fois où Baël avait été serré affectueusement entre des bras étaient à incomber à Anna Bella. Il n’existait pas une photo, du père avec son fils dans les bras et les années avaient forgé cette image d’un patriarche diablement présent, comme une ombre menaçante planant au dessus de lui, mais complètement absent pour tous les autres aspects de sa vie. Le démoniste avait collectionné bonnes notes, exploits sportifs, missions périlleuses et il n’avait jamais reconnu dans la voix d’Evan la marque de respect ou de l’affection. Non, les rares fois où il daignait lui accorder un peu de son temps, c’était pour rendre son existence plus misérable qu’elle ne l’était déjà. Baël ne s’était jamais sentit « taillé » pour le nom de Rosier. Et il n’y avait guère ajouté que l’éclat de ses incartades et de sin insolence. Mais puisqu’il n’était pas à la hauteur, pourquoi se fatiguer à courir après une quelconque reconnaissance ? Ses protestations finirent par s’étouffer dans sa gorge, alors qu’Evan annonçait ce que Baël avait prédit dés son entrée. La fin. Quelle mort lui donnerait-on aux yeux de tous ? Pourvu que ce soit quelque chose d’un peu glorieux comme un ultime combat contre un troll. Les tremblements reprirent, secouant son corps fatigué par la crise et les coups reçus. Après tout, se disait-il, dés lors il n’aurait plus à lutter. Sentant des larmes venir mordre à ses yeux il se mordit l’intérieur de la joue pour les faire refluer. Il allait regarder la mort en face, sans ciller.

    Le sourire d’Evan, lui, fut plus efficace que n’importe quelle menace et devant cette expression jamais vu sur le visage de son père, il sentit toute rage l’abandonner. Perplexe, il trouvait cela bien plus effrayant que toutes les colères passées de son paternel. Rentrant son cou entre ses épaules alors qu’il venait lui effleurer la joue du bout des doigts, il se dit que la blessure d’Anna Bella lui avait fait perdre la moitié de son cerveau et qu’il était comme une toupie qui ne tournait pas rond. Ses gestes voulaient dire une chose, mais ses intentions étaient tout autres. En réalité, Baël ressentait un malaise grandissant à être scruté ainsi par son père, et à ne savoir déchiffrer son humeur. En général, il pouvait selon le froncement des sourcils d’Evan, deviner s’il allait se prendre une beigne ou un sort. Or là ? On aurait dit que le sorcier était constipé depuis plusieurs jours et que ça commençait sérieusement à le travailler. Soufflant alors qu’on le trimballait et qu’on réveillait ainsi toutes les zones douloureuses de son corps, il vit des étoiles danser devant ses yeux alors qu’il se laissait littéralement porter par le mur. Grimaçant sous la pression des doigts de son père sur sa joue, faible mais suffisante pour que sa peau s’enflamme de douleur, il se demanda, non sans une certaine fierté, s’il n’avait pas réussit à rendre un coup ou deux dans la cuisine, bien que ses souvenirs à ce propos voulaient lui imposer un cruel manque de réaction de sa part. Surtout que malgré son air chiffonné, Evan ne portait aucun stigmate de coups. Encore une fois il était maître de la situation.

    La respiration sifflante, Baël ferma à demi ses paupières, guettant les gestes de son patriarche du coup de l’œil. Il le vit fouiller dans sa poche et se dit qu’il devait chercher sa baguette, ou une arme. Peut-être le couteau qui avait blessé Anna Bella ? Pour que la boucle soit bouclée. Surpris il le vit mouiller un carré de tissu avec de l’eau et le vit s’approcher à nouveau. Se raidissant, il se dit qu’a final il allait l’étouffer avec, mais il ne ressentit que le soulagement du tissu humide contre sa peau, qui venait apaiser la brûlure que le mélange larmes, sang, terre imposait à sa peau. Il lui nettoyait le visage. Pourquoi ? De plus en plus perdu, le jeune homme serra le tissu dans son poing un moment, sans oser bouger, avant de finir ce qu’avait commencé Evan avec d’infinies précautions. Même la plus légère des pressions le faisait souffrir. Il devait bien y avoir quelque chose de cassé sous sa peau tuméfiée. Et puis encore ce sourire qui lui flanquait les miquettes ! Il essaya de donner un sens à « mieux » sachant qu’il ressemblait à un tas de bouillie, mais seule l’image de sa mère s’imposa à lui. Maman… S’entendit-il soupirer. Femme discrète, ombre de son époux mais qui, à des moments charnières de la vie de son fils, avait su se montrer présente. Chaque fois qu’il s’était sentit sur le poing de craquer, elle avait été là. Et il n’avait su la protéger de sa propre personne. Comment se targuer alors de la protéger contre le monde entier ? Baël se courba en deux, vomissant la bile remontée dans sa gorge. Tremblant il chercha à reprendre son souffle entre deux nausées, un long filet de bave pendant de ses lèvres alors que son estomac se tordait toujours comme s’il avait fait des loopings sur un balai. Bien ? Il avait fait du mal à la seule femme qui l’avait prit dans ses bras. Il n’allait pas bien. Il était fichu, il ne compterait plus pour personne.

    « Pourquoi tu n’en fini pas maintenant ? Je suis fatigué… » Souffla-t-il enfin, abandonnant toute résistance.

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Ce message a été posté Mer 21 Mar 2012 - 15:08

Non non non. Il n'était pas question que Baël pleure. Evan faisait déjà tout ce qu'il pouvait : ses bonnes résolutions tenaient difficilement face à toute manifestation d'humanité de la part de ses rejetons. Voir un individu extérieur à sa famille geindre, pleurer, tempêter, le laissait de marbre et se contentait d'augmenter sa vigilance et son mépris quand à cette personne, pas fichue d'accepter en silence ce qu'elle ne pouvait changer. Mais ses enfants, dans n'importe quelle marque d'émotivité, le mettaient singulièrement mal à l'aise. Des larmes le faisaient déjà reculer et il s'empressait de fuir si l'un d'eux était malade. Aussi ne fut-il pas étonnant qu'Evan se relève soudain en voyant Baël toussoter, crachoter et finalement régurgiter ... Il ne voulait pas savoir quoi. C'était écœurant. Le mot est faible. Compte pas sur moi pour prendre ton rôle cette fois. Baël avait dit « maman ». Attendri, son père oublia quelques instants qu'ils se trouvaient dans un cachot et que son fils était dans un état lamentable. C'était un ton qui ne trompe pas, ça. Il s'en voulait. Il savait qu'Anna Bella n'avait rien à voir dans leurs querelles, qu'elle se trouvait toujours au milieu de leurs disputes familiales et souffrait plus qu'eux en ayant la retenue de n'en vouloir à personne et de ne jamais le montrer. Il continuait d'aimer Anna Bella, n'est-ce pas ? C'était le plus important. Evan fut rassuré. Qu'on lui en veuille était parfaitement normal, mais il ne voulait pas que la haine que ses enfants éprouvaient pour lui rejaillisse sur leur mère. Elle n'y était pour rien. Bien sûr, ils faisaient front commun pour faire accepter une décision, mais jamais elle ne l'aurait poussé à faire ce qu'il faisait, à les traiter aussi durement. Peut-être Baël se souvenait-il, à défaut de ses premières années d'enfance, de la manière dont ses soeurs avaient été protégées par leur mère ? Tant qu'Anna Bella serait là, leur famille survivrait.

Evan regarda son fils implorer on ne sait quelle grâce. En finir ? En finir ? Mais à quoi s'attendait-il ? Epuisé par cette réception et par la sauterie qu'avait organisé le démon de Baël dans la cuisine, le chef de la Justice Magique ne mettait pour une fois pas de sens sur ces mots. Mais il croit que tu vas le buter, allons. grogna le démon. Le tuer? Tuer son propre enfant ? C'était cela que Baël escomptait ? Ca n'avait pas de sens. Sans dire un mot, le démoniste fouilla ses poches. Manque de bol, pas d'autre mouchoir. Il ne se sentait pas capable de reprendre celui dans les mains de Baël. D'ailleurs, il devait avoir eu sa dose de bile aussi. Du calme. Mochred sait faire partir n'importe quelle tâche. Il suffisait de ne pas s'en mettre sur la main et ... Evan dénoua sa cravate et s'en servit comme serviette pour essuyer Baël, à défaut d'avoir mieux. S'il crache, vomit ou autre, t'auras plus rien pour l'essuyer. J'adorerais te voir y aller à pleines mains. Comme un père aimant qui veille son gosse malade, quoi. Malgré la pénombre, la grimace sur son visage devait être bien visible. C'était mieux, maintenant. Baël était un peu moins dégoûtant, un peu moins humain. Ce serait plus facile de dialoguer. Pinçant entre deux doigts le col de son fils, il le redressa légèrement. Voir son enfant se vautrer dans la crasse, être à deux pouces de ce qu'il venait de rejeter, c'était trop dérangeant pour Evan. Un prisonnier ordinaire pouvait crever dans ses miasmes, mais il ne voulait pas voir ce qui était sorti du ventre d'Anna Bella dans cet état. Petite nature, va.

«  Du calme. »

Du calme, tu m'angoisses. Si Evan n'avait pas craint d'érafler une image de chef de famille sans coeur et digne durement établie, il se serait sans doute laissé aller à expliquer à Baël qu'il était hors de question qu'il continue à manifester autant d'émotions. Et de fluides corporels. C'était ... Eurk. Tu fais durer le suspense? Hein ? Mais quel putain de suspense ? Il s'attend à ce que tu le butes. On parie ... Hum, dix minutes de ta vie qu'il a cru que t'allais l'étouffer avec ta cravate ? Ca aurait été très élégant. Mais on sait que ça fait des marques ennuyeuses. Il respira lentement. Cette histoire le mettait mal à l'aise. Baël s'attendait donc vraiment à ce qu'il le tue ? Comment pouvait-il croire qu'il le haïrait autant ? Baël, comme ses filles, n'avait donc aucune confiance en son père. Ni confiance ni estime pour lui. Il était un monstre, un bourreau tout au plus. Ses enfants ne l'aimeraient sans doute jamais et mieux valait alors ne plus espérer qu'ils comprennent ses choix et la difficulté qu'il avait eu.

« Je ne veux pas te tuer, Baël. » C'est bête, c'est pourtant la ... La deuxième ou la troisième fois déjà que tu manques de le crever ? «  Mais comment peux-tu imaginer quelque chose comme ça ? Je ... » Ne pas écouter le démon alignant toutes les raisons, bien fondées, que pouvait avoir Baël. Pour une fois qu'il tentait de s'en occuper ... Ses enfants n'auraient jamais confiance en lui, alors ? Toute tentative de rédemption, déjà assez coûteuse, était vouée à l'échec ? «  Ce n'est pas parce que je te menace ou que je t'en veux que je veux réellement que tu meurs. J'essaie de vous protéger tes soeurs et toi. Je fais ce que je peux pour que vous ne souffriez pas. » Avaient-ils une idée de l'angoisse que lui procuraient les réunions sorcières où le secret pourrait éclater à tout moment, les quotidiens qui pourraient traîner leur nom dans la boue et mettre leurs photos dans un fait divers qui retentirait dans toute l'Angleterre sorcière ? Les Rosier devaient rester une famille en vue, faire croire à une apparente perfection pour qu'on ne cherche pas quelque chose d'aussi malsain. Toute défaillance devait être instrumentalisée. La fuite de Baël et Calliope ne serait que la manifestation aux yeux de tous d'un jeune homme légèrement intimidé. Ce serait mélioratif. Le fils Rosier, intimidé de devoir exposer le choix de son coeur -et de sa famille- devant toute une assemblée. Rien de plus. Un défaut qui ferait semblant de les rendre humains. « Parce que je t... » Non. Ce mot là n'avait pas sa place. « Parce que je tiens à vous. »

Le vingt-et-unième mot est l’ami d’Ornicar et exprime une suite logique.
Le prochain mot se situe entre deux Callaghan en mission.
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Ce message a été posté Jeu 29 Mar 2012 - 17:36



    Peut-être que c’était ça au final la paix. Est-ce que l’enfer pouvait être pire que ce qu’il vivait à présent ? Il ne le croyait pas. Et au moins là-bas son corps lui appartiendrait en entier, il ne serait pas prisonnier de sa propre chair à devoir supporter des actions qui ne seraient pas de son fait et de sa volonté. Il imaginait très bien le regard que l’on porterait sur lui maintenant. Celui qui avait blessé Anna Bella, celui qui avait osé abîmer un tel chef d’œuvre. Il n’était pas une victime, aux yeux de personnes. Juste un gamin trop faible pour faire ce qu’il convenait. Et il en avait assez d’être traité avec autant de suffisance. Est-ce que quelqu’un avait seulement une petite idée de ce que c’était que d’avoir sans cesse une petite voix qui vous susurrez de trancher des gorges ? Combien de fois avait-il retenu son bras, alors que dans un demi-sommeil il allait chercher un couteau à la cuisine. Qui voyait ses efforts ? Ces fois où il s’était mordu la langue plutôt que de lâcher les insultes qui lui venait ? Et alors que tout lui échappait, on venait encore décider pour lui. Un mariage. Un putain de mariage. Alors vraiment est-ce que la mort n’était pas préférable ?

    Il esquissa une grimace de souffrance alors qu’Evan le redressait. Il éprouvait une certaine jubilation à voir son père aussi dégoûté par le spectacle qu’il offrait. Il savait son père passablement dégoûté par tout ce qui pouvait sortir des orifices d’un être humain. Ses petits mouchoirs plein de morve avaient toujours eut leur petit effet lorsqu’il était plus jeune, et il regrettait parfois que la décence et l’âge ne lui permette plus de tels petits tours de cochon. Calme il le resta, affrontant le regard de son paternel sans ciller. Cette fois il ne voulait pas avoir peur, même si des hurlements hystériques ne demandaient qu’à franchir ses lèvres. Il voulait se comporter en homme, voir la mort en face, prouver à son père qu’il n’avait pas volé le nom de Rosier. Oh non il était digne.

    Aussi l’aveu d’Evan le laissa perplexe. Il n’allait pas le tuer ? Alors quoi le torturer ? Ou pire ? Le laisser ici. Il allait le laisser croupir ici et il dirait qu’il a disparu lors d’une de ses chasses. Il pourrait crier tant qu’il voudra, personne ne l’entendra, personne ne viendra le libérer. Il serait condamné à ces murs pour l’éternité. Maintenant une singulière terreur le tenait silencieux et le ferrailla jusqu’à l’étonnement de son paternel. Etait-ce lui ou Evan était troublé ? Comment penser qu’il allait le tuer ? Parce qu’il venait de lui administrer une correction mémorable et parce qu’il avait brisé une des seule règle tacite de la famille, ne jamais, jamais impliquer leur mère de prés dans leurs histoires. La suite lui sembla encore bien moins facile à avaler et il considéra son père avec des yeux ronds, avec l’air de ne pas comprendre un traitre mot de ce qu’il venait de baragouiner. Soit il était devenu fou, soit c’était Evan qui avait sombré dans la folie. En tout cas quelque chose clochait sérieusement.

    « Pardon ? » Fit-il, du ton sarcastique dont il avait l’habitude. Faible moyen de défense. « Alors ça c’est franchement la meilleure. Tu te fous de ma gueule c’est ça ? » Il baissa immédiatement d’un ton, sa mâchoire le faisait bien trop souffrir. D’ailleurs il sentit de nouveau le goût du sang couler sur sa langue. Tâtant sa joue, il constata qu’il n’était pas loin d’avaler une de ses dents. « Tu fais ce que tu peux pour nous pourrir la vie oui ! La preuve que t’en as rien à foutre, tu viens de me fiancer pour les beaux yeux de ton Mervyn adoré. Et tu évites Lilith comme la peste alors que tu sais ce qui va arriver. Et puis tu vas dire aussi que tu n’as pas voulu me réduire en bouillie ? »

    « J’crois bien que je préfèrerais que tu me crèves plutôt que tu me serves tes salades. »
    Fit-il en balançant aux pieds d’Evan la cravate tâchée.

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Ce message a été posté Ven 18 Mai 2012 - 16:45

Evan agita nerveusement ses doigts. Il n'y avait pas besoin d'être sorcier pour voir ça venir. Même un moldu aurait pu voir la pente savonneuse sur laquelle il s'engageait. De nouveau, il donna une tape à Baël, bien que moins forte que les précédentes. Une petite gifle, rien qui lui laisse une marque sur la joue. On n'avait d'ailleurs entendu qu'un petit bruit mou de la main contre la joue endolorie du garçon. A vrai dire, le patriarche Rosier n'avait surtout aucune autre idée de ce qu'on faisait pour attirer sur soi l'attention de ses gosses. Il n'était même pas sûr que cela marche. Anna Bella avait su tout faire d'eux, user des mots d'amour les plus doux qu'il soit et qui étaient toujours aussi sincères, ou réconforter en un rien de temps un cauchemar. Avant qu'Evan ne s'en mêle et ne lui retire systématiquement les enfants des bras, quand il était lassé de lui expliquer qu'elle ne devait pas s'y attacher. Bien sûr qu'elle allait le faire, et qu'il en ferait tout autant en s'efforçant de mentir mieux. Mais ça n'avait rien coûté d'y croire.

« Cesse, Baël. » exigea-t-il d'une voix lasse.

Des coups, jamais de paroles gentilles, à la guerre comme à la guerre. Si épuisé qu'il soit, Evan gardait encore la force, peut-être plutôt l'habitude, de réprimander son enfant. C'était comme ça. Il aurait du filer maintenant, mais il y avait longtemps qu'il n'avait pas parlé seul à seul avec Baël. Quand bien même les paroles étaient entremêlées de coups. Evan songea qu'il n'en aurait peut-être plus l'occasion avant le mariage de Baël, si on faisait les choses dans la foulée. Mervyn avait parlé de serrer la vis au Ministère, de promulguer quelques lois. Ok. S'il le fallait ... Même sans cela, il y avait de quoi douter que Baël veuille à nouveau se trouver en présence de son père et uniquement son père. Pas sans moyen de défense, ou pas sans avoir été drogué avant. Autant dire qu'il fallait encore un peu profiter de l'occasion.

« Si j'avais voulu te tuer, je n'aurais pas attendu que tu sois ici. Je n'avais qu'à expédier toute la famille hors de la cuisine pour faire ça. Avec le bruit de la réception, personne n'en aurait rien su. » D'accord, il allait cesser immédiatement d'utiliser ce ton sec. Evan tenta un piètre sourire, ça ne marchait jamais quand il était sincère, et passa une main dans les boucles brunes de Baël. Dire qu'il lui avait fallu attendre que Baël entende ses premières voix pour se sentir « soulagé », être assuré qu'Anna Bella ne s'était pas jetée dans les bras de Mervyn comme le démon n'avait cessé de lui hurler. « Je ne veux pas te tuer, Baël. Tu peux croire que je t'en veux, et c'est le cas, mais tu restes mon fils et je tiens à toi. »

Mais oui, il l'aimait, son fils ! Ce n'était pas si dur à croire, non ? Quand bien même Baël avait été un gosse insupportable, quémandant une affection sur laquelle il aurait du faire une croix et en profitant pour avoir toutes sortes de miasmes. Et il ne l'aimait pas seulement parce qu'il était son enfant et qu'il avait eu le temps de s'inquiéter pour lui et somme toute de s'y attacher dès que le ventre d'Anna Bella avait commencé à gonfler, mais ho, il n'allait pas non plus lui faire un discours sur tous ces moments où il avait été fier de son enfant. Baël jouerait les ingrats, ce serait comme donner de la confiture à des trolls.

« Je ne veux pas voir Lilith parce que je sais très bien que je suis le seul responsable de ce qui arrive à mes enfants dans tout ce qui concerne la démonologie. Je me rends bien compte que je vous ai empêché de vivre, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Si c'était à refaire .... » Oh, il y avait déjà pensé de nombreuses fois et en avait toujours parlé à Anna Bella. Elle restait là pour le rassurer, encaisser en silence ou rester près de lui. Ils étaient un peu plus forts ensemble, quand bien même elle s'y sacrifiait une fois de plus. « Si c'était à refaire, je ne me marierais pas. Et j'aime ta mère, tu le sais. Anna Bella m'aide à supporter toutes ces fadaises tous les jours. Mais je ne détruirais pas sa vie, je la laisserais en aimer un autre, et e n'aurais jamais d'enfants. La malédiction Rosier prendrait fin avec moi, puisque mon frère et ses gosses n'ont pas l'air fichus de rester en vie. » Bon, restait encore Chax, son neveu préféré. A bien y réfléchir, Evan était même plutôt heureux que Philippin soit mort jeune. Il n'aurait pas été fichu d'élever des gosses supportant la malédiction et il y aurait eu une ribambelle d'enfants morts-nés chez les Rosiers. Une tache sur l'arbre généalogique et dans la grande société après tous les efforts qu'Anna Bella et lui avaient du faire. N'empêche qu'il n'était pas convaincu que Chax s'en sorte. Il était plus fort que Baël, mais ce ne serait jamais capable. Evan se savait trop aveuglé par l'affection qu'il portait à son fils pour porter un jugement de valeur. Il formulerait toujours, dans son esprit bien sûr, des facteurs atténuants si Baël semblait moins brillant. Et se congratulerait toujours, en compagnie d'Anna Bella tant qu'à faire, de la moindre réussite de son fils.  « Ca s'est fait un peu trop vite, je le reconnais. Je suis content que tu n'aies pas craqué en public, Baël. Mais je sais que mon mariage m'a rendu heureux, et je te souhaite la même chose. Je n'aurais pas tenu sans Anna Bella. Ca se passera très bien avec Calliope. Tu n'es pas moi, tu feras de meilleurs choix. D'ailleurs je ne devrais pas rester en vie assez longtemps pour vous empêcher d'être heureux. Approximativement le temps de voir mes petits-enfants. »

Et de caser Azaël malgré sa vie de débauchée. Et puis Lilith, même si c'était du tout cuit avec son petit français. Il faudrait juste donner des conseils au gendre, principalement de ficher la paix à Lilith, puisqu'elle en avait tant besoin. Ne pas oublier de mettre Anna Bella à l'abri du besoin, s'occuper des affaires successorales. Caser Lilith et Baël au Ministère, à de bons postes. Sa Lilith serait parfaite, et Baël s’accommoderait tôt ou tard.

« Ce manoir est bien petit, Baël. Je ne suis pas assez préoccupé par Mervyn et les affaires que nous devons gérer pour ne pas avoir entendu quelques affaires à propos de cette cuisine. »
Il marqua une pause. « Tu seras très heureux avec Calliope. »
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Ce message a été posté Jeu 24 Mai 2012 - 11:38



    Le visage de Baël tressauta sous la claque, bien que molasse que son père lui donna et le mouvement réveilla toute une myriade de douleurs qui avaient décidé de se taire jusque là. Portant une main à son visage il étouffa un gémissement. Dans sa bouche il sentait une dent se balader contre sa langue, prête à sauter à n’importe quel instant. Il ne devait pas être très beau à voir. Dans quelques heures les plaies arrêteraient de suinter et sa bouille de jeune premier deviendrait toute violacée et bouffie. Pas vraiment le portrait du gendre idéal mais tant qu’il était enfermé ici qui viendrait s’en plaindre ? S’il devait bien concéder une chose à son père s’était son esprit pratique. L’homme savait ce qu’il faisait et il ne fut même pas surpris de l’entendre lui compter par le menu comment il se serait débarrassé de lui, à la barbe et au nez de tous. Pour la suite il était nettement moins préparé. Se tassant sur lui-même pour éviter la main qui s’avança vers lui, il conçut un certain malaise à être patouillé comme un chien. Evan ne se rendait pas compte à quel point ses tentatives pour se rendre aimable étaient bien plus effrayantes que son habituelle attitude glacée.

    Méfiant le jeune Rosier le détaillait d’une œillade assassine, ne détendant pas ses muscles un instant. Il faisait barrage à toutes les tentatives de son père de se montrer aimable et il avait bien du mal à croire que ce qu’il entendait sortait de la bouche de son paternel. Il aurait très bien pu conclure que le démon parlait à sa place mais ce n’était pas le genre de créature à faire dans le sentimentalisme. Alors quoi ? Un éclair de compréhension passa soudain dans le regard de Baël. IL y en avait un qui avait largement abusé du champagne à la réception et toutes les bubulles lui étaient montées à la tête. Evan gérait sa famille comme une gère une entreprise, à coup d’études sur le risque et l’investissement. Il n’était pas étonné qu’il explique regretter s’être marié. Il avait seulement du mal à en croire les raisons. En réalité il fallait bien plus à Baël que quelques phrases lancées après toutes ces années de « sévices » pour qu’il arrive à croire à tout ce charabia.

    « Heureux ? » Marmotta-t-il, presque autant furieux qu’on lui vole ses instants avec Calliope qu’il croyait secrets, qu’on ose proférer des âneries pareilles. « Parce que tu crois que ce soir c’est un accident ? Une faiblesse de ma part ? Tu n’as aucune idée de ce qui va se passer. Mais moi je le sais parce qu’on me le chuchote à l’oreille touuuuutes les nuits ! » Il sentait la rage le gagner. Son père n’était au final qu’un grand ahuri. « Tu veux que je te brode le futur de ta famille ? Cette nuit n’était qu’un avant goût, un petit four avant le grand festin. Tu crois que toi et moi nous vivons la même chose et tu te trompes. La chose qui vit en moi ne cherche pas le pouvoir. Ou la gloire. Elle me pousse la nuit à me lever pour aller égorger mes sœurs dans leur sommeil. Elle veut te voir souffrir alors que je pendrais ta précieuse petite femme comme une truie sous tes yeux. Que je réduirais en miettes cette maison. Et puis je recommencerais avec les voisins. »

    « ELLE N’A SOIF QUE DE SANG ! » hurla-t-il, en espérant que cela serait suffisant à Evan pour comprendre ce contre quoi il luttait depuis qu’il était haut comme trois pommes.

    « Alors ne me parle pas de bonheur… » Lâcha-t-il dans un souffle, de nouvelles larmes roulant sur ses joues tuméfiées. « Parce que je l’étriperais avant d’avoir la chance de lui faire vos précieux petits enfants… »
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Ce message a été posté Mer 13 Juin 2012 - 15:27

Evan grimaçait. La seule chose qui lui semblait sûre dans toute cette histoire abracadabrante, c'est qu'il ne risquait pas de mieux s'entendre avec son fils ce soir. Baël et lui semblaient parler de tout à fait autre chose, il n'y avait aucune compréhension qui puisse s'esquisser. Il écouta son fils et le contempla gravement. Il a pas tort. C'est vrai que son démon est un petit con. Lui aussi d'ailleurs, mais pas à même échelle. Oh, pitié, qu'Azaddel la ferme ... Le patriarche Rosier ce serait bien passé d'entendre la voix de son démon acquiescer ce que lui disait son fils et qu'il se répugnait à reconnaître. Après tant d'années passées dans les cachots familiaux, Baël aurait bien du être capable de gérer un démon. Il y parvenait lui-même, les hommes de sa famille en avaient toujours fait autant et même Azaël ne s'en sortait pas trop mal - encore qu'elle avait un comportement déplorable en dehors de cela. Le chef de la Justice magique ne put s'empêcher de blêmir à l'idée qu'on fasse du mal à Anna Bella. Que Baël puisse s'en prendre à ses soeurs était surréaliste, Azaël saurait bien sauver ses fesses et il faisait confiance à Lilith pour avoir un réflexe intelligent dans toute cette histoire : après tout ce temps passé à l'éduquer en se disant qu'elle serait moins sotte que sa soeur et plus obéissante que son frère ... Que Baël puisse encore évoquer Anna Bella comme victime parvenait à rendre son père malade. Anna n'avait rien fait dans toute cette histoire. Elle subissait leur folie et luttait pour qu'ils conservent une apparence de famille ordinaire au lieu de vivre en parias comme ils l'auraient mérité. Ce putain de démon ne pouvait-il pas se contenter d'égorger leurs voisins ou des pensionnaires d'Azkaban ? S'il fallait orienter Baël vers une carrière de bourreau pour que la famille vive mieux, ce ne serait qu'un maigre sacrifice après tout.
Il ne voudra pas. En fait, ça aurait été plus simple de buter Baël et ...

« Oh, la ferme. »
bougonna-t-il.

Et si Baël prenait personnellement cette saute d'humeur, ce n'était pas grave. Mieux valait qu'il se taise aussi plutôt que de proférer de pareilles âneries. Il ne ferait plus de mal à Anna Bella. Et n'en ferait ni à ses soeurs ni à Calliope. Elle n'était pas fichue de se défendre, la gosse de Mervyn ? Pourvu qu'elle ne se conduise pas en princesse comme elle le faisait gamine et sache prendre des initiatives. Il avait presque eu l'impression de voir une Calliope mature. Quoique il n'en était plus sûr. Evan ne gardait en tête que le fait qu'il avait du frapper Baël, qu'on avait blessé Anna Bella, que ces deux faits le rendaient singulièrement mal à l'aise. Il aurait aimé dire à Baël qu'une solution pouvait être trouvée, qu'il n'avait pas à se contenter de vivre avec son démon et refouler tout cela ... Tu sais bien que ce serait mentir. Ose lui dire que tu arrives à faire abstraction de ta présence ... Si tu commences un mensonge comme celui-ci, je vais me faire un plaisir de lui donner un peu mon avis, Evan.

«  On ... on ... »

De quoi on vient de parler, hum ? Cesse de penser à ce bobard, je n'ai pas envie de lui dire la vérité. Même si c'est pour lui briser ses espoirs. Je veux ta carrière, le pouvoir que tu peux avoir. Pas ta misérable vie de famille sur les bras, mon vieux.[/i]

« Ca concerne aussi Calliope. » C'est bien la première fois qu'on demande son avis à la gueuse. Et elle n'est toujours pas là pour le donner. Evan se frotta la tempe gauche. Les incursions aussi prononcées du démon dans son esprit lui donnaient parfois un léger vertige. Après une soirée de merde comme celle-là, cela n'avait rien d'étonnant. Mais il s'en serait passé. Rassurer un gamin inquiet lorsqu'on n'a pas soi-même l'air sûr ne servait pas à grand-chose. Quand ses gosses, plus jeunes, s'inquiétaient et qu'il ne parvenait pas à leur expliquer les voix dans leurs petites têtes blondes, il avait toujours eu recours à la bonne vieille méthode de la claque pour les exhorter au silence. Ce soir, Baël en avait eu assez. Les mains d'Evan étaient presque douloureuses de lui distribuer des tapes. « On verra avec elle. » Mon oeil. Si elle peut donner son avis sur le gâteau de mariage, elle devra déjà s'estimer chanceuse. Pauvre gosse, tiens. Ca me ferait presque de la peine pour elle de savoir qu'elle va devenir une Anna Bella miniature, une femme intelligente et bourrée de qualités mariée à un type aussi bancal ...

- Ca suffit, bougonna Evan. T'es pas en état de tenir une conversation normale. Nous reprendrons cette discussion dans les jours qui viennent. Mochred devrait t'apporter un peu de glace dans la soirée.

Le chef de la Justice Magique se releva et épousseta ce qu'il restait de son beau costume. Dire qu'il y a quelques heures, il regardait Anna Bella se préparer, seulement préoccupé par l'heure à laquelle les invités allaient arriver ... Et ce mal de crâne, bon sang ! Tant pis pour ses habitudes, il allait prendre un peu de goutte du Mort-Vivant ce soir pour dormir. Ah, merde. Ta bourgeoise a pensé à en refaire ? J'ai bien mérité de profiter un peu de ton corps. Je ne suis pas le démon qui a fichu votre belle réception en l'air, moi. Evan se frotta un peu le visage dans les mains et fixa son fils. Qu'est-ce qu'ils allaient faire, maintenant ? Il n'était même plus sûr que Baël ne cherche pas à filer, ne plus lui adresser la parole demain. Ils verraient dans quelques heures, quand le jour serait levé et qu'ils seraient reposés. Il quitta la pièce sans bruit et eut un sifflement méprisant pour l'elfe de maison qui attendait près de la porte.
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